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Magazine / Politique / L'élargissement de l'UE / Débats | 29.01.2007

L'élargissement de l'UE et ses limites

de Sabine Seifert


Au départ ils n'étaient que six, désormais ils sont 27. Depuis les débuts de l'Union européenne, l'élargissement s'est toujours fait par poussées irrégulières, mais jamais l'UE n'a été poussée aussi loin dans ses limites qu'en mai 2004.


D'un seul coup dix pays de l'est ont adhéréà l'Union européenne. Le 1er janvier 2007, la Roumanie et la Bulgarie sont venues compléter cette vague de nouvelles adhésions.

De nouveaux candidats attendent depuis longtemps devant la porte de l'UE. La Turquie, la Croatie et la Macédoine sont officiellement candidats à l'adhésion. Sur la liste d'attente, on compte encore les Balkans de l'Ouest: Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro et Albanie. On leur a promis le statut de "candidats potentiels à l'adhésion". L'Ukraine et la Géorgie ont aussi exprimé leur désir d'entrer dans l'Union.

Depuis janvier 2007, le drapeau européen flotte pour 27 pays membres.
Photo: Photocase.com


"Personne n'a le droit de dire aux Ukrainiens qu'ils ne font pas partie de l'Union européenne. Il est écrit dans les traités que tout pays européen peut faire une demande d'admission dans l'Union européenne", rappelait l'ancien ministre polonais des Affaires étrangères, Bronislaw Geremek, dans une interview du journal slovaque Pravda, le 20 avril 2004.

Au contraire, les critiques se multiplient surtout de la part des anciens pays membres de l'Union. Selon eux, celle-ci aurait atteint depuis longtemps une taille ingérable, qui serait un obstacle supplémentaire à l'entente de ses membres. "Il aurait été important de gérer les adhésions de manière politique et de les étaler dans le temps", écrit le journaliste français Jean Quatremer du journal Libération, qui reproche à l'UE de ne pas être proche des citoyens: "En voulant aller trop vite, l'Union a brisé le fragile lien de confiance qui l'unit à ses peuples: le train de l'Histoire, ce n'est pas seulement l'Est, c'est aussi l'Ouest. Et cela, la Commission et les gouvernements l'ont oublié."

A l'avenir, l'Union va être plus stricte envers les nouveaux candidats à l'adhésion, en adoptant des mesures plus sévères, stoppant ainsi, dans un premier temps, le processus d'élargissement – c'est ce qu'ont décidé les membres de l'Union lors du sommet de Bruxelles en décembre 2006.

L'élargissement : un succès économique

"D'un point de vue économique, tout parle en faveur d'une poursuite de la politique d'élargissement", a dit l'économiste allemande Katinka Barysch du Centre for European Reform à Londres dans un entretien avec euro|topics. Son institut, un think tank indépendant de politologues et d'économistes, contribue régulièrement, par ses analyses, au débat sur l'Europe. "Nous présentons notre action comme une amélioration pragmatique", souligne Barysch, "mais nous ne sommes pas des fédéralistes".

La Grande-Bretagne, explique-t-elle, fait partie des partisans affichés de l'élargissement, comme les pays scandinaves et les pays d'Europe de l'Est; selon elle, les opposants à l'élargissement sont la France, l'Autriche et l'Allemagne, tandis que les autres pays d'Europe du Sud et de l'ouest adoptent une position modérément sceptique.

Le succès économique de l'élargissement est également attesté dans un rapport d'experts publié en décembre 2006 par plusieurs instituts économiques européens de premier plan. Une des conclusions de ce rapport montre par exemple que l'économie allemande a plus profité que prévu de l'élargissement à l'Est, grâce à l'interpénétration des marchés du capital et du travail. Les nouveaux pays membres profitent surtout des investissements directs, tandis que les anciens pays de l'Union ont gagné de nouveaux marchés, et tous ont élargi leur champ d'exportation.

Une intégration échelonnée

L'élargissement est-il aussi un succès politique? "Les grands progrès réalisés en un temps record aussi bien dans les pays d'Europe centrale qu'en Bulgarie ou en Roumanie sont essentiellement dus à leur solide perspective d'entrer dans l'Union européenne", constate le journaliste suisse Cyrill Steiger dans le Neue Zürcher Zeitung. Pour le politologue berlinois Kai-Olaf Lang, cet argument est trop tendancieux. "Nous n'exportons pas que de la stabilité, nous importons aussi de l'instabilité. Et ce risque se propage de manière extraordinaire", explique-t-il dans une interview à euro|topics. "L'élargissement n'entraîne pas nécessairement de nouveaux conflits, mais il amplifie les conflits existants." Les conflits ethniques restent virulents dans la région des Balkans, explique Lang qui voit avec inquiètude le populisme de droite se développer dans les pays d'Europe centrale et de l'Est. Lang fait partie de "EU Integration", un groupe de recherche qui dépend d'une fondation allemande soutenu par l'Etat, Stiftung Wissenschaft und Politik, et qui conseille entre autres le gouvernement fédéral.

"C'en est fini de l'exaltation avec laquelle l'Union, à la fin de la Guerre froide, voulait prendre sous son aile tous les pays européens", constate Martin Winter, spécialiste des questions européennes au Süddeutsche Zeitung, qui conclut: "Dans cette situation, notre seul recours serait un concept de partenariat privilégié et élaboré avec soin." De même, la politologue Katrin Bastian plaide, dans un article de Die Welt daté du 23 novembre 2006, pour le concept d'"adhésion graduelle". Quant à lui, le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Junker, voyait se profiler un retour vers "le noyau européen" (Welt, du 15 juin 2006).

Un besoin de réforme

Alors que la vieille Europe débat sur la lassitude liée à l'élargissement, à la bureaucratie de l'UE et aux divers désaccords, l'enthousiasme reste inchangé au sein des nouveaux membres. Egidius Vareikis du journal lituanien Lietuvosa reytas attire l'attention sur le fait que "l'intégration est considérée avec envie par d'autres continents, car une telle expérience n'a jamais encore réussi ailleurs qu'en Europe occidentale".

"La porte doit rester ouverte pour d'autres pays", pense l'économiste hongrois Andras Inotai qui dirige depuis 1991 l'Institute for World Economics of the Hungarian Academy of Sciences, et qui a préparé l'adhésion de la Hongrie à l'UE alors qu'il était en poste à Bruxelles de 1996 à 1998. "S'il y a une certaine lassitude liée à l'élargissement, elle est due à l'incapacité de réformer des pays de l'Europe de l'Ouest."

Inotai ne fait pas allusion au "non" français et néerlandais au projet de Constitution européenne, ni aux réformes institutionnelles tant attendues qui servent souvent d'argument contre un élargissement illimité. Il est d'avis que les états membres de longue date ont besoin de réformes pour poursuivre "la libéralisation du marché intérieur" et mettre en place "la tranformation de l'Etat-providence et du modèle social, la flexibilisation du marché du travail et l'abandon de comportements nationalistes et impérialistes".

Le journaliste tchèque Jiri Sobota note par ailleurs un besoin de réformes institutionnelles au sein de l'UE et il est d'accord avec ses collègues de la presse européenne. Dans l'hebdomadaire Respect, il écrit le 14 décembre 2006: "L'adhésion de nouveaux pays a toujours été assimilée à un pas vers une collaboration plus étroite – notamment à travers les traités de Maastricht et de Schengen. Depuis 2004 ce n'est plus le cas, parce que le projet de Constitution européenne est gelé."

Lors du sommet européen qui s'est tenu à Bruxelles en décembre 2006, la proposition du Premier ministre luxembourgeois Junker de faire une réforme de la Constitution avant de suivre l'élargissement a pourtant été rejetée par la majorité des pays. "Pour le moment, tout est bloqué", estime également Katinka Barysch. Elle trouve que l'arrêt provisoire de l'élargissement "n'est pas juste, mais réaliste".

 
Sabine Seifert
Sabine Seifert était rédactrice pour euro|topics. Après des études de littérature allemande et d'histoire, elle a travaillé comme rédactrice pour les pages culturelles du ...
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Traduction
Anne Lainault


© Bundeszentrale für politische Bildung

 

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