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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 29.03.2006

 

À LA UNE

Les modèles sociaux en crise

L'Allemagne, l'Angleterre et la France connaissent actuellement une forte agitation sociale qui se traduit par de nombreux mouvements de grève et d'importantes manifestations. Si les raisons de ces mobilisations sont différentes dans chaque pays, elles ont toutes en commun la défense d'acquis sociaux menacés par des réformes.

Extraits des publications suivantes:
die tageszeitung - Allemagne, The Daily Telegraph - Royaume-Uni, El País - Espagne, Le Figaro - France

die tageszeitung - Allemagne

Dorothea Hahn demande aux pays membres de l'UE de prendre exemple sur la France : "Les capitales européennes et Bruxelles doivent réagir aux manifestations. Hier, la France n'a pas été la seule à débrayer. Des grèves importantes ont également eu lieu en Grande-Bretagne, et les protestations des fonctionnaires se poursuivent en Allemagne. Ces mouvements visent différents aspects d'une politique coordonnée à l'échelle européenne : la réduction des acquis sociaux et des droits des travailleurs. Ce n'est pas un hasard si le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a exhorté les dirigeants français à tenir bon, lors du sommet de Bruxelles. Il a compris la dimension européenne de ces protestations sociales, qui ne sont encore que nationales". (29.03.2006)

The Daily Telegraph - Royaume-Uni

"Avec leur attirail préhistorique de piquets de grève et de pancartes, les militants syndicaux espéraient sûrement s'attirer la sympathie de l'opinion. En réalité, tous les citoyens sensés, qui payent des impôts ou ne sont pas à la la retraite, ont dû regarder la journée d'hier avec un mépris un peu las", note le quotidien conservateur au lendemain d'une grève suivie par 1,5 million de travailleurs des services publics locaux, qui protestaient contre la réforme des retraites en Grande-Bretagne. "Peu d'employés du secteur privé âgés de moins de 45 ans comprennent ce qui se passe. Leurs parents étaient habitués à une culture économique pourrie pas la maladie britannique de la grève, dans laquelle les gens acceptaient, renfrognés, que des arrêts de travail inutiles et capricieux fassent partie de leur vie. Aujourd'hui, la plupart des gens n'ont pas cette délicatesse, et jugent ces mouvements sociaux ennuyeux et absurdes." (29.03.2006)

El País - Espagne

"La France vit un véritable psychodrame. Le CPE [qui prévoit une période d'essai de deux ans durant laquelle l'employeur peut licencier un salarié sans justification] est un type de contrat déjà en vigueur dans beaucoup de pays européens", explique le quotidien. "Si la violence dans les banlieues [en novembre dernier] était la révolte des enfants de l'immigration, la révolte que l'on voit actuellement, et qui a touché 130 villes françaises hier, est celle de la classe moyenne. Le CPE est l'étincelle qui a allumé un incendie alimenté par des citoyens frustrés, opposés à tout changement et qui veulent préserver à outrance un modèle social qui a besoin de profondes réformes. Le triomphe du 'non' au référendum sur la Constitution européenne a beaucoup à voir avec les manifestations d'hier dans leur rejet d'une France plus libéralisée et plus modernisée, capable de rivaliser dans un environnement mondialisé." (29.03.2006)

Le Figaro - France

Le philosophe français Pierre Manent, directeur d'étude à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), décrit dans un entretien réalisé par Alexis Lacroix la dégénérescence du 'modèle social' français, et déplore le statu quo actuel. "Le compromis social a été scellé au détriment des chômeurs, et ce compromis, on le voit, n'est plus tenable. (...) Je suis frappé de voir à quel point les gouvernements se sont laissés paralyser par les règles, aussi bien celles de la concurrence pure et parfaite que celles portées par l'idéologie du service public. Les règles, aussi importantes soient-elles, doivent demeurer au service des fins sociales. (...) Pour avoir entre nous une vraie délibération politique, pour que nous puissions poser clairement la question de ce que nous voulons faire, il faut échapper des deux côté aux vertiges de la règle." (29.03.2006)

RÉFLEXIONS

NRC Handelsblad - Pays-Bas

Moïsi et le "choc des civilisations"

"Aussi longtemps que la guerre dite 'contre le terrorisme' continue, l'idée d'un 'choc des civilisations' entre l'islam et l'Occident apparaît politiquement incorrecte et intellectuellement inexacte", analyse Dominique Moïsi, conseiller spécial de l'Institut français des relations internationales et titulaire de la Chaire de géopolitique européenne au Collège d'Europe à Natolin. "A la place de cette conception, il a été convenu que le monde connaît une nouvelle époque qui voit se développer des conflits avec une civilisation déterminée, celle de l'islam, au sein de laquelle les musulmans fondamentalistes mènent une intense guerre contre les modérés en particulier, et l'Occident de manière générale. (...) Et l'épisode malheureux des caricatures du prophète Mahomet publiées dans un journal danois a montré clairement comment les relations entre l'islam et l'Occident sont d'une grande inflammabilité." (29.03.2006)

Berliner Zeitung - Allemagne

Wagner critique Androuchovitch

L'écrivain allemand Richard Wagner critique son homologue ukrainien Youri Androuchovitch pour avoir adressé de sévères reproches à l'Europe : "Androuchovitch s'est fait le porte-voix de son peuple. Selon lui, celui-ci peut légitimement revendiquer un droit d'entrée dans l'Europe, aussi bien individuellement par le biais de la libre circulation que collectivement avec l'adhésion du pays. Ces revendications sont bien connues, d'autres pays pauvres dont les ambitions nationales ont été déçues ayant posé les mêmes. L'UE est la principale responsable de cette situation. Mettre l'Union et l'Europe sur le même plan après 1989 n'était pas une bonne idée. Youri Androuchovitch se soucie peu de savoir que ni l'économie, ni la société, ni les institutions ukrainiennes ne remplissent les critères européens. Il se réfère de façon frappante aux propos de l'un de ses prédécesseurs, Ivan Franko. 'Nous sommes aussi l'Europe', avait dit cet homme cultivé. Mais a-t-il dit pourquoi ?" (29.03.2006)

POLITIQUE

Le Monde - France

La démocratie dans l'espace postsoviétique

"Les deux élections tenues à une semaine d'intervalle dans deux ex-Républiques de l'URSS ne pouvaient pas être plus dissemblables", constate le chroniqueur Daniel Vernet. "En Biélorussie, il n'y a eu aucune surprise. Un autocrate, Alexandre Loukachenko, a été réélu, dimanche 19 mars, avec un score digne du bon vieux temps soviétique. (...) Quelques milliers de Biélorusses ont cependant bravé la répression pour manifester contre la fraude. Il y a un peu plus d'un an, leurs voisins ukrainiens avaient imposé un nouveau scrutin et l'accession à la présidence de Viktor Iouchtchenko. Depuis ils ont déchanté. Les espoirs de la 'révolution orange' se sont envolés. (...) Malgré tous les déboires, la différence entre les nouvelles démocraties, même balbutiantes, et les pays postsoviétiques est essentielle : le résultat des élections n'y est pas fixé à l'avance et les citoyens n'ont plus peur de s'y faire entendre". (29.03.2006)

Der Standard - Autriche

Un scandale de grande envergure

L'Autriche vit actuellement le plus grand scandale bancaire de son histoire. L'affaire a été baptisée "le polar des Caraïbes" : onze collaborateurs de la banque des syndicats autrichiens, la Bawag, sont soupçonnés d'escroquerie, d'abus de confiance et de falsification de bilan. Pendant plusieurs années, la banque a dissimulé des pertes s'élevant à un milliard d'euros, résultat de transactions financières à haut risque aux Antilles. Puis, à leur tour, les dirigeants des syndicats ont couvert les spéculations de la Bawag. Barbara Tóth tente d'évaluer la portée politique du scandale : "Hier, nous avons fait tomber les dirigeants de la centrale syndicale autrichienne (ÖGB), aujourd'hui, c'est au tour du chef de la chambre syndicale et demain, nous l'espérons, du président du SPÖ (parti socialiste). Tous les partis ont ouvert la chasse aux coupables/victimes directs et indirects de l'affaire. Le fiasco de la Bawag est considéré par l'ÖVP (parti conservateur), le FPÖ (extrême-droite), le BZÖ (extrême-droite) et les Verts comme le symptôme d'un système corrompu impliquant même les états-majors des partis". (29.03.2006)

Gazeta Wyborcza - Pologne

L'échec du projet polonais d'une "OTAN de l'énergie"

Le projet d'une "OTAN de l'énergie" lancé par la Pologne dans le but de créer une politique énergétique européenne solidaire et la plus indépendante possible de la Russie a échoué, selon Antoni Podolski, du Centre pour les relations internationales de Varsovie. Le président russe Vladimir Poutine aurait torpillé le projet de Varsovie début mars, à Prague et à Budapest, lors d'entretiens avec les gouvernements locaux, explique-t-il. De toute façon, la proposition polonaise était mauvaise, selon lui. "Elle était malvenue, car elle renforçait l'image eurosceptique du gouvernement polonais (...). La deuxième explication du fiasco tient au fait que le projet était clairement motivé, au début tout au moins, par la peur de la Russie. Premièrement, il a effrayé des fournisseurs d'appoint (en particulier la Norvège), qui font des affaires, de leur côté, avec la Russie, et ensuite, il a mis en alerte la Russie, qui a pu réagir avec la vitesse et l'efficacité qui lui sont propres". (29.03.2006)

The Malta Independent - Malte

Les centres de détention pour immigrés clandestins

"Les critiques cinglantes contre les conditions de détention des immigrants clandestins pourraient être une bénédiction déguisée pour le gouvernement maltais", écrit le journal à la suite d'une récente visite d'inspection réalisée par une délégation de parlementaires européens. "Dégradant, dégoûtant et inhumain font partie des adjectifs qu'ils ont utilisés pour décrire ce qu'ils ont vu. (...) La délégation du Parlement européen a rendu un grand service à Malte. Les critiques sont dures, même plus dures que prévu. Nos visages ont peut-être rougi mais les positions de ceux qui s'insurgent contre l'idée que ce problème est national et ne relève pas de l'UE en ressortent largement renforcées. La visite de vendredi à Malte peut équivaloir à cent réunions à Bruxelles. Et il revient désormais au gouvernement de profiter de cette situation et d'utiliser ces critiques afin d'obtenir une aide tant attendue." (29.03.2006)

Lidové noviny - République tchèque

La discrimination des Roms

Les quelque 300 000 Roms qui vivent en République tchèque ne seront pas représentés dans le Parlement qui sera élu cet été, constate le journal. En effet, aucun membre de la minorité discriminée n'est assez bien placé sur les listes électorales des partis. Petr Honzejk déplore cette situation : "Les responsables politiques affirment qu'ils ne font que répondre aux souhaits des électeurs qui, après tout, ne veulent pas des Roms comme voisins. Cet alibi est répugnant. Si les partis ne doivent pas combattre le climat de xénophobie, qui doit le faire ? Les Roms ont besoin d'être reconnus et de savoir qu'ils sont respectés par la majorité. Dans le contexte actuel, les discours en faveur de l'intégration et du multiculturalisme sont ridicules. Les dirigeants des partis qui se rendent dans les ghettos Roms avant les élections pour récolter des voix, quand ce n'est pas pour les acheter, devraient avoir honte". (29.03.2006)

The Guardian - Royaume-Uni

La réduction des émissions de CO2

"De belles paroles mais pas d'action", titre le journal après l'information donnée par la ministre britannique de l'Environnement Margaret Beckett selon laquelle la Grande-Bretagne n'atteindra pas ses objectifs de réductions des gaz à effet de serre. Beckett a précisé que son pays visait désormais pour 2010 une diminution de 15 à 18% par rapport au niveau de 1990, au lieu des 20% initialement annoncés. Ce qui est toujours mieux que les 12,5% imposés par le protocole de Kyoto. "Plutôt que de revoir, comme hier, ses ambitions à la baisse, le gouvernement devrait les renforcer, et viser une réduction de 60% des émissions de carbone d'ici 2050, comme il l'espérait autrefois. Pour l'heure, cela semble impossible. La bonne nouvelle est que le gouvernement et les partis de l'opposition ont accepté d'agir. La mauvaise est que jusqu'ici leurs solutions sont superficielles. Une sorte de peinture écologique en aérosol." (29.03.2006)

MÉDIAS

La Stampa - Italie

Le journalisme est-il victime des blogs ?

En quelques années les blogs ont gagné en crédibilité. Aux Etats-Unis, de nombreux quotidiens traditionnels s'ouvrent au phénomène et invitent les lecteurs à collaborer. Certains y voient la fin de la presse écrite. La journaliste Anna Masera, inquiète de cette évolution, a demandé son avis au directeur du 'Corriere della Sera', Paolo Mieli, qui estimait il y a quelques années qu'Internet n'était qu'une mode passagère. "Les blogs sont un aiguillon et une mine pour les journalistes toujours à la recherche d'informations et de sources multiples. Mais ils sont encore trop délirants, tout s'y mélange, il faut faire un réel effort pour y trouver quelque chose de valable. Cela ne m'inquiète absolument pas. Le secret de la presse écrite est d'offrir de la qualité (...). Nous survivrons comme nous avons survécu à l'arrivée du cinéma, de la télévision". (29.03.2006)

CULTURE

El Mundo - Espagne

Le retour aux sources d'Almodóvar

L'écrivain et poète espagnol Luis Antonio de Villena signe une critique de 'Volver', le dernier film de Pedro Almodóvar, dans lequel le fantasque réalisateur dépeint une Espagne rurale bien éloignée des personnages extravagants qui peuplent habituellement ses films. "Il s'agit, je dirais, de l'une de ses oeuvres les plus retenues, de l'un des scénarios les mieux ficelés, dans lequel les questions en suspens restent sans réponse, mais aussi d'un étrange retour vers le passé, dans une Espagne plus profonde et pauvre. (...) Almodóvar (me semble-t-il) a ressenti une nostalgie légitime pour cette population 'authentique' qu'il a connue dans sa jeunesse et son adolescence, dans un pays noir et fermé." (29.03.2006)

Dagbladet Information - Danemark

La fin du prix unique pour les livres

Le marché du livre danois se libéralise. Les maisons d'édition ne seront plus autorisées à vendre que 10% de leurs nouvelles parutions à prix fixe, et pendant un laps de temps limité. Pour chaque nouvelle édition d'un titre, les libraires pourront ainsi fixer eux-mêmes le prix de vente. Le rédacteur en chef du journal, Palle Weis, salue cette nouvelle législation : "Depuis des années, le marché danois du livre se caractérise par une relation sacralisée au livre. Les prix ont contribué à faire du livre un produit à part (...). Lorsque l'on a ouvert un débat sur la question, le dernier argument des adversaires du projet a consisté à dire que la libre fixation des prix porterait préjudice à la petite littérature. C'est précisément une telle attitude qui a freiné la diversification du marché du livre. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder la Suède, qui mène depuis des années une politique de prix très libérale et ne prélève qu'une faible TVA sur les livres. Cela n'a pas mal fait de mal au marché du livre - au contraire. Les ventes ont grimpé en flèche et la petite littérature prospère". (28.03.2006)

COULEURS LOCALES

Postimees - Estonie

Quelle ville sera capitale culturelle en 2011 ?

Une ville de Finlande et une d'Estonie se partageront en 2011 le titre de capitale culturelle européenne. Les hostilités ont d'ores et déjà commencé dans les deux pays entre les villes candidates. Au cours des derniers jours, les deux villes estoniennes de Tallinn et de Tartu ont ainsi livré un combat opiniâtre, finalement remporté par Tallinn. "Tartu a accusé Tallinn de vouloir prendre tous les touristes pour elle seule, et Tallin en veut à Tartu de n'avoir pas même essayé de coordonner ses projets avec elle. Les deux villes estoniennes se sont comportées en véritables petites principautés. Finalement, le ministère de la Culture a créé une commission qui vient de donner l'avantage à Tallinn (...). Naturellement, les Estoniens savent pertinemment que Tallinn dispose de meilleures possibilités d'hébergement, de plus d'argent et de plus d'habitants que Tartu. Ce n'était pas la peine de se battre pour s'en apercevoir". (29.03.2006)

 

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