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Magazine / Politique / L'identité européenne / Eclairages | 22.03.2007

Cinquante ans après les Traités de Rome

de Ludger Kühnhardt


Cinquante ans après la signature du Traité de Rome l'idée de paix continue d'être à la base de l'Union européenne. Un aperçu du chemin parcouru par l'Union européenne et de ses objectifs.


On rapporte que le 25 mars 1957 avait été un jour de pluie continuelle. Peu avant 18 heures les délégations firent leur entrée au Capitole. On passa devant la statue équestre de Marc Aurèle et on entra dans le palais des Conservateurs. Les représentants de six États s'installèrent dans la riche salle des Horaces et des Curiaces et allaient lancer l'Europe sur une voie nouvelle.

Signature du Traité de Rome, 25 mars 1957
Photo: European Community


Des deux côtés de la cérémonie, les statues baroques monumentales des papes Urbain VIII et Innocent X. Paraphèrent les documents : pour la Belgique son ministre des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak et le secrétaire général du ministère de l'économie à Bruxelles, le baron Jean-Charles Snoy et d'Oppuers ; pour la France son ministre des Affaires étrangères, Christian Pineau et le secrétaire d'État Maurice Faure ; le chancelier Konrad Adenauer et le secrétaire d'État au ministère des Affaires étrangères Walter Hallstein ; pour l'Italie le Premier ministre Antonio Segni et le ministre des Affaires étrangères Gaetano Martino ; pour le Luxembourg son ministre des Affaires étrangères et ministre d'État Joseph Bech et son ambassadeur à Bruxelles, Lambertus Schaus ; pour les Pays-Bas leur ministre des Affaires étrangères Joseph Luns et le directeur à l'intégration de l'industrie minière et métallurgique Johannes Linthorst Homan.

Dans les mots du ministre des Affaires étrangères italien Martino : « C'est l'aube d'une nouvelle ère dans l'histoire des peuples d'Europe » [1]. La signature des traités de Rome, instituant respectivement la Communauté économique européenne et EURATOM était sans précédent dans l'histoire européenne. Mais à l'époque, la cérémonie romaine n'est qu'un vœu pieux d'hommes politiques et son contenu devra s'avérer dans les décennies à venir.

Cinq décennies après la signature des traités de Rome , l'union de l'Europe sur fond de paix européenne est largement réalisée. Les institutions européennes sont une réalité peut-être imparfaite, mais une ample réalité avec toute la complexité qui convient. L'unification du marché intérieur a duré plus longtemps que cela n'était envisagé lors de la signature des traités de Rome. Mais l'euro, la monnaie unique, est né. Il circule au-delà des treize pays qui l'ont formellement introduit (la Slovénie, premier pays postcommuniste à le faire, incluse depuis 2007) ; neuf autres États de l'Union européenne participent au mécanisme du taux de change européen II ; quatorze pays de la Zone franc CFA ont lié leur devise à l'euro. Tout le monde appelle cependant encore une politique étrangère et de défense cohérente de ses vœux. La crise irakienne de 2002-2003 l'a démontré à l'envi : quand la construction européenne et les relations transatlantiques dérivent séparément, c'est au détriment des deux parties [2]. Plusieurs vagues d'élargissement ont produit l'Union européenne à partir de la Communauté économique européenne. Élargissement et approfondissement n'ont pas accusé d'insurmontable opposition, ils se sont en définitive toujours appuyés l'un sur l'autre [3].

Les institutions européennes sont désormais établies, mais nous n'en sommes qu'aux débuts de l' « approche constitutionnelle de l'Europe » ou des « intérêts communs de l'Europe ». Et jamais le dilemme n'a été aussi perceptible que durant la crise de la ratification du traité constitutionnel de 2004 [4]. C'est en grande pompe qu'avait eu lieu la signature de cette œuvre réformatrice le 29 octobre 2004 et quelques leaders s'empressant de la soumettre au référendum populaire. Mais avec des majorités hostiles à la « constitution » (titre depuis longtemps passé dans les langues) en France et aux Pays-Bas leur présentant tout de suite l'addition. Peu importe finalement qu'on ait réellement voté contre le texte du traité constitutionnel ou contre les directions nationales, ou encore contre les conséquences possibles de la mondialisation, voire tout simplement contre « la politique ». Même si seize pays ont ratifié la constitution à la date de début 2007. Ce qui revient à une majorité d'États de l'Union et à une majorité de « citoyens de l'Union » comme on peut le dire depuis le traité de Maastricht en 1992. Contradiction : nombre de ces « citoyens» s'opposent à la constitution pour cause d'Union déficitaire, trop lointaine, trop peu démocratique, trop peu transparente ; autant de défauts que les nouvelles règles introduites par le traité constitutionnel avaient justement pour but de corriger. Il y a ceux pour qui le processus de construction européenne va trop vite, ceux pour qui il va dans la mauvaise direction et ceux pour qui il va trop lentement.

Depuis 2007, l'Europe est à la croisée des chemins [5]. Le vieil argument qui légitimait la construction européenne, celui d'articuler la paix sur un marché commun en devenir, a fondé une réalité. La nouvelle légitimation à partir du rôle de l'Europe dans le monde et d'une Europe des citoyens, elle, en est encore à ses débuts. Nous nous trouvons dans une phase de transformation entre projet des élites et projet citoyen. Une transition qui ne peut s'opérer dans la rapidité et sans opposition. La constitution dont l'élaboration a été suivie par une opinion publique plus large que jamais dans l'histoire des projets européens et qu'on a pourtant critiquée pour avoir été élaborée trop peu démocratiquement ne saurait être ici qu'une étape intermédiaire. Il y a dans le traité constitutionnel la possibilité du recours à des référendums européens. Ce en quoi il contribue plus que tous les projets précédents et plus que toutes les discussions théoriques à la grande idée d'une opinion publique européenne. Il n'empêche : dans deux des membres de l'UE des majorités ont refusé de l'approuver parce qu'ils ne se sentaient pas vraiment représentés par la mouture produite à l'échelle de l'Union. Pas facile de continuer avec ce genre de contradictions. Mais ce n'est en tout cas pas possible hors tradition des traités de Rome qui ont ouvert la brèche à une autre réalité dans l'histoire de l'Europe [6].

[1] Cf. Franz Knipping, Rom, 25. März 1957. Die Einigung Europas, Munich, 2004, p. 9-18.

[2] Cf. Philipp H. Gordon, Jeremy Shapiro, Allies at War. America, Europe and the Crisis over Iraq, New York, 2004 ; Timothy Garton Ash, Free World. Why a Crisis of the West reveals the Opportunity of our time, Londres, 2004.

[3] Cf. Neil Nugent, The Deepening and Widening of the European Community, Manchester, 1991.

[4] Vertrag über eine Verfassung für Europa, Luxembourg, 2005 ; Marcus Höreth, Ludger Kühnhardt, Cordula Janowski, Die Europäische Verfassung. Analyse und Bewertung ihrer Strukturentscheidungen, Baden-Baden, 2005.

[5] Cf. Ludger Kühnhardt, Erweiterung und Vertiefung, Baden-Baden, 2005.

[6] Cf. Dietmar Herz (éd.), Die Europäische Union. Politik, Recht, Wirtschaft, Francfort-sur-le-Main, 1999 ; Michael Gehler, Europa. Von der Utopie zum Euro,Francfort-sur-le-Main, 2002.

 

1 . 2 . 3 . 4 . suivante »

 
Ludger Kühnhardt
Dr. Phil., né en 1958, professeur de science politique, directeur au Zentrum für Europäische Intergrationsforschung (ZEI) de la Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität Bonn, Walter-Flex-Strasse 3, 53113 ...
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Traduction
Nathanaël Herzog

Langue originale Allemand

Source originale Aus Politik und Zeitgeschichte 10/2007

© Bundeszentrale für politische Bildung

 

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