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08.01.2009

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Magazine / Économie / Bas salaires / Article | 28.05.2008

L'appel des fraises

de Jakob Horstmann


Un dixième des Roumains travaille à l'étranger – essentiellement comme ouvriers agricoles – car les salaires sont trop faibles dans leur pays.


En été, c'est la panique à l'ambassade d'Espagne à Bucarest. Des douzaines de Roumains se pressent aux barrières et de nombreuses tentes sont dressées sur un îlot directionnel. Ceux que l'on appelle les Capsunari, – un néologisme dérivant du mot hongrois "capsun" (fraise) – attendent leur visa de travail.

Photo: AP


Chaque année en effet, des légions de travailleurs agricoles se rendent de Roumanie en Espagne pour la récolte des fraises. Et cela en vaut la peine. Une jeune femme déclare : "En Espagne, je gagne autant en quelques semaines qu'en trois mois ici. Le travail est dur, mais cela me permet d'envoyer 600 euros par mois à ma mère."

Destinations de prédilection

Entre 1,5 et 3,4 millions de Roumains, toutes classes confondues, gagnent actuellement leur argent à l'étranger. Il n'existe pas de données exactes ; le chiffre élevé de travailleurs saisonniers et les nombreux travailleurs immigrés non répertoriés rendent impossibles des évaluations précises. En moyenne, près d'un dixième de la population roumaine totale travaille loin de son pays d'origine – comme ouvriers agricoles mais aussi dans les secteurs de la santé, des technologies de l'information et de l'artisanat. La plupart sont partis au début des années 1990, alors que les taux d'inflation annuels dépassaient les 250 pour cent. L'Italie et l'Espagne, où l'intégration culturelle et linguistique est relativement facile, constituent des destinations privilégiées. Beaucoup vont en Allemagne, en raison de relations familiales avec des Allemands de Roumanie qui y ont émigré.

Un quotidien onéreux

La majorité des Roumains en exil a moins de 40 ans. Ils devraient en principe former la colonne vertébrale de l'économie roumaine, mais jusqu'à présent, peu d'entre eux sont revenus. La raison principale à cela est la forte différence entre les salaires moyens et les prix en Roumanie. Ainsi, le salaire net moyen était juste de 313 euros en 2007, tandis que les loyers dans les villes et les prix dans les supermarchés ne sont pas plus faibles qu'en Europe occidentale. Un litre de lait coûte un euro, un cappuccino dans un café deux euros. Et si l'on souhaite avoir une paire de jeans de marque, il faut débourser dans les 100 euros. Pour s'en sortir au quotidien, de nombreux Roumains contractent de petits crédits, et comptent sur les virements effectués par leurs proches travaillant à l'étranger. L'année dernière, les travailleurs roumains exilés ont renvoyé 7 milliards de dollars dans leur pays, soit cinq pour cent du produit intérieur brut.

Des bourses à l'emploi

L'économie intérieure de la Roumanie souffre essentiellement du manque actuel de main d'œuvre, et surtout de main d'œuvre spécialisée. Cette situation a pour conséquence un faible taux de chômage (moins de cinq pour cent dans le pays et moins de deux pour cent dans des centres économiques comme Bucarest ou Timişoara). Les chefs d'entreprise continuent par contre de se plaindre en indiquant à quel point il est difficile selon eux de trouver du personnel qualifié. C'est pourquoi l'Etat roumain fait tout spécialement les yeux doux à ses travailleurs émigrés en Europe occidentale. En Espagne et en Italie, des bourses à l'emploi pour les citoyens roumains sont régulièrement organisées. Grâce à une croissance économique stable, la Roumanie attire malgré tout, et n'est plus depuis longtemps un pays aux faibles coûts salariaux. "Dans l'ensemble, la qualité des investisseurs s'améliore. L'industrie automobile, qui continue à se développer, domine aujourd'hui un marché où régnait autrefois l'industrie textile", estime Malte Kessler, le correspondant économique en Roumanie de l'agence de presse Dpa. La qualité des investisseurs fait augmenter les salaires et le niveau de vie. Cette amélioration, associée à l'amour intact de la patrie – dans un rapport social réalisé par Radio Romania International en 2007, 76 pour cent des personnes interrogées se sont déclarées fières ou très fières de leur nationalité – pourrait encourager le retour des travailleurs.

Pas de nouvelle vague d'émigration

Même si l'adhésion de la Roumanie en 2007 a donné la liberté de circulation aux citoyens, il ne faut pas s'attendre à une nouvelle vague d'émigration. De nombreux Etats comme l'Allemagne, la France et la Grande-Bretagne disposent jusqu'en 2014 de clauses de protection relatives à la sécurité de leurs marchés du travail. Même une libéralisation complète du marché du travail européen ne provoquerait pas de nouveaux flux de travailleurs émigrés. Il devient, en effet, de plus en plus difficile de trouver du travail dans les pays de prédilection des exilés roumains, en Espagne et en Italie. La crise de la construction en Espagne coûtera 200 000 emplois à ce secteur et les travailleurs immigrés sont souvent les premiers à devoir plier bagages.

 
Jakob Horstmann
Jakob Horstmann, né en 1980 à Bielefeld fait partie du réseau de correspondants de n-ost. Il travaille pour l'Allgemeine Deutsche Zeitung pour la Roumanie (ADZ) ...
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Langue originale Allemand

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