Menu secondaire: Magazine
Magazine / Politique / Israël et l'Europe / Eclairages | 14.05.2008
60 ans de tribulations
de Jan Fingerland
Il y a peu de petits pays qui attirent autant l'attention des Européens qu'Israël. Israël, aussi, est fasciné par l'Europe. Un bref aperçu d'une histoire commune de soixante ans.
Aujourd'hui, Israël est souvent perçu comme le 51ème Etat des Etats-Unis. Il est vrai qu'en mai 1948, le nouvel Etat juif qui venait d'être déclaré a été reconnu en premier par Washington (juste après par Moscou), et seulement ensuite par les Européens. Cependant, il ne faut pas oublier que c'est la France, et non pas les Etats-Unis, qui a été la principale alliée d'Israël lors des cruciales 15 premières années d'existence. La France a fourni Israël en armes et a aussi probablement apporté son savoir-faire nucléaire

C'est encore la France - avec le Royaume Uni - qui, en 1956, a rejoint Israël dans sa campagne contre l'Egypte, sans l'accord des Etats-Unis. Cette "relation particulière" n'a été interrompue qu'à la fin des années 1960 par Charles de Gaulle.
Un projet socialiste
Israël était un projet "socialiste" qui recueillait de nombreuses sympathies en Europe occidentale (plutôt qu'aux Etats-Unis). Cela a en grande partie changé en 1967, après la guerre des Six Jours et l'occupation de la Bande de Gaza. Aux yeux des Européens, Israël se comportait plus en Goliath oppresseur qu'en David menacé. Les Européens sont devenus assez critiques à l'égard d'Israël tandis qu'Israël évoquait un nouvel antisémitisme et la trahison d'une Europe irréfléchie, assoiffée de pétrole. Les pays, tels que les Pays-Bas, qui étaient perçus par les Arabes comme pro-israéliens, ont vu leur approvisionnement en pétrole interrompu lors de la crise pétrolière de 1970.
Pendant ce temps à l'Est
Il est important de comprendre qu'un très grand nombre d'Israéliens ont des racines en Europe de l'Est (venant principalement de Pologne et de Roumanie, et par la suite d'URSS). Il existe un lien psychologique important entre ces deux régions, ainsi qu'un passé traumatique lié à l'Holocauste. Il est intéressant de souligner que jusqu'à la fin des années 1940, Staline espérait qu'Israël – et non pas les pays arabes – deviendrait le principal allié soviétique au Proche-Orient. Israël n'est cependant pas devenu un pays communiste mais plutôt l'unique démocratie de la région disposant d'une forte relation avec l'occident. En représailles, les régimes stalinistes se sont alliés aux Arabes et les ont fournis en armes dès les années 1950. Les "procès-spectacles" politiques anti-juifs du début des années 1950 avec les "Sionistes" faisaient partie de ces représailles.
Après la guerre des Six Jours
En 1967, après la guerre des Six Jours, la plupart des Etats d'Europe de l'Est ont interrompu leurs relations déjà affaiblies avec Israël – pas de commerce, pas de tourisme, pas d'échanges d'informations. Parallèlement, alors que l'ancien antisémitisme traditionnel persistait en Europe de l'Est, nombreuses étaient les personnes ordinaires à percevoir Israël avec beaucoup de sympathie en raison de leur propre haine envers le système communiste.
Après la chute du mur
A partir de 1989, tous les pays nouvellement libérés ont ré-établi des liens avec Israël. Leur attitude a été généralement plus amicale que celle des pays d'Europe de l'Ouest. Cela est dû en partie à une véritable sympathie, mais aussi à la croyance selon laquelle l'amitié avec Israël fait partie intégrante de leurs bonnes relations avec Washington. Quoi qu'il en soit, l'influence grandissante de l'Europe de l'Est dans les structures européennes a apporté un changement dans l'attitude de l'Union européenne vis-à-vis d'Israël.
En Israël, l'Europe occidentale est toujours perçue comme un modèle politique et culturel, mais en même temps toujours considérée avec suspicion. Le Dahaf Institute souligne que 75 pour cent des Israéliens pensent que l'UE est pro-palestinienne. Les appels occasionnels à des sanctions économiques à l'encontre d'Israël ou des critiques déséquilibrées renforcent ce sentiment. Il est frappant de voir que les deux parties continuent à se voir à travers le prisme du conflit israélo-arabe.
Diversité d'opinions
La situation est cependant bien plus complexe. Alors que certains pays ont des opinions très critiques à l'égard d'Israël (Suède, Grèce), d'autres sont également des pays amis, comme les Pays-Bas, le Danemark et l'Allemagne. En fait, les relations Europe (de l'Ouest)-Israël sont meilleures que ce que l'on croit habituellement. Il y a l'Accord d'association UE-Israël (signé en 1995), qui en plus d'être un accord de libre échange établit aussi un dialogue politique, économique et scientifique bilatéral, tandis que la Déclaration dite d'Essen (1994) confère à Israël un statut spécial, relativement indépendant, quant au rythme du processus de paix. Ces accords et d'autres ont donné à Israël la perspective d'être intégrée dans le marché unique. Il est intéressant de rappeler que l'UE, et non les Etats-Unis, est le principal partenaire commercial d'Israël.
Un regard critique
Cependant, l'UE garde un regard critique sur la région. La "barrière de séparation” qu'Israël construit depuis 2001 pour des raisons de sécurité, a été fréquemment critiquée par les représentants de l'UE. Celle-ci a signé une résolution des Nations Unis de 2003 exigeant la destruction de la barrière de séparation. La guerre du Liban de 2006 a constitué un contentieux supplémentaire, l'UE ayant condamné les actions d'Israël en les qualifiant "d'usage disproportionné de la force”. La politique israélienne concernant Gaza a également été rejetée au fil des années par l'UE.
De manière assez ironique, les relations sont en meilleure voie depuis que la donne a changé sur le plan de la politique intérieure palestinienne : la victoire du Hamas (formation politique radicale) aux élections législatives de 2006 a conduit l'UE à arrêter les transferts de l'aide financière destinée à l'Autorité palestinienne. Après la violente prise de pouvoir du Hamas dans la Bande de Gaza en juin 2007, l'UE a déclaré Gaza "territoire ennemi”.
Rapprochement
A la lumière de l'adhésion de Chypre à l'UE et de la candidature de la Turquie, Israël semble se rapprocher du Vieux Continent sur le plan géopolitique. L'UE, à travers le processus de Barcelone et la Politique Européenne de Voisinage, devient progressivement un acteur encore plus important dans la Méditerranée. L'UE est également un membre du Quartette pour le Proche-Orient. En raison d'un manque de confiance, Jérusalem a jusqu'à présent refusé d'assigner un rôle plus important à l'UE dans le processus de paix. Il est toutefois dans les intérêts européens d'instaurer cette confiance – une condition incontournable pour l'UE si elle veut atteindre l'objectif de devenir un véritable acteur dans la région.

» vers l'index des auteurs
Langue originale Anglais
![]()
Le text est licencié sous Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.
Des articles supplémentaires sur les thèmes » Relations Internationales, » Élargissement UE / Politique de voisinage de l´UE, » Europe, » Israël
Pour en savoir plus sur les thèmes de la revue de presse » Relations Internationales, » Élargissement UE / Politique de voisinage de l´UE, » Europe, » Israël


