À la une de jeudi, 8. novembre 2007
Les immigrés roumains dans la mire de Rome

Un jeune Roumain d'origine Rom est soupçonné d'être l'auteur d'une agression mortellle dont a été victime une Italienne. L'Italie a réagi à ce fait-divers en déclarant la guerre aux Roumains et aux Roms. Son gouvernement a adopté un décret qui permet l'expulsion de citoyens européens nuisant à la sécurité du pays. Ce texte va-t-il à l'encontre du principe fondamental de la libre circulation, l'un des piliers de l'UE ?
La Stampa - Italie
Selon le journaliste économique Mario Deaglio, "l'idée diffuse qui circule chez les Italiens est que tous les Roumains sont des Roms, que tous les Roms sont des criminels, du moins en puissance. En conséquence, tous les Roumains sont des criminels en puissance. Cette simplification d'une réalité plus complexe a conduit un très grand nombre d'Italiens, ainsi qu'une grande partie du monde politique, à la conclusion qu'en chassant les Roumains, l'Italie allait retrouver le bonheur et la tranquillité (...). L'attention extrême portée aux Roumains auteurs de faits divers s'accompagne de l'extrême désintérêt pour ce qui marche en Roumanie, sans doute le pays d'Europe orientale le plus proche de l'Italie, non seulement à cause de ses liens linguistiques mais aussi grâce à son économie. Entre les deux pays, il existe pourtant une extraordinaire intégration : la Roumanie est le seul pays au monde où les petites et moyennes entreprises italiennes ont trouvé un terrain favorable à leur croissance." (08.11.2007)
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die tageszeitung - Allemagne
Selon Daniela Weingärtner, le décret d'urgence adopté par le gouvernement Prodi va à l'encontre des accords européens. "Car la liberté de circulation des marchandises, des capitaux et des personnes est un des piliers du marché unique. Ainsi, chaque cas doit faire l'objet d'une décision judiciaire, chaque expulsion doit être justifiée individuellement. La suspicion généralisée qui règne autour des habitants roumains des bidonvilles, qui constitueraient un danger pour la sécurité publique, ne suffit pas. (...) Romano Prodi devrait retirer son décret avant de subir les foudres de la Cour de justice européenne. Il ne sera pas difficile de trouver un plaignant pour demander à la Cour de déterminer si le gouvernement italien viole les dispositions européennes de lutte contre la discrimination ou incite au racisme. Les accusateurs pourraient bientôt se retrouver eux-mêmes sur le banc des accusés." (08.11.2007)
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Magyar Hírlap - Hongrie
Le journaliste Otto Neumann revient sur les expulsions des citoyens européens considérés comme un danger pour la sécurité publique italienne. "Les campements improvisés font le lit de la criminalité, c'est incontestable. Peut-être que la plus grosse erreur des autorités italiennes a été de ne pas empêcher la formation de ce type de 'colonies'. A présent, l'un des droits fondamentaux des citoyens européens est en danger : la liberté de circulation. Encore plus grave, (...) la propension à commettre des crimes est associée à des critères ethniques. Ainsi, des crimes individuels pourraient conduire à demander des comptes collectifs - ce dont les Roumains et les Roms seraient les premières victimes." (08.11.2007)
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El País - Espagne
"Les Premiers ministres italien [Romano Prodi] et roumain [Calin Tariceanu] ont adopté une série de mesures pour tenter de calmer la crise provoquée après l'assassinat d'une femme à Rome par un Roumain", explique le quotidien. "La répercussion émotionnelle de cette histoire a conduit le gouvernement de Prodi à adopter en urgence un décret loi octroyant des pouvoirs discrétionnaires à la police et permet d'expulser, selon les mêmes critères, des citoyens communautaires et extracommunautaires. Ce texte, qui invoque des motifs de sécurité et d'incompatibilité de cohabitation, semble avoir été écrit sur mesure pour les gitans provenant de Roumanie. Il a provoqué la colère de Bucarest qui l'accuse d'alimenter le racisme au sein de l'Europe. (...) L'Italie ne peut pas criminaliser tout un groupe à cause des délits commis par certains de ses membres. La police et les juges doivent s'occuper des malfaisants, qu'il s'agisse de gitans roumains ou d'Italiens. Tout autre approche est politiquement opportuniste et indécente." (08.11.2007)
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