Le président français Nicolas Sarkozy s'est prononcé en faveur d'un "capitalisme éthique". Le quotidien espagnol La Vanguardia observe le tournant politico-économique qui sous-tend ce néologisme : "Sarko est un créateur de langage mais il ne pratique pas le néologisme. Il semble plutôt suivre la définition de Borges qui consiste à 'assembler des mots qui n'ont jamais été utilisés ensemble'. Jusqu'à présent, ses deux premières créations sont des fruits de l'adjectivation. Dans un discours prononcé devant le pape, il a sorti de sa manche la 'laïcité positive' qu'il définit comme 'une laïcité qui respecte, une laïcité qui rassemble, une laïcité qui dialogue et non une laïcité qui exclut et qui dénonce' et il a opposé cette laïcité à une laïcité non désirée. Quelques semaines plus tard, face à l'ampleur de la crise économique mondiale, Sarkozy a de nouveau eu recours à l'adjectivation pour redéfinir le capitalisme. Maintenant il propose le 'capitalisme éthique' qu'il comprend comme la 'fin du laisser-faire' et comme une 'refondation du capitalisme sur des bases éthiques'. Il s'agit d'une conversion en règle car il suffit de revoir le programme électoral qui l'a amené à l'Elysée pour se rendre compte que le seul dieu face auquel le candidat Sarko ne se déclarait pas laïque était celui du marché. Intouchable, sacré, capable de s'autoréguler sans avoir besoin de prendre du bifidus actif. On a rarement vu de conversions plus rapides et plus audacieuses. Sarko voulait un marché entièrement libre alors que tout allait bien et maintenant que tout va mal, il veut le réguler." (13.10.2008)
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