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Magazine / Politique / Slovénie / Débats | 21.01.2008

La Slovénie, pays modèle ?

de Veronika Wengert


La Slovénie est le premier des nouveaux États membres de l'Union européenne à exercer, ce premier semestre 2008, la présidence du Conseil européen. L'Europe place de grands espoirs dans la Slovénie et dans ses compétences à gérer les crises des Balkans. Comment la Slovénie répond-elle à ces défis ?


Élève modèle, enfant modèle, pays modèle – hommes politiques et journalistes ont sans cesse recours à ces expressions pour évoquer la Slovénie. Non sans raison : ce pays de deux millions d'habitants a connu un développement extrêmement rapide depuis la désintégration de la Yougoslavie. Avec la déclaration d'indépendance de 1991, pour la première fois, les Slovènes créaient leur propre État, remplaçant une domination étrangère longue de plusieurs siècles.

Danilo Türk
Photo: AP


En mars 2004, le pays devenait membre de l'OTAN et, à peine deux mois plus tard, adhérait à l'Union européenne. Depuis le 1er janvier 2007, les Slovènes paient officiellement en euros et, peu avant Noël, leurs frontières vers l'Italie, l'Autriche et la Hongrie se sont ouvertes, la Slovénie étant devenue membre de l'Espace Schengen ; c'est à elle qu'il incombe désormais d'assurer les frontières extérieures du sud-est de l'UE.

Primus inter pares

Sur le plan économique, la Slovénie est sur la voie du succès. Aucun autre pays ex-communiste n'a fait un tel bond en avant pour rejoindre la clique des pays de l'euro. Aussi, à Ljubljana, la capitale, voit-on dans le fait que la Slovénie va assurer la présidence du Conseil européen à partir du 1er janvier un "événement historique" ; cela fait de la Slovénie, "durant six mois, le primus inter pares de l'UE", comme l'écrit, enthousiaste, le journaliste slovène Igor Mekina dans le quotidien Dnevnik du 2 janvier 2008.

Pendant des mois, la petite république alpine s'est armée pour cette présidence : "Le gouvernement a décrété en quelque sorte un état d'exception pour la population et la politique, et ce, pour le bien de tous", écrivait Alice Bota le 3 janvier 2008 dans l'hebdomadaire allemand Die Zeit.

La Slovénie s'est fixé bien des tâches : tout en haut de la liste des priorités figure la ratification à l'échelle européenne du traité de Lisbonne. Le traité modificatif doit entrer en vigueur le 1er janvier 2009. Mais avant d'en arriver là, les 27 pays membres doivent le ratifier. La Slovénie compte également faire avancer durant son mandat la dite stratégie de Lisbonne pour le développement économique et social en Europe, ainsi que le paquet "énergie et changement climatique".

La question du Kosovo

"Situé au carrefour de l'Autriche, de l'Italie et des Balkans, le pays est bien placé pour servir de trait d'union entre les peuples", écrivait Thomas Ferenczi dans Le Monde du 28 décembre 2007. Ferenczi visait ici la question du statut du Kosovo, particulièrement délicate pour la Slovénie. Car enfin, c'est cette province serbe dissidente qui déclencha en 1989 la désintégration de la Yougoslavie. Si, au cours des mois prochains, le Kosovo se déclarait indépendant et que l'UE reconnaisse ce fait, un conflit avec la Serbie serait inévitable. Tempérant les trop fortes attentes de la diplomatie, The Economist britannique soulignait que, en dépit de sa connaissance exceptionnelle de la région, la Slovénie ne pourrait pas résoudre le conflit, mais qu'elle avait "l'avantage de la crédibilité" : "La présidence du Conseil européen est un symbole qui vient à point nommé."

Dans un article du 2 janvier 2008, Erich Rathfelder, correspondant du quotidien allemand tageszeitung pour l'Europe du Sud-Est, évoquait un autre point : selon lui, la Slovénie se sent obligée non seulement de gérer la question du Kosovo, mais aussi de rapprocher de l'UE tous les États de l'ex-Yougoslavie, voire de les y faire entrer.

Identité culturelle

La présidence du Conseil européen par la Slovénie coïncide avec l'année du dialogue interculturel annoncée par l'UE. La Slovénie, en l'occurrence, est un bon exemple : s'y mélangent et s'y fondent les cultures slaves, germaniques et romanes. Les frontières du pays ne suivent absolument pas les frontières ethniques, comme le montrent clairement les importantes minorités italienne et hongroise en Slovénie. Traditionnellement, la Slovénie trouve ses références en Europe, et il en était déjà ainsi à l'époque socialiste. Pourtant – ou justement pour cette raison – il reste difficile d'assigner une place juste à ce pays.

La Slovénie, sans cesse confondue avec la Slovaquie ou la Slavonie, une région croate, se pose elle-même la question de son appartenance géographique et culturelle. Lorsque le gouvernement slovène, en été 2006, se mit en quête, via un appel d'offres public, d'un nouveau symbole et d'un logo visant à une meilleure reconnaissance du pays, cela inspira à Branka Bezjak dans le quotidien slovène Vecer du 8 août 2006 le commentaire suivant : "Il n'existe aucune réponse sans ambiguïté à la question de savoir quelle est l'identité nationale des Slovènes. D'un côté, parce que nous ne sommes toujours pas au clair avec notre récent passé et, de l'autre, parce que nous ne nous sommes encore jamais posé sérieusement cette question."

Les "effacés"

Un exemple montrant que la Slovénie n'en a toujours pas terminé avec son passé yougoslave est celui des "effacés". On appelle ainsi les citoyens de l'ancienne Yougoslavie qui, tout en n'étant pas originaires de Slovénie, y avaient néanmoins leur résidence permanente lors de la désintégration de la Yougoslavie. Pour diverses raisons, ils n'ont pas sollicité ou obtenu la citoyenneté slovène, et ne peuvent plus prétendre au droit de résidence – tout en continuant pourtant à vivre en Slovénie.

À l'origine, quelque 34 000 personnes étaient dans ce cas, et elles sont 18 000 depuis "que la bureaucratie du nouvel État, par mégarde ou par la voie subtile du nettoyage ethnique, a effacé sur le papier, les faisant disparaître du registre national, des citoyens ayant une résidence permanente", expliquait le commentateur slovène Boris Jaušovec le 3 janvier 2008 dans le quotidien autrichien Der Standard.

Des ouvriers et des journalistes en colère

Dans cette Slovénie qui a réussi tant de choses au cours de ces dernières années, se forgeant ainsi une bonne réputation, il est bien d'autres choses encore qui ne se déroulent pas sans incidents. En novembre 2007, des milliers d'ouvriers se sont mis en grève pour obtenir de meilleurs salaires, égratignant son image de pays du miracle économique. Le conflit frontalier avec la Croatie n'est toujours pas résolu. Enfin, en octobre 2007, 571 journalistes slovènes ont protesté par une "pétition contre la censure et les pressions politiques", contre l'influence exercée sur les médias. En janvier 2008, ils ont renouvelé leurs critiques. Le 8 janvier 2008, le quotidien autrichien Kurier livrait le commentaire suivant : "Cet appel à l'aide lancé à l'UE au tout début de la présidence du Conseil est indubitablement pénible pour le gouvernement slovène."

Le 3 janvier 2008, dans Die Zeit, Alice Bota analysait le conflit grandissant entre le gouvernement et la presse : "Au début, il y avait un pacte, conclu entre le Premier ministre conservateur Janez Janša et les partis... On y trouve des passages comme celui-ci : 'Les soussignés, conformément à leur rôle dans le système parlementaire, ne compliqueront pas la tâche du gouvernement lorsque la présidence du Conseil européen sera en jeu'. Grossièrement traduit, cela donne : fermez-la pendant six mois... Tous étaient censés soutenir ce pacte, même les journalistes. Mais eux, ils s'y refusent."

La concurrence française

Le Kosovo, la Croatie, les Balkans – la liste des sujets de politique étrangère que veut traiter la Slovénie durant sa présidence du Conseil est longue. Et les attentes de la Slovénie et celles des Européens sont fortes, car avec l'évaluation de l'entrée en scène de la Slovénie, c'est aussi la question de la maturité européenne des nouveaux pays membres d'Europe de l'Est qui est en jeu, comme le constate Martin Winter dans la Süddeutsche Zeitung du 28 décembre 2007. "Si la Slovénie accomplit une bonne présidence, cela ne fera pas qu'affermir sa (déjà bonne) réputation comme pays modèle, sur les plans économique et politique, parmi les nouveaux venus, cela relèvera aussi le prestige des autres."

Quant à savoir si le succès sera au rendez-vous, la question reste ouverte. Le 4 janvier 2008, dans Hospodarské Noviny, le journaliste tchèque Radek Honzák relevait que la France, qui présidera le Conseil européen à partir du 1er juillet 2008, pourrait voler la vedette à la Slovénie. "Aucun aspect de la politique européenne n'échappe à l'hyperactif président français. Il possède plusieurs cordes à son arc, qu'il s'agisse du marché intérieur, des politiques de l'énergie et de l'immigration, de la réforme des finances, de l'agriculture ou de la défense. (...) De plus, Nicolas Sarkozy va tirer parti du fait que deux pays inexpérimentés vont précéder la France, puis lui succéder, à la tête de l'UE : la Slovénie et la République tchèque."

Dans un article du 18 décembre 2007 pour Open Democracy, le journaliste britannique John Palmer arrivait à une tout autre conclusion : "Ni la taille [de la Slovénie], ni ses nombreuses autres qualités ne devraient s'avérer être un désavantage dans l'arène politique : l'histoire montre que la majorité des présidences de l'UE réussies ont été le fait de petits États."

 
Veronika Wengert
Veronika Wengert a fait des études de slavistique (régions slaves méridionales), de russe et de journalisme, avant de travailler quelques années en tant que rédactrice ...
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Traduction
Nicole Thiers

Langue originale Allemand

Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

Le text est licencié sous Creative Commons license by-nc-nd/2.0/de.

 

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