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Magazine / Politique / L'Italie / Débats | 03.04.2008

L'Italie cherche une issue à la crise

de Christoph Mayerl


À la mi-avril, vont avoir lieu en Italie des élections anticipées. Un nouveau type de partis semble prendre forme, mais un retour du berlusconisme reste également possible.


La question n'est pas de savoir si l'Italie traverse une crise, mais de savoir si celle-ci va jamais prendre fin. L'Italie, depuis des décennies, nous démontre que l'état d'exception n'est pas forcément une exception.

Statue d'un soldat romain sur le pont Vittorio Emanuele II à Rome
Photo: iStockphoto


Mais, en ce moment, les crises sont plus nombreuses qu'elles ne l'ont jamais été : problèmes d'ordures à Naples, système de santé catastrophique, résultats déplorables dans les études comparatives des systèmes scolaires, sans oublier la stagnation de l'économie. En outre, en janvier 2008, le gouvernement a de nouveau chuté, la coalition multipartite de Romano Prodi ayant dû se retirer à la suite d'un vote de confiance. C'était le soixante et unième gouvernement depuis 1945.

"En Italie, on ne commence à s'attaquer aux problèmes que quand la situation est réellement épouvantable", prophétisait Franco Pavoncello, politologue à l'université John Cabot à Rome, dans un entretien du 5 mars 2008 avec Eric J. Lyman, publié par le Centre for Security Studies de Zurich.

Oui, mais la situation est-elle suffisamment épouvantable ? Les choses ont-elles encore une chance de changer quand les Italiens choisiront un nouveau Parlement les 13 et 14 avril, lors d'élections anticipées ?

Veltroni, porteur d'espoir

Le 12 février 2008, dans le quotidien La Repubblica, Marc Lazar émettait l'opinion que "les élections de 2008 ne ressembleront pas aux précédentes et seront peut-être le signal d'un début de normalisation de l'Italie, après plus d'une décennie de transition plutôt chaotique. Le changement qui se profile est dû à la naissance du Parti démocrate".

Effectivement, le Parti démocratique (DP) veut s'y prendre quelque peu autrement. En octobre 2007, inspirées du modèle américain, des "primaires", des sortes de pré-élections, ont permis à l'ensemble de la population de se déterminer quant au président du nouveau parti. En désignant Walter Veltroni, l'ancien maire de Rome, très populaire, le DP s'est choisi pour chef un habile candidat qui représente un adversaire sérieux pour Silvio Berlusconi, le candidat du plus grand parti de droite. Dans le quotidien allemand Tagesspiegel du 25 mars 2008, Paul Kreiner écrivait que Veltroni ne parlait pas tout à fait aussi bien que Barack Obama, mais qu'il savait séduire les Italiens blasés de la politique par une promesse similaire, celle d'oser un nouveau départ.

La démocratie au sein du parti

Chaque élection, en Italie, voit éclore de nouveaux partis ; mais ce que le Parti démocratique de Veltronis a d'original, c'est d'être réellement ce qu'il promet : un parti et, en plus, démocratique. Qu'un parti se voit construit par sa base, en Italie, ce n'est pas courant, en effet. Et, pour beaucoup, c'est là la principale raison de cette situation politique désastreuse constante dans le pays – plus encore que la loi électorale si critiquée qui génère des alliances de partis sans aucune stabilité.

Ce qui manque en Italie, ce sont des partis bien organisés avec des programmes et la formation d'une volonté démocratique régulée de l'intérieur, analysait Wolfgang Schieder dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung du 18 mars 2008. "Depuis toujours, on ne voit que des cliques constituées pour les élections, liées aux personnes et fondées sur le clientélisme, où seuls des oligarques sont représentés. Ces oligarques, on les appelait déjà des "Grandi elettori" (grands électeurs) à l'époque de Giolitti, avant la Première Guerre mondiale, et aujourd'hui encore, ce sont eux qui donnent le ton à la politique italienne. Berlusconi, le magnat de la presse multimilliardaire, avait poussé à l'extrême cette politique clientéliste."

Abandon de la politique d'alliance

Maintenant, Veltroni se retrouve seul dans la campagne électorale avec son Parti démocratique, qu'ont rejoint des sociaux-démocrates et des démocrates chrétiens de gauche. Il s'agit là d'un refus des alliances multipartites pratiquées jusqu'ici dans la politique italienne, qui, certes, laissaient espérer des victoires électorales, mais n'étaient pas aptes à gouverner. En janvier, le chef du gouvernement précédent, Romano Prodi, a chuté à cause d'une affaire de corruption où était impliqué son ministre de la Justice Clemente Mastella, de l'Udeur ; ce petit parti était l'un des huit partenaires de la coalition Prodi.

Cette fois, Berlusconi lui-même a renoncé à une alliance électorale assez large. Il a uni son propre parti, "Forza Italia" à l'autre grand parti de droite, "Alleanza Nationale", pour créer la liste électorale "Peuple de la liberté", qui est censée devenir plus tard un grand parti du peuple.

"Un changement profond tel que l'Italie n'en a plus vu depuis longtemps est en marche", estimait Stefan Ulrich dans la Süddeutsche Zeitung du 13 février 2008.

La Mafia continua

Ce changement profond serait salutaire pour l'Italie, car la liste des défis à affronter est longue. Qu'il ait nom Camorra, N'Drangheta, Sacra Corona Unita ou Mafia, le crime organisé mine le pays. Ce sujet, d'ailleurs, ne joue aucun rôle dans la campagne électorale, pas même pour les gens de gauche, comme le regrettait Roberto Saviano, journaliste et spécialiste de la mafia, dans le Corriere della Sera du 13 mars : "L'intelligence de la gauche a, depuis toujours, été de prétendre que la mafia concernait exclusivement le camp d'en face."

À Naples, le problème mafieux a généré une monstruosité manifeste depuis des années. La ville, sa périphérie surtout, croule sous les déchets parce que l'administration municipale ne parvient pas à trouver des alternatives aux décharges illégales contrôlées et fermées par la Camorra. Cela dit, qu'il s'agisse de la violence qui dégénère dans les stades de football, des défaillances de l'enseignement dans les écoles, du système de santé pitoyable, des ratages de la politique de l'éducation, des caisses de retraites vides, de l'augmentation de la xénophobie ou encore de la stagnation économique, les occasions d'émettre des jugements apocalyptiques ne manquent pas.

Ils ne portent pas tous des titres aussi dramatiques que la "Gomorrha" de Saviano. Mais que ce soit Riccardo Illy, homme politique et importateur de café de Trieste, avec son livre "La Rana cinese" (la grenouille chinoise), le journaliste Luca Ricolfi avec "L'arte del non governo" (l'art de ne pas gouverner) ou les journalistes Sergio Rizzo et Gian Antonio Stella avec "La Casta" (la caste), tous, ils font le même diagnostic, le système politique ne fonctionne pas à bien des égards.

Enrichissement personnel et déception

Commentant la politique italienne, Rudolf Stamm remarquait dans la Neue Zürcher Zeitung du 8 février 2008 que "l'accession à la zone euro a été la dernière prestation politique d'importance". Cela fait dix ans que l'Italie fait partie de l'union monétaire européenne. Depuis, le manque d'efficacité et la mentalité de libre-service ont conduit les citoyens à se détourner de l'État. Dans leur livre, Rizzo et Stella mettent au grand jour l'enrichissement personnel sans vergogne de la caste des hommes politiques. Aujourd'hui, après correction des variations dues à l'inflation, un député gagne cinq fois plus qu'il y a soixante ans.

Pas étonnant donc que seuls 7,8 pour cent des Italiens fassent confiance au Parlement, comme le met en évidence l'actuel rapport du Censis. D'après celui-ci, une personne interrogée sur trois peut même imaginer sous certaines conditions un régime autoritaire. Et une sur deux considère Beppe Grillo comme le meilleur homme politique. Le cabarettiste jouit d'un énorme succès, fondé sur une rhétorique de la rébellion, et le blog qu'il anime est le plus visité d'Italie.

Les Italiens auraient-ils l'État qu'ils méritent, comme le pense Beppe Grillo ?

Dans Libération du 13 mars 2008, Giancarlo de Cataldo émet l'idée que "Les Italiens adorent raisonner avec leurs tripes" . "Et un reportage à sensation ou une harangue démagogique d'un populiste au lexique incertain font beaucoup plus d'effets sur les tripes qu'une discussion argumentée. Le goût pour l'urgence vient d'en bas, les élites ne font que s'adapter."

D'autres commentateurs se montrent moins fatalistes. "Le seul espoir pour 2008 est, peut-être, qu'elle soit l'année où la dépression, en atteignant son paroxysme, redonne à l'Italie des chefs-d'œuvre d'art, de littérature, etc. (...)", notait Francesco Merlo dans La Repubblica du 28 décembre 2007. C'est sur cet espoir que mise également le politologue Pavoncello : "Il se peut que l'Italie ne soit pas loin du gouffre. Mais ne sous-estimez jamais un Italien au bord du gouffre."

 
Christoph Mayerl
Christoph Mayerl, né en 1976, a fait des études de journalisme, philosophie et politique à Eichstätt en Bavière. Journaliste indépendant, il vit à Berlin.
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Traduction
Nicole Thiers

Langue originale Allemand

Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

Le text est licencié sous Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

 

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