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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 03.01.2006

 

À LA UNE

Energie et pouvoir politique

Le conflit du gaz qui oppose la Russie à l'Ukraine montre que le président Poutine se sert des ressources énergétiques de son pays pour accroître son hégémonie. L'Europe va devoir trouver ses marques face à une Russie qui impose ses intérêts de manière de plus en plus péremptoire, avertissent différents commentateurs.

Extraits des publications suivantes:
El País - Espagne, Neue Zürcher Zeitung - Suisse, Politiken - Danemark, Neatkarīgā Rīta Avīze - Lettonie, La Repubblica - Italie, The Independent - Royaume-Uni

El País - Espagne

"La dérive russe vers le 'soviétisme avec tsar' devait se terminer par une menace contre la sécurité et les intérêts européens", estime le journaliste Hermann Tertsch. Il accuse le président russe Vladimir Poutine de "vouloir dynamiter l'alliance qui existe en Kiev et Bruxelles et déstabiliser ainsi l'Ukraine. La rhétorique est virulente. Il accuse Kiev de voler le gaz envoyé aux Européens, puis ferme ses frontières à la viande ukrainienne et élabore de nouvelles mesures de représailles. (...) Le régime russe a parié sur des méthodes asiatiques et non européennes dans la course à la mondialisation. L'Europe ne peut pas l'en empêcher mais doit agir en conséquence. (...) Vienne [l'Autriche préside l'UE depuis le 1er janvier] doit affronter un tsar". (03.01.2006)

Neue Zürcher Zeitung - Suisse

Reinhard Meier ne croit pas que l'objectif du chantage russe vis-à-vis de l'Ukraine soit de sanctionner le pays pour sa Révolution orange. Le journaliste suppose plutôt des objectifs à long terme : "Moscou cherche manifestement à s'approprier la totalité, ou tout au moins une partie, du réseau de gazoducs par lequel passe le plus gros de l'énergie à destination de l'Europe. Dans le cas de la Biélorussie, le Kremlin a atteint cet objectif il y a peu. Même le dictateur biélorusse Loukachenko s'est opposé dans un premier temps à une participation de Gazprom aux gazoducs qui traversent son pays. Mais en 2004, le gazier russe coupait temporairement le gaz et Loukachenko acceptait de vendre les conduites du consortium Beltrangaz à Gazprom. Celui qui possède non seulement les deux précieuses sources d'énergie que sont le gaz et le pétrole, mais également les pipelines qui les acheminent, dispose de fait de moyens de pression économiques - et potentiellement politiques - considérables sur les pays acheteurs". (03.01.2006)

Politiken - Danemark

"L'Union européenne a de bonnes raisons de reconsidérer sa dépendance vis-à-vis de l'énergie russe et de réfléchir aux différents moyens de se prémunir d'un chantage politique de ce type", estime le journal. "Les chefs de gouvernement, en particulier, devraient revoir leur ligne politique face à une Russie de plus en plus suffisante, qui semble se nourrir des critiques virulentes concernant ses crimes de guerre en Tchétchénie, l'interdiction d'entrée des journalistes sur son territoire, ou encore le recul des droits démocratiques". (03.01.2006)

Neatkarīgā Rīta Avīze - Lettonie

Juris Paiders rappelle que l'Ukraine a été reconnue comme un pays doté d'une économie de marché par l'Union européenne en décembre 2005. "Ce faisant, l'Union européenne a ouvert de facto son marché aux exportations d'acier ukrainien - et il était entendu que Moscou n'allait pas rester sans réagir. La logique de Poutine est simple : si l'Ukraine est un État doté d'une économie de marché, elle doit payer le gaz au prix du marché mondial. Le prix du gaz joue un rôle considérable, car il influe sur le coût de fabrication de l'acier et donc sur la compétitivité de l'Ukraine dans ce secteur. C'est la seule explication logique à la décision russe d'élever aussi brusquement le prix du gaz pour l'Ukraine". (03.01.2006)

La Repubblica - Italie

"Le président de Gazprom Alexeï Miller, qui n'a pas de bouton rouge [de l'arme atomique] sur son bureau, pas plus que le vice-président Alexander Medvedev, sont des hommes imposés directement par le Kremlin", rappelle Maurizio Ricci, qui redoute les conséquences de l'épreuve de force engagée par le président russe. "Si le bras de fer avec l'Ukraine devait se prolonger et les relations avec les clients européens Gazprom tourner à l'aigre, les enjeux deviendraient très importants et le conflit pourrait dégénérer". (03.01.2006)

The Independent - Royaume-Uni

"Le conflit gazier montre une fois encore à quel point les pays autrefois regroupés sous la bannière de 'l'Ouest', ce qui signifie désormais les Etats-Unis et leurs protégés, mettent en oeuvre une éblouissante politique du deux poids deux mesures dans leur condamnation de la Russie", écrit Mary Dejevsky. (...) "L'Ukraine, les Etats-Unis et les autres pays pauvres en énergie ont beau jeu de dénoncer l'utilisation des ressources naturelles comme une arme politique, mais que dire des effets dissuasifs de la supériorité des forces armées et de la puissance de feu, ou du pouvoir du dollar? Est-il plus louable d'utiliser ces avantages comme une arme? Et qu'en est-il des règles de libre échange que les Américains et les autres aiment tant vanter?" (03.01.2006)

RÉFLEXIONS

El Mundo - Espagne

Les investissements chinois à l'étranger

Joseph E. Stiglitz, lauréat du prix Nobel d'Economie, analyse la manière dont les pays occidentaux réagissent aux investissements de la Chine à l'étranger. "Elle va rivaliser avec les entreprises nord-américaines et européennes dans tous les domaines, après avoir facilement démontré qu'elle pouvait être à la hauteur dans tous les secteurs de la manufacture industrielle. Et avec un taux d'épargne proche de 50%, la Chine est en train d'amasser d'énormes quantités d'argent. Elle peut utiliser ces fonds pour réaliser des investissements et ne manquera pas de le faire, en n'excluant pas le secteur des ressources énergétiques rares comme le pétrole. C'est la nouvelle réalité et nous devons l'assumer. (...) Il nous manque beaucoup de courage pour parvenir à changer la manière dont nous considérons la Chine". (03.01.2006)

POLITIQUE

Diário de Notícias - Portugal

La campagne électorale présidentielle

L'issue des prochaines élections présidentielles ne fait aucun doute pour l'éditorialiste Luis Delgado : "20 jours à peine avant la présidentielle, tout indique qu'Anibal Cavaco Silva [candidat du centre-droit] va gagner, et ce dès le premier tour". Pour lui, "cela n'a rien d'étonnant quand on pense que les dix ans que Cavaco-Silva a passé à la tête de l'exécutif, en tant que Premier-ministre [de 1986 à 1996], furent les années de l'âge d'or du Portugal démocratique", analyse Luis Delgado. "Il représente, pour nous, la compétence politique. (...) Bref, les jeux sont faits. Et le folklore médiatico-politique qui se déchaînera au cours des 20 prochains jours n'y changera rien". (03.01.2006)

Libération - France

Mitterand président préféré des Français

"Au panthéon des présidents de la Ve République, les derniers entrés ont un avantage sur leurs prédécesseurs", relève Jean-Michel Helvig alors qu'un récent sondage place François Mitterand, dix ans après sa mort, en tête des présidents les plus populaires de la Ve République. "François Mitterrand, favorisé par le revival éditorial du moment, voit sa cote remonter au détriment du général de Gaulle". L'éditorialiste ne s'étonne guère de voire Jacques Chirac arriver en troisième position. "Aujourd'hui plus on est jeune et de gauche, plus on apprécie François Mitterrand, ce qui est globalement normal, et symptomatique. (...) L'intégration, la démocratie, doivent assurément plus au président socialiste qu'à son successeur chiraquien". (03.01.2006)

CULTURE

Die Welt - Allemagne

John Le Carré parle des services secrets

L'auteur de romans d'espionnage et ancien agent du MI6 (les services secrets britanniques) John Le Carré livre quelques impressions dans un entretien. "J'ai du mal à imaginer comment un agent secret peut travailler dans le contexte actuel. Normalement, un agent secret utilise les ambitions privées des gens. Que veulent-ils? De l'argent? Se venger? Une fois que l'on a trouvé, il est très facile de manipuler un contact. En revanche, comment infiltrer l'une des innombrables cellules terroristes ? Un agent pourrait essayer de dénicher un jeune solitaire d'un pays musulman qui se rend dans une mosquée suspecte. Il pourrait le convaincre de se laisser recruter par un groupe extrémiste. Mais à un moment ou à un autre, le candidat en question sera bien contraint de faire ses preuves et de commettre un meurtre. Et en tant qu'agent, on n'a pas le droit d'être complice d'un meurtre - tout au moins selon le droit anglais. De mon temps, tout était plus civilisé, plus structuré". (03.01.2006)

Le Monde - France

Un 'théâtre populaire' pour apaiser les tensions sociales

Le metteur en scène Didier Bezace, directeur du Théâtre de la Commune situé à Aubervillers, en region parisienne, explique au journal comment un 'theâtre populaire' (selon l'idéal de Jean Vilar, à l'origine du festival d'Avignon) peut venir à bout de la violence: "Si nos banlieues sont bien des zones socialement difficiles, où la vie est dure, c'est bien là d'abord qu'il faut maintenir les outils de liberté et de résistance qui sont ceux du théâtre. (…) Je pense que la banlieue est actuellement le lieu où le théâtre populaire et les ambitions de la décentralisation ont le plus de sens. (…) Je ne prétends pas que les jeunes qui brûlent des voitures viennent au théâtre. Ce que je prétends en revanche, pour avoir parlé avec certains d'entre eux, c'est que quand ils commencent à venir au théâtre, ils arrêtent de brûler et de casser”. (03.01.2006)

Le Soir - Belgique

Les sculptures de Ron Mueck

"Malaise et admiration. Hyperréalisme et démesure. Les sculptures de Ron Mueck nous chahutent d'un sentiment à l'autre", raconte Charline Vanhoenacker, correspondante du journal à Paris, après avoir contemplé les oeuvres en silicone de cet artiste australien exposées à la Fondation Cartier. Toutes représentent des être humains dans diverses sitiuations de la vie quotidienne. "Ces sculptures, superficiellement humaines, se découvrent en deux temps: le choc furtif du premier regard fait place à la longue et méticuleuse attention, jusqu'à plus soif. (...) Les sculptures de Mueck posent le visiteur sur le fil qui sépare la réalité du factice. Entre vivant et relief du vivant. Tant la perfection se dégage du moindre poil, de la moindre ridule à la plus petite veine, jusqu'au grain de peau". (03.01.2006)

Die Presse - Autriche

Le directeur du Burgtheater à propos de la disette spirituelle

Dans une interview réalisée par Barbara Petsch et Norbert Mayer, le directeur du Burgtheater de Vienne, Klaus Bachler, parle de la situation de son théâtre et de la détresse culturelle mondiale: "Nous ne sommes plus capables que de penser au bien-être matériel. La disette spirituelle nous pend au nez. L'art doit combattre cette déliquescence de l'esprit. Les gens lisent de moins en moins, ils ne s'intéressent plus à leurs origines, psychologiques ou historiques, et perdent de ce fait leur identité. A mon avis, on ne fait pas venir les gens au théâtre pour les faire réfléchir sur le quotidien, le critiquer ou le tourner en dérision, mais pour les amener au-delà de ce quotidien". (03.01.2006)

Élet és Irodalom - Hongrie

L'esprit de Trieste

Ses cendres devaient être dispersées dans la mer à Trieste, les participants aux funérailles devaient aller dans un salon de thé et ne pas parler de lui : telles étaient les dernières volontés de l'écrivain hongrois Miklos Meszöly, décédé en 2002. Son collègue et ami Laszlo R. Hollos réfléchit à ce qu'a pu représenter la ville de Trieste pour lui : "Trieste est située à la frontière entre le nord et le sud, comme sa ville natale, Szekszard. C'est une frontière invisible entre deux paysages, sur laquelle on peut faire l'expérience de deux mondes à la fois. Sur la côte de Trieste, on sent la joie de vivre, le bruit et les arômes de la Méditerranée, mais aucun drap ne flotte dans le vent entre les maisons. La ville est plus froide, plus fermée que les autres villes italiennes. Dans les couleurs éblouissantes de l'Adriatique flâne l'esprit de Wittgenstein". (03.01.2006)

Gazeta Wyborcza - Pologne

L'histoire du cinéma polonais

Jacek Szczerba fait l'éloge d'un nouveau livre de Lukasz Figielski et Bartosz Michalak consacré au cinéma polonais. "'L'Histoire privée du cinéma polonais' suit une idée claire, qui consiste à laisser la parole aux auteurs des films célèbres d'autrefois. Si l'actualité du cinéma polonais est misérable et son avenir incertain, il est une chose sûre en revanche : son passé est admirable". (03.01.2006)

COULEURS LOCALES

The Daily Telegraph - Royaume-Uni

Le tarif exorbitant des transports londoniens

"Malheureusement, [le maire de Londres] Ken Livingstone et les voyageurs favorisés ignorent la folie que représente une telle inégalité", écrit l'éditorialiste du journal, faisant référence à l'augmentation du prix des transports londoniens entrée en vigueur le 1er janvier qui rend le ticket de métro bien plus onéreux pour les visiteurs que pour les résidents. "Londres est l'une des destinations les plus populaires au monde et les sommes déboursées par les étangers sont incalculables. Il est très bon de vouloir offrir aux Londoniens des trajets bon marché, mais combien d'entre eux auront encore un emploi où se rendre quand Londres sera devenue trop chère pour les visiteurs? Le péage contre les embouteillages [pour les véhicules privés circulant dans le centre de la ville] a déjà fait assez de mal à l'économie de la ville; maintenant Mr Livingstone annonce fièrement que le ticket à 3£ [4,40 €] est 'certainement le plus cher au monde'. A notre avis, il n'y a pas de quoi être fier". (03.01.2006)

 

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