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Magazine / Économie / La mer Baltique / Article | 02.07.2008
Une mer d'intérêts
La Commission européenne considère le pipeline de la mer Baltique comme un projet énergétique important pour toute l'Europe, mais une commission des pétitions a obtenu du Parlement européen que le début des travaux soit reporté à 2010. Quels objectifs poursuivent les pays limitrophes?
Allemagne : planifier l'avenir
La Baltique est une zone économique importante pour l'Allemagne mais aussi un espace culturel significatif et une destination touristique appréciée. La République fédérale poursuit des initiatives diverses afin que les problèmes pour l'avenir de cette région soient traités dans un dialogue paisible avec tous les Etats riverains et pour un profit mutuel.

La planification et la construction d'un gazoduc de près de cent kilomètres de long entre la Russie et la ville de Greifswald (Meckenburg-Pomeranie occidentale), dont la réalisation devrait être confiée à un groupe germano-russe, constitue un point économique central. Les réserves émanant par exemple des Etats baltes, de la Suède, mais surtout de la Pologne doivent être dissipées. De plus, l'Allemagne est intéressée par des voies de communication performantes sur la mer Baltique. Les ports allemands de la mer Baltique sont développés. En revanche, la construction précipitée par le Danemark d'un pont ferroviaire et routier au dessus du détroit de Fehmarnbelt, entre le Schleswig-Holstein et l'île de danoise de Lolland, est controversée en Allemagne. L'augmentation du fret maritime dans la mer Baltique, dont par exemple celui des pétroliers, est préoccupante. L'Allemagne lutte également contre la surpêche dans la Baltique, qui correspond essentiellement à la « pêche au noir » non autorisée, c'est-à-dire à la pêche qui ne respecte pas les quotas définis par les autorités internationales de la pêche. (Reinhard Zweigler, rédacteur du Ostsee-Zeitung, Berlin)
Estonie, Lettonie, Lituanie : débats énergétiques houleux
La question de la sécurité énergétique échauffe régulièrement les esprits en Estonie, Lettonie et Lituanie. Même après plus de quatre ans d'adhésion à l'Union européenne, les réseaux électriques sont toujours reliés à la Russie (un seul et unique câble existe actuellement entre la Finlande et l'Estonie) et le gaz est également exclusivement livré par la Russie. Le débat actuel sur la centrale nucléaire lituanienne d'Ignalina est particulièrement violent. Celle-ci fournit une grande partie de l'électricité des trois Etats baltes. En dépit des protestions, elle devra pourtant fermer définitivement le 31 décembre 2009 en vertu d'une obligation de l'Union européenne. Des ponts électriques entre la Lituanie et la Pologne ou la Suède ne sont encore qu'au stade de projets et rien n'a été conclu jusqu'à présent, encore moins sur la construction de nouvelles centrales électriques. Des pénuries d'approvisionnement et de nettes augmentations de prix sont donc déjà à craindre. Les vives protestations contre la construction du gazoduc Nord Stream dans la mer Baltique, qui contournerait les Etats baltes, sont donc compréhensibles, car l'éventualité d'une nouvelle dépendance vis-à-vis de la Russie est là-bas ce qui suscite le plus de craintes. (Berthold Forssman, correspondant d'eurotopics, Vilnius)
Pologne : une résistance dès le départ
La résistance face au projet de gazoduc germano-russe dans la Baltique a été vive en Pologne dès le début, car la construction passe au large des côtes polonaises. Varsovie craint d'être privée de l'approvisionnement en énergie russe. La Pologne est jusqu'à présent un pays de transit important de par le gazoduc Jamal, qui s'étend de la Russie jusqu'à l'Europe occidentale, en passant par la Biélorussie et donc la Pologne. Avec le gazoduc balte, cette importance serait réduite. Le nouveau Premier ministre polonais, Donald Tusk, est également de cet avis. Il voit dans le gazoduc de la mer Baltique « la confirmation du monopole russe en ce qui concerne l'approvisionnement de l'Union européenne en matières premières énergétiques. » Contrairement à son prédécesseur Jaroslaw Kaczynsk, Tusk cherche toutefois à dialoguer avec l'Allemagne et la Russie. Berlin a plusieurs fois proposé d'associer la Pologne au projet de gazoduc. Une proposition dont Tusk a désormais l'intention de débattre, même s'il préférerait une conduite terrestre. Le gazoduc maritime menacerait en effet l'écosystème de la Baltique et serait en outre coûteux. (Christina Hebel, journaliste indépendante, correspondante de n-ost pour la Pologne, Munich)
Russie : des matières premières vers l'Ouest
Pour la Russie, la mer Baltique est bien plus importante sur le plan économique que sur le plan militaire car c'est la porte d'accès à toutes les mers du globe. Le projet de nouveau gazoduc Nord Stream doit desservir directement l'Allemagne par la mer Baltique – et ce, sans passer par des Etats de transit gênants. La Russie manque de capacités portuaires en mer Baltique : actuellement, une grande quantité de matières premières est encore transportée par voie maritime depuis la Russie vers les Etats baltes – et les ports finlandais jouent un rôle très important dans l'importation. La Russie souhaiterait ne pas céder cette activité à son voisin trop longtemps. C'est la raison pour laquelle de nouveaux terminaux portuaires sont prévus à la périphérie de Saint-Pétersbourg. A Primorsk, près de Wyborg, un nouveau terminal pétrolier pour l'exportation a déjà été aménagé et à Ust-Luga, près de la frontière estonienne, un nouveau port pour le fret est actuellement en construction en pleine nature. Une importance considérable est accordée au maintien de l'enclave de Kaliningrad – c'est une question de principe pour la Russie. (Lothar Deeg, rédacteur pour Russland-Aktuell, St. Petersburg)
Suède : un droit de regard
Quelle influence la Suède peut-elle exercer sur le projet de gazoduc de la mer Baltique entre la Russie et l'Allemagne ? L'itinéraire prévu ne porte pas directement sur le territoire national suédois. Mais comme la zone économique évoquée est concernée, un droit de regard limité peut être accordé à la Suède en vertu du droit maritime international. L'île de Gotland située en mer Baltique est justement au cœur des plus grandes préoccupations . On craint essentiellement que la Russie n'étende son influence sur la Baltique, aussi bien sur le plan économique que sur celui de la politique de sécurité.
Le gouvernement de Stockholm s'efforce donc de défendre ses intérêts le plus fermement possible. Au début de l'année, le rapport présenté par le groupe Nord Stream a donc ainsi été provisoirement rejeté. Il manque également à Stockholm des indications plus précises sur les répercussions écologiques prévues. Les itinéraires alternatifs n'ont pas été suffisamment pris en compte selon le ministre de l'Environnement Andreas Carlgren. Nord Stream reconsidère actuellement la question. A l'automne, il pourrait y avoir une prise de position officielle du gouvernement. (Dieter Weiand, correspondant d'eurotopics, Drottningholm)
Langue originale Allemand
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