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08.01.2009

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Magazine / Politique / Schengen / Débats | 11.01.2008

Extension de la libre circulation en Europe

de Hans-Jörg Schmidt


Plus de contrôle aux frontières avec les pays voisins : depuis le 21 décembre 2007, neuf nouveaux membres font partie de l'Espace Schengen. Une étape qui est très diversement appréciée en Europe.


C'est dans une atmosphère jubilatoire que les contrôles aux frontières ont été abolis, en décembre 2007, entre les anciens membres de l'UE d'une part, et d'autre part les Etats baltes, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, la Hongrie et Malte. L'Espace Schengen élargi comprend désormais 24 pays, au sein desquels règne une liberté de circulation illimitée. Les autres membres de l'UE que sont la Grande-Bretagne, la Roumanie et la Bulgarie restent en dehors du nouvel espace.

Photo: AP


Cette étape, qui signifie que l'Europe continue de grandir, a suscité des réactions très émotionnelles. En même temps, la nouvelle abolition des frontières européennes constitue une nouvelle démarcation vis-à-vis de l'extérieur, séparant plus nettement les uns des autres des voisins tels que les Slovènes et les Croates, ou les Polonais et les Ukrainiens.

Une division surmontée

"Aujourd'hui, l'Europe montre qu'il est finalement très facile de trouver le chemin qui mène au cœur de ses citoyens" écrivait Rouven Schellenberger dans le Frankfurter Rundschau du 20 décembre 2007. "Aujourd'hui, l'Europe poursuit sa consolidation et Bruxelles rend la vie des gens plus facile."

Les réactions ont été tout aussi euphoriques dans un grand nombre des nouveaux Etats de Schengen: une Europe marquée par les guerres, la violence et la souffrance finit par se retrouver en paix. Les habitants des nouveaux membres de l'UE l'ont ressenti plus nettement encore que lors de leur entrée dans l'Union. Ainsi le Premier ministre tchèque s'est fait le porte-parole de beaucoup d'entre eux, le 12 septembre 2007, en prononçant ces paroles lors de la visite à Prague de Günther Beckstein, alors ministre bavarois de l'Intérieur : "Enfin, nous ne nous sentons plus comme des citoyens européens de seconde classe."

Autrefois, le Rideau de fer séparait deux mondes, rappelait le journaliste slovène Ervin Hladik Milharcic le 20 décembre 2007 dans le journal Dnevnik, à propos de l'ancienne frontière entre la Yougoslavie et l'Italie : "Deux mondes distincts étaient séparés : dans le nôtre, on ne trouvait que des disques des Beatles ou des Rolling Stones, vendus dans le grand magasin de Nova Gorica [ville frontière entre l'Italie et la Yougoslavie] et probablement jusqu'à Vladivostok. En revanche, dans l'autre monde, on pouvait trouver tous les disques, ceux de Lou Reed, Velvet Underground, Grateful Dead et des Doors. (...) La frontière qui se trouvait autrefois au niveau de la gare de Nova Gorica marquait une séparation culturelle."

Problèmes techniques

L'euphorie générale de la nuit du 20 au 21 décembre 2007 a fait oublier que la préparation de cet élargissement avait rencontré des problèmes techniques considérables. Cela avait d'ailleurs provoqué la colère de nombreux Européens de l'Est et du centre, qui y voyaient un prétexte des anciens membres de l'UE pour retarder l'ouverture des frontières. A l'origine, ces pays devaient entrer dans l'Espace Schengen dès octobre 2007. Mais le nouveau Système d'information Schengen n'avait pas été prêt à temps, et on avait même envisagé de devoir repousser cette étape à l'année 2009.

Le chroniqueur slovène Bozo Masanovic a critiqué cette perspective dans le journal Delo du 12 septembre 2006 : "Cet ajournement touche les dix nouveaux Etats membres de l'UE, alors qu'ils ont multiplié leurs efforts pour la surveillance des nouvelles frontières de l'Union après leur adhésion. Aujourd'hui, ils se sentent lésés et s'indignent. Le projet d'intégration européenne se trouve retardé par une défaillance du système informatique (...). Les nouveaux pays membres voient dans cet ajournement (…) le reflet de la méfiance des vétérans de l'Europe à leur égard."

La situation s'est finalement débloquée en décembre 2006 : les ministres européens de l'Intérieur se sont mis d'accord pour se contenter dans un premier temps d'implanter le Système d'information Schengen I aux nouvelles frontières extérieures de l'UE. Si la recherche d'un compromis entre les nouveaux et les anciens membres de l'UE a été si difficile, c'est surtout, constatait Adam Černý le 6 décembre 2006 dans le journal économique tchèque Hospodářské noviny, parce que la suppression des contrôles aux frontières a une valeur symbolique.

Mais les pays nouvellement entrés dans l'UE ont également rencontré des difficultés concrètes dans la préparation de cet élargissement. La Slovaquie a notamment essuyé des critiques pour avoir insuffisamment préparé les frontières de Schengen qui la séparent de l'Ukraine. La République tchèque a même envisagé de renforcer sa frontière avec la Slovaquie afin de pouvoir entrer à temps dans l'Espace Schengen. Cela aurait pu peser lourdement sur la relation entre les deux pays, étant donné que leurs deux peuples ont vécu sans frontière dans un même Etat pendant 74 ans. Mais, grâce à l'aide des anciens membres de l'UE, les Slovaques ont déployé de gros efforts pour fermer l'UE par la frontière de presque 100 kilomètres qui la sépare de l'Ukraine.

La peur des Occidentaux

Malgré quelques "miracles" de ce genre – c'est ainsi que le ministre slovaque de l'Intérieur, Robert Kalinak, a qualifié la consolidation in extremis de la frontière ukrainienne –, la peur des anciens membres de l'UE face à l'élargissement de l'Espace Schengen a été clairement perceptible au cours des derniers mois. Elle a notamment été attisée par la presse à sensation autrichienne, qui montrait des immigrés clandestins affluant en masse vers l'Autriche et menaçant de provoquer une hausse dramatique du terrorisme et de la criminalité.

"Ces événements s'inscrivent totalement en contradiction avec nos valeurs morales des années 1960, 1970 et 1980", réagissait Wolfgang Böhm le 14 décembre 2007 dans le journal autrichien Die Presse. "La peur et l'intense désir de sécurité interfèrent avec un principe du passé, selon lequel la liberté personnelle, bien le plus précieux, devrait uniquement s'arrêter là où celle des autres commence."

L'écrivain tchèque Tereza Brdečková a répondu, dans le Respekt du 4 décembre 2007, aux Allemands et aux Autrichiens qui jugeaient l'ouverture des frontières prématurée : "L'Europe d'aujourd'hui n'a rien à voir avec l'empire romain d'Occident, mais l'état d'esprit est le même : nous devons prendre garde 'aux barbares qui ne partagent pas nos valeurs'."

Les ministres européens de l'Intérieur argumentent contre ces peurs en faisant valoir que les contrôles aux frontières ont déjà été supprimés en Europe occidentale en 1995 et que cela a permis de mettre en place des enquêtes policières au-delà des frontières. Ainsi ont été organisées sur ce modèle des patrouilles communes comprenant par exemple des officiers de frontière allemands, tchèques et polonais, qui opèrent jusqu'à 30 kilomètres de part et d'autre des anciennes frontières.

Frank Herold s'est montré convaincu par cet argument dans le Berliner Zeitung du 23 novembre 2007: "Après tout, les contrôles de police aux frontières n'ont jamais vraiment permis d'arrêter les terroristes et le crime organisé. (…) C'est pourquoi il n'y a qu'une seule solution possible : ouvrez les vannes !"

La nouvelle frontière extérieure de l'UE

Les pays qui restent en dehors de l'Espace Schengen connaissent des problèmes d'une tout autre nature. Les habitants des pays voisins de l'UE se trouvent en effet confrontés à une nouvelle frontière bien sécurisée, qui ne peut être franchie qu'avec le coûteux visa de Schengen.

Cela s'avère très problématique pour la relation entre les Slovènes et les Croates, qui jadis vivaient ensemble au sein de l'Etat fédéral yougoslave. C'est ce qu'écrivait dans la Repubblica italienne du 19 décembre 2007 l'écrivain bosniaque Predrag Matvejevic : "Il n'est pas difficile d'imaginer par exemple un Polonais ou un Tchèque empêchant un Russe ou un Ukrainien de traverser son territoire. Mais comment se comportera un Slovène qui, à une vingtaine de kilomètres de Zagreb, devra arrêter un Croate ou un Bosniaque, avec lequel dans un passé récent il a partagé un sort commun ?"

Le poète ukrainien Mykola Rjabtschuk décrivait des sentiments semblables, le 4 août 2007, dans le quotidien polonais Gazeta Wyborcza : " Une fois de plus, ils tentaient de fermer la frontière et de se couper complètement de cette entité amorphe et politiquement schizophrène qu'est l'Ukraine. Maintenant nous allons réellement sentir à quel point ces pays étrangers sont lointains alors qu'ils semblaient autrefois si proches."

D'autre part, l'Europe devient également moins accessible pour les immigrants non européens, comme le constatait Andrej Brstovsek dans le journal slovène Dnevnik, le 21 décembre 2007 : "L'image des Européens de l'Est qui souhaitent rejoindre l'eldorado de l'Ouest est désormais utilisée pour qualifier les immigrants du Bangladesh, qui peuvent payer plus d'un millier d'euros pour rejoindre l'Europe sans pourtant être sûrs d'entrer dans la forteresse Schengen."

"Bien que l'Union explique qu'elle se sent concernée par le développement démocratique de ces pays et qu'elle veut les associer plus étroitement à l'Europe, son comportement est tout autre", déplorait Luboš Veselý le 18 juillet 2007 dans le quotidien tchèque Hospodářské noviny, avant de faire ce pronostic : "Après l'élargissement de l'Espace Schengen, on va assister à la création d'un nouveau rideau de fer."

 
Hans-Jörg Schmidt
Hans-Jörg Schmidt est journaliste indépendant, correspondant en République tchèque et en Slovaquie pour euro|topics et pour d'autres journaux germanophones, notamment Die Welt. Il a fait ...
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Traduction
Barbara Fontaine

Langue originale Allemand

Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

Le text est licencié sous Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

 

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