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Magazine / Politique / Kosovo / Eclairages | 12.03.2007

Kosovo – un aperçu de l'histoire

de Norbert Rütsche


Au cours des débats, menés souvent de manière très émotionnelle, sur le statut futur du Kosovo, l'Histoire est continuellement sollicitée de tous les côtés pour justifier la revendication du territoire. Un aperçu - le plus objectif possible - de l'histoire du Kosovo du Moyen-Age à nos jours.


L'envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Martti Ahtisaari, propose une souveraineté restreinte du Kosovo sous la surveillance de l'Union Européenne. Belgrade rejette farouchement cette proposition. Les Albanais du Kosovo, en revanche, applaudissent le plan d'Ahtisaari. Pour eux, l'indépendance par rapport à la Serbie ne peut arriver assez rapidement. Les deux côtés utilisent des développements et expériences historiques comme arguments majeurs pour le maintien de leurs positions. Aujourd'hui, à peu près 90% des quelques 1,9 million d'habitants du Kosovo sont des Albanais de souche, environ 6% des Serbes et 4% appartiennent à de plus petites minorités. Le Kosovo s'étend sur environ 11000 km² et fait, par exemple, la moitié du Land allemand de Hesse.

Un soldat tient un piège à feu. Encore des années après la fin de la guerre ce genre d'armes menaçaient la population civile.
Photo: UN


Au coeur de la Serbie médiévale

Le Kosovo, qui s'étendait de Belgrade à la Grèce actuelle, s'est formé au coeur de l'Etat serbe médiéval, sous le règne du roi Stefan Dusan (1331 à 1355). C'est aussi de cette époque que datent les importants monastères de l'Eglise orthodoxe serbe, au Kosovo, comme ceux à Decani, Gracanica ou Pec, qui existent encore aujourd'hui. Pec devient en 1346 le siège du patriarche de l'Eglise orthodoxe serbe. Le 28 juin 1389, le prince Lazar est battu par l'armée du Sultan ottoman Murat I lors de la bataille de Kosovo Polje sur le "champ des Merles", à l'occasion de laquelle, d'ailleurs, moururent les deux généraux. Malgré la défaite de Lazar, l'église orthodoxe serbe en fit un martyr et le canonisa.
Lui et son armée se seraient opposés courageusement et héroïquement comme le dernier rempart d'Europe contre les Ottomans musulmans et se seraient sacrifiés luttant pour le peuple et la foi. Le Kosovo est, aujourd'hui encore, pour beaucoup de Serbes "une terre sainte".

La conversion de la majorité des Albanais à l'islam

Même après que les Ottomans aient définitivement soumis l'Etat serbe en 1459, une nette majorité de la population du Kosovo est restée serbe mais le nombre d'Albanais, de culture et langue indépendantes, a constamment augmenté. Au XIXème siècle, la prise de conscience nationale des Serbes s'est largement orientée vers la métaphore glorifiée de l'époque de l'Etat serbe médiéval avec le Kosovo comme "berceau de l'empire serbe". Beaucoup de Serbes, qui même sous un règne ottoman étaient restés pour la plupart chrétiens, ont condamné les Albanais pour s'être convertis dans leur majorité du christianisme à l'islam, la religion de l'ennemi juré de l'Empire ottoman.

Représailles, actes de violence et de vengeance

A l'issue des guerres balkaniques, lorsque l'Empire ottoman fut repoussé toujours plus loin, les puissances européennes ont fixé, en 1912, les frontières de l'Albanie refondée. Toutefois, cela ne concernait uniquement que la moitié de la population d'origine albanaise. Après la Première Guerre mondiale, le Kosovo faisait partie du nouvel Etat yougoslave, le royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes. Les Albanais étaient perçus comme élément perturbateur par beaucoup de Serbes et ont été, dès le début, exposés à de pénibles réprésailles. L'instruction scolaire et les publications en albanais étaient interdites. Les Albanais ont réagi aussi bien par une guérilla contre l'armée et la police que, partiellement, par des actes de violence contre la population serbe.

En 1941, après la capitulation de la Yougoslavie au cours de la deuxième guerre mondiale, presque tout le Kosovo faisait partie de la "Grande Albanie" proclamée par Mussolini puis reprise par les nazis. Le renversement des rapports de force a conduit à des actes de vengeance des Albanais envers les Serbes, principalement envers des colons, qui ont été domiciliés, dans les années 20, au Kosovo, afin d'y augmenter la part de la population serbe. Environ 20000 Serbes se sont enfuis, beaucoup ont été tués.

Autonomie mais toutefois pas de république sous Tito

Dans la Yougoslavie de Tito, le Kosovo, tout comme Voïvodine, s'était vu attribuer, après 1945, le statut de province autonome au sein de la République partielle de Serbie. A cette époque, 790000 personnes vivaient au Kosovo, dont 68% d'Albanais et 24% de Serbes.
La police secrète d'Aleksandar Rankovic, qui avait mauvaise réputation, se chargeait de plus en plus de contrôler le Kosovo. De 1945 à 1966, Rankovic obligea environ 200000 Albanais du Kosovo musulmans enregistrés en tant que "Turcs" à s'expatrier en Turquie. En 1966, Tito l'écarta du pouvoir. Avec la nouvelle Constitution yougoslave, les deux provinces autonomes avaient obtenu en 1974 presque le même statut que les six républiques partielles. Pourtant, le droit de pouvoir s'autoproclamer Etat était resté refusé au Kosovo et à Voïvodine.

Croissance démographique rapide pour les Albanais du Kosovo

Tito, qui était pour les Albanais du Kosovo une sorte de protecteur, décèda le 4 mai 1980. Un an plus tard, lors de violentes émeutes à Pristina, des étudiants albanais du Kosovo réclamèrent le statut de République pour le Kosovo. De nombreux Serbes quittèrent le Kosovo dans les années 80, justifiant que les Albanais les discriminaient et les brimaient. Cependant, la situation économique désastreuse persistante, qui avait aussi entraîné beaucoup d'Albanais du Kosovo à émigrer en tant que main-d'oeuvre étrangère, pourrait avoir été la raison première de la migration serbe. Sans compter que la croissance démographique rapide des Albanais du Kosovo dans les années 80 conduisit à des polémiques constantes. Beaucoup de Serbes leur ont reproché de vouloir ainsi modifier consciemment les rapports de majorité et de puissance. Selon le recensement de 1981, à cette époque, 77% des 1,6 million d'habitants du Kosovo étaient des Albanais, 13% des Serbes et 10% d'autres groupes ethniques.

Abolition de l'autonomie de la province

L'ambiance animée et de plus en plus nationaliste parmi les Serbes a permis l'ascension de Slobodan Milosevic. Elu Président de Serbie en septembre 1987, il supprima rapidement l'autonomie de la province du Kosovo puis a dissous son Parlement et son gouvernement en 1990. En réponse à cette action, les Albanais ont proclamé, après un référendum en 1991, "l'Etat souverain" du Kosovo, que, cependant, seule l'Albanie reconnut. L'écrivain Ibrahim Rugova, dont le propos reposait sur la non-violence, a été élu Président en 1992 à 99,5% lors d'élections clandestines.

Serbisation systématique

Les années, qui suivirent l'abolition de l'autonomie de province, ont été marquées par une serbisation systématique. Ainsi, par exemple toutes les écoles devaient enseigner d'après le programme scolaire serbe, les médecins et le personnel soignant albanais du Kosovo des hôpitaux publics ont été massivement licenciés. Il en était de même pour des milliers d'Albanais du Kosovo dans d'autres secteurs, s'ils ne signaient pas un acte de loyalité envers la Serbie. Il s'en est suivi un boycott de toutes les institutions serbes par les Albanais du Kosovo. En même temps, ceux-ci avaient mis en place clandestinement un système scolaire et un système de santé parallèles - généralement dans des maisons privées. Un sentiment de grande insécurité et de crainte parmi les Albanais du Kosovo provenaient de la terreur quotidienne de la police.

 

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Norbert Rütsche
Norbert Rütsche est journaliste freelance et vit depuis 2005 à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine. Il écrit régulièrement pour des quotidiens et des hebdomadaires germanophones ...
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Traduction
Stephanie Boisset

Langue originale Allemand

© Bundeszentrale für politische Bildung

 

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