Menu secondaire: Magazine
Magazine / Politique / L'Union pour la Méditerranée / Eclairages | 24.04.2008
Compromis de formulation sur la question méditerranéenne
de Daniela Schwarzer, Isabelle Werenfels
Le compromis trouvé au sein du Conseil européen en mars 2008 pour l'Union méditerranéenne permet, tout au moins provisoirement, de calmer la querelle qui divise l'UE sur le sujet. Mais il ne promet pas de réorientation fondamentale de la politique méditarréenne de l'UE.
Les piliers de l'Union méditerranéenne
Pendant des mois, la proposition du président français Nicolas Sarkozy de créer une Union méditerranéenne au-delà du cadre existant de l'UE a généré des tensions massives, notamment entre l'Allemagne et la France.

Photo: Photocase
Une initiative en dehors de l'UE n'aurait pas fait que remettre en question le processus de Barcelone existant depuis 1995. Elle aurait pu aussi affaiblir la politique de l'Europe avec ses voisins et diviser l'UE sur le plan politique. Tandis que ces dangers sont écartés par le compromis du sommet du mois de mars, les piliers jusqu'ici connus de l'Union pour la Méditerranée ne sont pas une grande avancée dans la politique méditerranéenne :
- Les membres de l'Union méditerranéenne sont les 27 de l'UE, dix États riverains au Sud (Maroc, Algérie, Tunisie, Égypte, Israël, les territoires palestiniens, Liban, Syrie, Turquie et Albanie) et deux États qui n'ont pas de frontières sur la Méditerranée mais qui sont eux aussi membres de la PEM (Jordanie et Mauritanie). On ne sait pas encore si la Libye, qui n'a jusqu'à présent qu'un statut d'observateur dans la PEM, va participer.
- Un secrétariat va être mis en place dans un état riverain de la Méditerranée, sans doute la Tunisie. Un riverain méditerranéen de l'UE et un État partenaire du Sud se partagent la présidence de deux années respectives. Lorsque tous les États riverains UE ont eu la présidence, c'est alors au tour des autres États de l'UE. Un sommet politique doit avoir lieu tous les deux ans.
- Les centres de gravité de contenu vont être élaborés jusqu'au sommet de juillet à Paris par la Commission européenne, en coopération avec la future présidence française au Conseil de l'UE. Actuellement se dessinent des initiatives dans la lutte contre la pollution de la Méditerranée, dans le domaine des énergies renouvelables et des voies de navigation maritime, ainsi qu'une coopération renforcée dans les sciences et l'éducation.
- Côté français, les aspects suivants sont visés en outre : réalisation des projets sur le modèle de la « géométrie variable », mise en place de Public-Private-Partnerships et acquisition de moyens financiers supplémentaires en dehors du budget UE de Barcelone. Certains pays de l'UE refusent catégoriquement une augmentation de ce budget.
Le processus de Barcelone : un échec ou pas ?
Afin d'évaluer les chances de succès du projet qui se dessine, il est utile de considérer les résultats et les obstacles du processus de Barcelone dans les trois champs d'action Sécurité, Économie et Culture.
Dans le domaine de la sécurité et de la transformation politique, la tentative de modifier par une approche de partenariat multilatérale les structures politiques autoritaires existantes dans l'espace méditerranéen du Sud et de développer une coopération de sécurité régionale s'est révélée extrêmement difficile.
- Les gouvernants autoritaires ont par nature moins d'intérêt à initier des réformes structurelles politiques et à autoriser plus de libertés civiles qui minent leur pouvoir.
- L'UE a eu du mal, en raison de querelles internes et par souci des victoires électorales islamistes, à critiquer les structures autoritaires existantes. En outre, notamment la France, l'Espagne et l'Italie craignent de « compromettre » les relations avec leurs voisins géographiques directs en abordant des sujets comme les droits de l'Homme.
- Le conflit israëlo-arabe empêche une coopération en matière de sécurité à un niveau régional global. Des projets de Charte Euro-Méditerranée pour la paix et la stabilité sont gelés depuis 2000.
Le bilan économique est mitigé. Réformes structurelles et croissance économique sont restés dans la majorité des États riverains très en deça des besoins des populations. L'écart du niveau de vie par rapport à l'Europe s'est encore creusé depuis 1995. Y ont contribué sans doute le protectionnisme des marchés européens face aux produits agricoles en provenance de l'espace méditerranéen du Sud. En Tunisie par exemple, la Politique Euro Méditerranée (PEM) a cependant entraîné l'accélération et l'approfondissement d'un processus de réforme déjà engagé. Le dynamisme économique de la Turquie est par contre plutôt à inscrire dans la perspective d'entrée dans l'UE.
Pour la région dans son ensemble, les investissements directs étrangers, à l'exception des secteurs du pétrole et du gaz naturel, sont restés en deça des attentes, entre autres parce que les réformes dans le secteur financier et bancaire, ainsi que des conditions cadres juridiques n'ont pas été suffisantes.
La coopération Sud-Sud qui devait être améliorée par le processus de Barcelone n'a pratiquement pas avancé : les courants commerciaux ne se sont pas notablement développés par le processus de Barcelone. L'UE reste le partenaire commercial majeur de presque tous les riverains de l'espace méditerranéen sud.
Dans le domaine de la coopération culturelle non plus, la dynamique attendue ne s'est pas opérée. D'une part, parce que cette coopération était fortement élitaire, d'autre part, parce que les conditions cadres restrictives pour l'engagement dans la société civile n'ont pratiquement pas changé. Là où ces dernières se sont améliorées, comme au Maroc, les subventions de l'UE ont porté leurs fruits.
Les acteurs officiels et civils des États de la PEM n'ont eu de cesse de critiquer le fonctionnement fondamental du processus de Barcelone. Ils reprochent entre autres l'asymétrie institutionelle (le processus est géré à Bruxelles sans participation notable des États partenaires), le manque de flexibilité et le rythme lent des processus de décision (lors des rencontres de ministres, les 39 États de la PEM doivent ouvre un consensus). Sont reprochés aussi l'absence d'une impulsion directionnelle claire des divers projets, une communication insuffisante ainsi que le manque de transparence des projets respectifs et du processus dans son ensemble.
1 . 2 . suivante »

» vers l'index des auteurs

» vers l'index des auteurs
Langue originale Allemand
![]()
Le text est licencié sous Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.
Des articles supplémentaires sur les thèmes » Élargissement UE / Politique de voisinage de l´UE, » Politique Européenne, » Politique Economique, » Afrique, » Europe, » Europe du Sud-Est, » Proche et Moyen Orient
Pour en savoir plus sur les thèmes de la revue de presse » Élargissement UE / Politique de voisinage de l´UE, » Politique Européenne, » Politique Economique, » Afrique, » Europe, » Europe du Sud-Est, » Proche et Moyen Orient


