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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 02.02.2006

 

À LA UNE

La controverse autour des caricatures du prophète Mahomet

La crise provoquée par la publication dans le quotidien danois "Jyllands-Posten" de caricatures du prophète Mahomet ne cesse ne prendre de l'ampleur. En réaction aux mouvements de protestation qui secouent le monde arabe, différents quotidiens européens ont reproduit à leur tour ces dessins. Certains redoutent que cette décision entraîne une escalade du conflit, tandis que d'autres la défendent au nom de la liberté de la presse.

Extraits des publications suivantes:
Le Nouvel Observateur - France, Lidové noviny - République tchèque, Dagbladet Information - Danemark, Jornal de Notícias - Portugal, Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne, Le Temps - Suisse

Le Nouvel Observateur - France

L'hebdomadaire revient sur la polémique provoquée par le quotidien français "France Soir", qui a reproduit mercredi 1er février les caricatures. Un choix éditorial contesté par le propriétaire du journal, Raymond Lakah, qui a décidé de limoger dans la foulée le directeur de la publication, Jacques Lefranc. Avant de connaître cette décision, Serge Faubert, rédacteur en chef, expliquait dans une interview réalisée par François Sionneau les raisons de la publication des dessins. "Tout le monde n'a pas à partager les interdits d'une confession quelle qu'elle soit. (...) Je pense que la liberté d'expression s'use si l'on ne s'en sert pas. Et la caricature fait partie de la liberté d'expression. Nous sommes un journal républicain et nous combattons pour les valeurs républicaines. A partir du moment où des gens veulent interdire les caricatures, nous les publions". (02.02.2006)

Lidové noviny - République tchèque

Fleming Rose, ancien correspondant du "Jyllands-Posten" à Moscou, affirme dans une interview réalisée par Radek Nedved que la querelle sur les caricatures du Prophète a été attisée par des musulmans danois, qui se sont rendus au Proche-Orient dans ce seul but. "Ils ont délibérément proféré des mensonges sur la situation des musulmans au Danemark et sur le journal. Ils se sont notamment servis de deux caricatures de Mahomet qui n'ont jamais été publiées dans le journal danois (...). Ce que l'on observe aujourd'hui, c'est un combat entre une démocratie moderne, dans laquelle chacun a le droit de dire et d'écrire ce qu'il veut, et des mouvements qui veulent imposer leurs tabous religieux à des gens qui ont une autre croyance". (02.02.2006)

Dagbladet Information - Danemark

Dans une interview menée par Jörgen Steen, le spécialiste de l'islam Tariq Ramadan qualifie "d'insensée" la radicalisation du conflit autour des caricatures de Mahomet : "Des deux côtés se trouvent des gens qui ont tout intérêt à voir une escalade du conflit. Par leurs réactions excessives et leurs provocations, ils apportent de l'eau au moulin de l'autre camp et prennent beaucoup de gens en otage. Du côté musulman, ce sont les régimes dictatoriaux, qui se servent du conflit pour prouver qu'ils sont les meilleurs protecteurs des musulmans et de l'islam. De l'autre côté, en Europe, c'est une certaine droite, qui cherche à présenter les musulmans comme des ennemis de la liberté d'expression désireux de changer la société occidentale. Les deux camps ont besoin de personnalités plus intelligentes, plus réfléchies, pour mettre un terme à ces attaques et à ces excès". (02.02.2006)

Jornal de Notícias - Portugal

L'éditorialiste Rui Camacho, est surpris que le rédacteur en chef du "Jyllands-Posten" s'étonne de la réaction suscitée par ces caricatures dans le monde musulman. "Salman Rushdie aurait pu lui expliquer ce qui se passe quand on met en cause le prophète musulman!", ironise-t-il. "Mais le plus surprenant c'est qu'il y a toujours des intellectuels pour justifier que certains brûlent des livres, des drapeaux ou des journaux dès qu'on s'amuse avec le prophète. Le rédacteur en chef du 'Jyllands-Posten' a eu raison de ne pas présenter d'excuses. Il ne s'agit pas seulement d'une affaire de blasphème envers un Dieu qui ne rigole pas et refuse qu'on rit de lui, il s'agit de valeurs plus hautes, celles de la liberté d'expression et de la liberté de rire. (...) Les fanatiques peuvent brûler le drapeau danois à cause de quelques dessins s'ils le veulent, mais pas ici, pas en Europe, pas sous le ciel de l'Occident". (02.02.2006)

Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne

Selon Christian Geyer, la décision de plusieurs journaux européens de publier à leur tour les caricatures du Prophète arrive trop tard. "Depuis les excuses forcées du journal danois, la seule manière, désormais, de désamorcer le conflit est de continuer à publier les dessins, et non pas de faire profil bas. Seule une action européenne de défense des principes démocratiques pourra venir à bout des pressions dont sont victimes le Danemark et le Jyllands-Posten - seuls, ils n'y parviendront pas. Si elle agit de façon solidaire, l'Europe sera en mesure de dire au monde que les fondamentalistes religieux qui ne voient pas la différence entre satire et blasphème n'ont pas seulement un problème avec le Danemark, mais également avec l'ensemble du monde occidental". (02.02.2006)

Le Temps - Suisse

Le quotidien publie en une un dessin de Chappatte dans lequel le caricaturiste du journal se représente lui-même en train de dire "Je l'ai pas dessiné" alors qu'il montre une feuille sur laquelle est écrite "Mahomet avec un gros nez". L'éditorialiste Patricia Briel analyse les conséquences de la polémique. "En définitive, la réaction des pays arabo-musulmans exprime l'urgence et la nécessité de relancer l'ijtihad, cet effort consistant à toujours renouveler l'interprétation des préceptes de l'islam pour les adapter au monde contemporain. Aujourd'hui, plusieurs intellectuels musulmans appellent à prendre une saine distance par rapport au sacré, seule susceptible d'empêcher la manipulation de l'islam par les extrémistes religieux. La reprise de l'ijtihad, interrompu au XIe siècle, favoriserait ainsi un dialogue plus fructueux entre les démocraties occidentales et les sociétés islamiques". (02.02.2006)

RÉFLEXIONS

Népszabadság - Hongrie

Le défi du souvenir

La Hongrie semble avoir du mal à poser un regard critique sur son passé, constate l'historien Róbert Braun, qui voit des parallèles entre l'affaire István Szabó et l'Holocauste : "Sans vouloir faire d'amalgame entre les systèmes totalitaires, on peut affirmer que les deux formes de dictature ont porté un coup décisif aux valeurs morales. C'est précisément pour cette raison qu'il serait capital de relever le défi du souvenir - celui de l'Holocauste comme celui du socialisme. Le manque d'exigence du pays à ce sujet est pour moi plus intéressant que la vie d'István Szabó proprement dite. Le silence n'est pas une bonne chose, car il est une manière de fuir la sentence. Notre examen du passé doit passer par le prisme des valeurs morales : il y a eu dans les régimes totalitaires des bourreaux, des victimes, des résistants et des témoins. C'est d'eux dont nous devons parler, de ceux qui ont été les bourreaux, les victimes, de ceux qui ont résisté, et de ceux qui n'ont fait que regarder". (02.02.2006)

De Volkskrant - Pays-Bas

Redéfinir le principe de souveraineté

"Il est le temps de considérer le principe de souveraineté comme une responsabilité", écrit Amitai Etzioni, professeur de l'Université de George Washington. "L'idée contient un changement radical par rapport à la vision sur l'autodétermination qui est en vigueur depuis les traités de Westphalie datant de 1648. (...) La souveraineté, dans la nouvelle définition, est soumise à condition : un Etat peut conserver sa souveraineté uniquement s'il assume ses responsabilités vis-à-vis de ses citoyens et de la communauté internationale. Ainsi, un gouvernement qui n'est pas en mesure de protéger sa nation contre des purifications ethniques, comme c'était le cas au Rwanda et au Kosovo, ou contre une famine, comme au Nigeria, est considéré comme un gouvernement qui a perdu son droit à l'indépendance. Et l'ONU se trouve alors complètement dans son droit si elle donne l'ordre d'intervenir dans les affaires internes de cet Etat." (02.02.2006)

The Guardian - Royaume-Uni

Le programme nucléaire iranien

L'historien et chroniqueur Timothy Garton Ash soutient que l'affaire iranienne teste la capacité de la communauté internationale à gérer le problème fondamental de la prolifération nucléaire. Il affirme que le traité actuel "n'est pas adapté à sa mission et n'est utilisé qu'en cas de violation flagrante. (...) Alors, quoi que nous fassions à propos de l'Iran, nous avons besoin d'un nouveau système international de surveillance et d'inspection des installations nucléaires dans chaque pays du monde. Ce système devra être précis et cohérent, et être administré par l'instance dont le rôle est proche de celui d'un arbitre mondial, les Nations Unies. Pour qu'il soit crédible, les puissances nucléaires reconnues comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis auront à se soumettre au même régime de surveillance et d'inspection que les autres." (02.02.2006)

POLITIQUE

NRC Handelsblad - Pays-Bas

L'isolation néerlandaise dans l'UE

"La Constitution n'est pas morte, elle se trouve simplement dans le coma", estime l'ex-correspondant européen du quotidien hollandais. "Contrairement à la France, les Pays-Bas se soustraient au débat sur l'avenir de l'UE, ce qui est nuisible. (...) Avant le référendum de l'an dernier, le gouvernement néerlandais prévenait que le 'non' à la Constitution provoquerait l'isolement du pays. Maintenant, le gouvernement maintient lui-même le pays à l'écart. (...) Il veut attendre les résultats des enquêtes d'opinion avant de s'exprimer. Si le gouvernement ne donne pas son avis, il se trouvera isolé lors des débats européens. D'autres pays pourront exercer plus d'influence sur le résultat final que nous et ces décisions prises par d'autres seront également valables pour nous. On ne peut pas toujours dire non, on se trouve en Europe, pas sur la lune." (02.02.2006)

The Irish Times - Irlande

Le processus de paix en Irlande du nord

Gerry Moriarty, specialiste pour le journal de l'Irlande du Nord, affirme que la publication mercredi 1er février de deux rapports officiels offrant des points de vue contradictoires sur le degré de désarmement de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) pourrait "entraîner des problèmes énormes" sur le processus de paix. "Ce qu'il ne faut pas perdre de vue, ce sont les conclusions globalement positives de l'IMC [la Commission indépendante chargée de la surveillance du désarmement, qui a découvert que l'IRA avait conservé un certain nombre d'armes], selon lesquelles l'IRA se dirige peu à peu dans la bonne direction. (...) En sommes-nous encore à exiger davantage de désarmement ? Si oui, alors que Dieu vienne en aide au processus de paix. Si Ian Paisley [dirigeant du parti loyaliste des Démocrates unionistes] veut faire durer le processus éternellement, la controverse liée aux armes et aux munitions que l'IRA possède, ou non, lui offre un prétexte parfait pour ne jamais partager le pouvoir." (02.02.2006)

Svenska Dagbladet - Suède

La nouvelle loi linguistique

En Suède, le gouvernement envisage de faire inscrire dans la loi que le suédois est la langue nationale, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Le projet de loi, dans lequel il est stipulé que seules les personnes capables de s'exprimer clairement et distinctement en suédois auront le droit de travailler dans l'administration, a d'ores et déjà soulevé un débat passionné. Ses détracteurs estiment qu'il est discriminatoire à l'encontre des citoyens d'origine étrangère. Leif Pagrotsky, ministre de la Culture, explique pourquoi il est favorable à ce projet. "Nous avons pris déjà toute une série d'initiatives : nous renforçons l'enseignement du suédois, nous soutenons la publication des classiques. Cette loi, je souhaite le souligner, ne me pose aucun problème de principe". (02.02.2006)

MÉDIAS

Kulturní týdeník A2 - République tchèque

Les médias et l'extrême-droite

Dans le sud de la Bohème, sur le terrain d'un camp de concentration nazi construit pour les Roms et géré par les Tchèques, un obscur parti d'extrême-droite mène une campagne honteuse pour récolter des voix. L'initiative est apparemment fructueuse, ce que déplore Alexandr Budka : "En deux semaines, 366 articles sont parus sur le sujet, dont certains ont fait la une. Même la télévision a repris l'information. Mais jamais les opinions extrémistes du parti n'ont été dévoilées. Personne n'a même essayé. Nos journalistes croiraient-ils sérieusement, comme le Parti national, que les Roms ont été responsables de leur propre mort, parce qu'ils ne se lavaient pas assez ? Que la nation tchèque n'a jamais rien fait de mal ? Ou qu'il existe des remèdes à l'homosexualité, comme l'affirme ce parti ? (...) Les médias ne s'intéressent qu'au profit (...). Pour eux, la seule chose qui compte est que la xénophobie et la haine fassent vendre, au même titre que le sexe. Sinon, ces 'informations' ayant trait au Parti national n'auraient jamais été publiées". (02.02.2006)

ÉCONOMIE

Libération - France

Les fusions internationales

Le quotidien critique l'attitude de la Commission européenne dans l'affaire de l'OPA hostile lancée par le géant indien Mittal Steel sur l'européen Arcelor. "La Commission de Bruxelles ne veut se placer que sur le terrain juridique: la concurrence, rien que la concurrence. Elle se révèle à ce point prisonnière de son dogmatisme libéral qu'elle en oublie jusqu'au poids de sa propre histoire : la construction européenne a commencé avec l'acier et c'est tout un symbole que son délitement se fasse aujourd'hui autour de lui. Les seuls à oser poser les vraies questions sont les syndicats. Ils s'inquiètent à juste titre des conséquences sociales du dépeçage d'une industrie européenne incapable de faire face à une mondialisation qui déporte la richesse vers l'Asie. Que les gouvernements et l'Union n'aient aucune réponse à leur fournir est lourd de conséquences pour la crédibilité de chacun." (02.02.2006)

Sme - Slovaquie

La politique énergétique européenne

Borut Grgic, directeur de l'Institut d'études stratégiques de Ljubljana, pense que la politique énergétique européenne doit être revue. "Nous n'avons pas suffisamment de sources d'énergie pour remplacer l'énergie russe, mais l'on peut se demander si d'autres producteurs d'énergie seraient plus fiables. En même temps, la consommation d'énergie ne cesse d'augmenter à l'échelle mondiale. Les énergies alternatives ne suffiront pas à remplacer le gaz et le pétrole, et le nucléaire est sujet à controverse dans de nombreux pays". Le spécialiste propose un marché européen de l'énergie intégré et l'achat d'actions sur le marché russe - ce qui "pourrait empêcher partiellement le Kremlin d'utiliser l'énergie comme un argument de politique étrangère". (02.02.2006)

CULTURE

El País - Espagne

Le 250e anniversaire de la naissance de Mozart

L'écrivain espagnol Andrés Trapiello revient sur l'exploitation commerciale du 250e anniversaire de Mozart. "Jusqu'à quel point avons nous le droit de dire au marché 'Enlève tes sales mains de mon Mozart', alors que nous en sommes également des acteurs ? Eviter la consommation justement lorsqu'elle nous rapproche, pour une fois, de l'excellence, me semble très étrange, et nous fait passer, à mon humble avis, inévitablement pour 'des idiots'. Et le fait de clamer que nous la fuyons, pour entrer ensuite en catimini par la porte de derrière, est une piètre feinte. (...) Il n'est pas toujours agréable de devoir partager quelque chose avec des gens qui, selon nous, ne le méritent pas (...). Mais si les oeuvres d'art du passé doivent nous apprendre quelque chose, c'est leur capacité à appartenir, comme le disait Nietzsche, à tous et à personne". (02.02.2006)

Postimees - Estonie

L'Eglise choquée par une exposition photographique

Les photographes estoniens Kaisa Eiche et Taavi Piibemann ont installé, dans les vitrines d'un ancien grand magasin de Tartu, une exposition de photographies qui suscite des réactions virulentes, en particulier de la part de l'Eglise orthodoxe. La raison de ces protestations est la question que pose l'exposition : si Dieu était un article, l'achèteriez-vous ? L'écrivain estonien Andreas W ne voit pas où est le problème. "Je ne sais pas vraiment, si nous vivons en Europe ou bien si nous ne faisons qu'en parler. Les réactions suscitées par cette exposition me forcent à réfléchir à la question (...). Il ne faut jamais perdre de vue que chaque époque a son art, et que l'art contemporain ne s'intéresse pas seulement à ce qui est beau et agréable, mais pose également des questions dérangeantes". (02.02.2006)

 

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