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Magazine / Politique / L'élargissement de l'UE / Article | 19.03.2007

Dimensions d'une nouvelle politique de l'UE avec les pays de l'Est

de Hanns-D. Jacobsen, Heinrich Machowski


Sous la présidence allemande du Conseil de l'Union européenne, commence une nouvelle étape dans le domaine de la politique avec l'Est. C'est non seulement la politique européenne de voisinage qui doit être poursuivie, mais aussi les rapports avec les états membre de la Fédération Russe qui doivent être stabilisés.


L'adhésion à l'Union européenne, le 1er janvier 2007, de la Bulgarie et de la Roumanie n'a pas seulement fait passer le nombre des États membres à 27. Avec l'adhésion de ces deux riverains de la mer Noire, de nouveaux pays sont devenus voisins immédiats de l'Union ou n'en sont séparés que par la mer Noire. Il s'agit de la Moldavie qui est limitrophe de la Roumanie et des États caucasiens que sont la Géorgie, l'Arménie et l'Azerbaïdjan ; autant de pays qui ne sont devenus indépendants qu'après la dislocation de l'Urss en 1991, tout comme les nouveaux voisins biélorusse et ukrainien de l'UE élargie.

«Les problèmes de nos voisins sont aussi nos problèmes». Une idée de base de la politique de voisinage européenne.
Photo: Photocase.com


Ces États n'en ont pourtant pas fini de couper le cordon ombilical avec la Russie et ils n'ont pas liquidé leurs contentieux internes : entités séparatistes en Moldavie (« Transnistrie »), en Géorgie (« Abkhazie » et Ossétie du Sud ») et en Azerbaïdjan (Haut-Karabakh), autant de conflits « embourbés » ou « gelés » où la Russie exerce un contrôle ; cette dernière y a même stationné des troupes et peut selon son bon plaisir déclencher ou calmer les tensions. La conflictualité de ces régions étant encore renforcée par le fait que les pays en question ou bien disposent tout comme les États centrasiatiques situés au-delà de la mer Caspienne de grandes réserves d'énergie, ou bien constituent des espaces stratégiques de transit (potentiels) pour des pipelines en direction de l'Ouest et de l'Asie.

Rien d'étonnant dans pareil cadre à ce que l'UE ait objectivement élargi sa Politique européenne de voisinage (PEV) initiée en 2003. En présentant sa Communication sur le renforcement de la Politique européenne de voisinage en décembre 2004[1], la Commission européenne a fait ressortir qu'une coopération renforcée dans les domaines politique et économique avec ces pays ne l'intéressait pas seulement dans le but de nouer de meilleures relations, commerciales et financières, de faciliter les contacts personnels et les séjours de courte durée, de désamorcer les « conflits gelés ». Bien au contraire, « les problèmes de nos voisins », souligne-t-on, « sont aussi les nôtres »[2] dans la mesure où l'immigration clandestine, les difficultés d'approvisionnement énergétique, la destruction de l'environnement et le terrorisme ne s'arrêtent nullement aux frontières de l'UE ; leurs causes doivent être traitées en amont dans les pays d'origine.

Comme déjà lors de l'introduction de la PEV en 2003, la Commission européenne a insisté sur le fait que ce processus et celui de l'élargissement sont deux choses différentes et que la participation à la PEV n'ouvre pas nécessairement une perspective d'adhésion à l'UE. Les partenaires PEV sur la rive Sud de la Méditerranée, en Asie Mineure et en Afrique[3] ont moins ressenti là un rejet que certains pays PEV à l'est de l'Europe : par exemple l'Ukraine et la Moldavie. Ces derniers pays interprétant absolument le statut PEV en tant qu'étape en direction de l'UE.

Le gouvernement allemand a déclaré dès fin 2006 attendre de la présidence portugaise du Conseil, dans la seconde moitié de l'année 2007, une prise en compte particulière de la région méditerranéenne, alors que lui-même s'occuperait plus spécifiquement des voisins d'Europe orientale durant sa propre présidence dans la première moitié de l'année. L'Allemagne ne limitant pas son approche[4] à la poursuite et à une éventuelle extension de la PEV en direction de l'Asie centrale, mais incluant une stabilisation des relations de l'UE avec la Fédération de Russie en bonne intelligence avec cette dernière. Car en définitive tous les pays visés par la « nouvelle Ostpolitik » ont fait partie de l'Urss défunte : Europe de l'Est, Caucase et Asie centrale sont considérés par la Russie comme son « étranger proche » et incorporés par elle dans sa propre sphère d'influence où des initiatives de l'UE apparaissent comme gênantes et potentiellement menaçantes.

Dès le début, la Russie a rejeté toute intégration à la PEV en tant qu'irrespectueuse prétention compte tenu de son importance politico-stratégique et économique. Elle souhaite au contraire un « partenariat stratégique » spécifique avec l'UE qui soit conforme aux deux potentiels sécuritaires et économiques. La Russie va donc se révéler comme facteur décisif de succès ou d'échec pour toutes les initiatives européennes de voisinage dans la mesure même où l'Union souhaite opter en faveur de mécanismes durables .

C'est la raison pour laquelle la présidence allemande tient à ce que le renouvellement de l'Accord de partenariat et de coopération (APC) entre UE et Russie aille dans le sens d'un équilibrage des intérêts, d'un engagement constructif de la Russie et de l'établissement d'un lien durable avec l'Europe.

[1] Cf. Kommission der Europäischen Gemeinschaften, Mitteilung der Kommission an den Rat und das Europäische Parlament über die Stärkung der Europäischen Nachbarschaftspolitik, KOM (2006)726 version ultime, 4 décembre 2006, peut-être consulté sur http://ec.europa.eu/world/enp/pdf/com06_726_de.pdf, 1er février 2007.

[2] Ibid., p.2.

[3] Soit l'Algérie, l'Égypte, Israël, la Jordanie, le Liban, la Libye, le Maroc, l'Autonomie palestinienne, la Syrie et la Tunisie.

[4] Cf. K. F., « Berlin entwickelt neue Nachbarschaftspolitik für die EU », Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), 3 juillet 2003, p.1 ; Gernot Erler, Regionale Kooperation und Energiesicherheit. Rede auf der Konferenz « Schwarzmeerkooperation – Energieversorgung und Energiesicherheit », Sofia, 13 octobre 2006 ; id., entretien sur la stratégie de l'UE en Asie centrale, Frankfurter Rundschau, 27 décembre 2006.

 

1 . 2 . 3 . 4 . 5 . 6 . 7 . 8 . 9 . suivante »

 
Hanns-D. Jacobsen
Dr.rer. pol., né en 1944 ; professeur, président du Studienforum Berlin e.V., Hauptstr. 74, 12159 Berlin.
» vers l'index des auteurs

Heinrich Machowski
Dr. rer. pol., né en 1936 ; Vionvillestr. 9, 12167 Berlin.
» vers l'index des auteurs


Traduction
Nathanaël Herzog

Langue originale Allemand

Source originale Aus Politik und Zeitgeschichte 10/2007

© Bundeszentrale für politische Bildung

 

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