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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 26.05.2006

 

À LA UNE

Premier anniversaire de l'Europe du 'non'

Le 29 mai 2005, les électeurs français ont rejeté par référendum le projet de traité établissant une Constitution pour l'Europe. Depuis ce vote négatif, suivi de près par celui des Pays-Bas, le projet européen est en panne. Quel bilan doit-on tirer de cette année de réflexion ?

Extraits des publications suivantes:
The Economist - Royaume-Uni, L'Hebdo - Suisse, Süddeutsche Zeitung - Allemagne, Le Soir - Belgique

The Economist - Royaume-Uni

"L'idée de renvoyer le projet de Constitution devant les électeurs français et néerlandais est complètement absurde", fait valoir l'hebdomadaire économique. "Il n'y a aucune raison de penser que les objections des électeurs ont disparu - l'UE serait plutôt moins populaire qu'elle l'était il y a un an. (...) Le mieux serait que les dirigeants européens oublient la Constitution et se concentrent sur leurs grandes préoccupations. Il devraient avant tout améliorer leurs économies sclérosées, ce qui suppose un programme de libéralisation et de dérégulation. Dans le même sens, il faut préserver le marché unique européen et ses règles concurrentielles, qui subissent les assauts des tenants du nationalisme économique. (...) Le véritable échec de l'UE n'est pas un déficit démocratique ou institutionnel, mais plutôt ce que le think tank Centre for European Reform a défini comme une 'insuffisance de résultat'." (26.05.2006)

L'Hebdo - Suisse

Un an après le rejet la Constitution, le chroniqueur suisse Jacques Pilet décrit une Europe fonctionnelle, mais alourdie par les crises intérieures de ses Etats membres. "Il est vrai que le projet est en panne. L'Union tourne en roue libre. Elle n'est certes pas près de se défaire. (...) Néanmoins la construction est frappée au coeur. Parce qu'elle cristallise toutes les peurs. Celle des Français que la mondialisation panique, celle des Polonais qui s'accrochent à leur vision paranoïaque du monde, celle des Hollandais et des Danois déboussolés par l'immigration... et tant d'autres. Il n'y a plus de réflexion rationnelle sur les forces et les faiblesses de l'édifice: chacun projette ses angoisses dans un noeud empoisonné." Pour sortir l'Europe de cette impasse, le journaliste estime qu'il faut "un rappel clair de son utilité. Ce que ne font jamais ses dirigeants. (...) Qu'ils nous disent pourquoi bâtir l'Europe!" (26.05.2006)

Süddeutsche Zeitung - Allemagne

Dans son éditorial, Cornelia Bolesch appelle les dirigeants politiques européens à cesser de faire preuve de "lâcheté face au peuple" : "Il n'est pas digne de la démocratie de laisser tomber, comme une patate chaude, le projet de Constitution aux premières protestations des citoyens. De même, il ne suffit pas de se torturer les méninges sur la façon de déguiser au mieux l'objet du conflit pour le resservir à la population beaucoup plus tard. Les hommes politiques sont élus pour donner le ton et marquer une orientation. Leur mission n'est pas de se poser en exécutants des caprices du peuple, ni de se réfugier derrière Dieu sait quelle combine. Personne n'interdit à un politique de défendre ouvertement une cause à laquelle il croit." (26.05.2006)

Le Soir - Belgique

"Comment enrayer l'actuelle tendance dépressive ? Devrait-on mieux 'vendre l'Europe' aux Européens ?". Le philosophe français Jean-Marc Ferry, qui enseigne à l'université libre de Bruxelles, revient sur le rejet de la Constitution européenne. "Loin de donner un coup d'arrêt à une Europe jugée trop libérale, le vote négatif de la France a en réalité fait l'affaire des ennemis de la social-démocratie : l'extrême droite et l'extrême gauche, mais aussi l'ultralibéralisme de la voie anglo-saxonne. Prétention grotesque d'un 'non de gauche' qui irait 'réveiller' les autres membres ! Tandis qu'à présent l'Union risque de régresser vers une zone de libre-échange, aucune grande voix politique ne s'élève pour secouer l'inertie, et le chauvinisme reprend du poil de la bête. (...) Afin de se relégitimer aujourd'hui, l'Union devra être en mesure d'offrir une réponse politique crédible à la mondialisation économique ainsi qu'à la nouvelle donne géopolitique à risque unipolaire. Cette réponse, nulle nation prise isolément ne saurait la donner." (26.05.2006)

RÉFLEXIONS

Przekrój - Pologne

Paul Taggart et les dangers du populisme

Dans un entretien avec Wawrzyniec Smoczynski, l'analyste politique britannique Paul Taggart décrit l'influence des populistes sur le système politique d'un pays. "Les populistes détruisent la démocratie dans le sens où ils ferment les portes au débat. La démocratie représentative se fonde sur le pluralisme, et l'entrée d'un populiste dans un système polarise les opinions. Le reste de la scène politique commence à se définir en référence aux populistes et le pluralisme disparaît. Et un manque de diversité des opinions ne rend pas service à la politique. D'un autre côté, le populisme ne tient pas dans la durée, ce qui en réduit naturellement l'influence." (26.05.2006)

Dagens Nyheter - Suède

Antony Beevor et la guerre civile espagnole

L'écrivain à succès britannique Antony Beevor a sorti une nouvelle version de son livre sur la guerre civile espagnole publié dans les années 1980 ('The Battle for Spain'). L'ouverture des archives russes a nécessité une réévaluation des événements, explique Beevor dans une interview avec Jenny Aschenbrenner. "Lorsqu'une nation tente de surmonter une période difficile, on court le risque, en masquant la plaie derrière un pansement, que celle-ci ne s'infecte. Après la mort de Franco, l'Espagne a voulu tirer un trait sur son passé le plus vite possible en regardant droit devant elle. Mais depuis, l'intérêt de connaître ce qui s'est réellement passé n'a cessé de grandir. La gauche notamment éprouve le besoin de faire son deuil. Plus je vieillis, plus je suis forcé d'admettre que l'Histoire apporte davantage de questions que de conclusions définitives." (26.05.2006)

Perlentaucher - Allemagne

André Glucksmann et le malaise de la République française

Dans une contribution publiée dans plusieurs journaux européens, Andre Glucksmann explique que l'affaire Clearstream est l'ultime symptôme d'une crise de la République française amorcée il y a trente ans : "Les Français ont cessé de croire à la sacro-sainte alternance gauche-droite, car force est d'admettre qu'en plusieurs décennies de cohabitation, de changements, de mobilisation et de contre mobilisation, ni la gauche ni la droite n'ont fait avancer d'un iota le problème numéro un, celui du chômage, en matière duquel la France détient le sinistre record d'Europe (...). Aucune fatalité n'oblige la cinquième puissance économique du monde (cocorico !) à s'en sortir moins bien que le Danemark, la Finlande, l'Irlande ou la Grande-Bretagne. Les équipes dirigeantes de la gauche et de la droite en portent l'entière responsabilité. Elles ont entretenu et renforcé le blocage de la société. L'abstention et les votes en faveur des extrémistes doivent être considérés comme un message clair de la population, qu'on pourrait résumer comme suit : 'Trente ans, c'est largement suffisant !'" (26.05.2006)

POLITIQUE

Hospodářské noviny - République tchèque

La possible victoire des eurosceptiques en République tchéque

Dans une semaine auront lieu les élections législatives en République tchèque. Le politologue belge Jean-Michel De Waele explique à Radek Honzak les retentissements à Bruxelles d'une possible victoire de l'ODS, le parti conservateur d'opposition. "Il est très difficile de savoir quelle est la position de l'ODS vis-à-vis de l'Europe. A l'étranger, l'ODS a toujours été considéré comme le parti de Vaclav Klaus, qui passe pour un eurosceptique convaincu. Un gouvernement dirigé par l'ODS hériterait automatiquement de la même réputation. Pour l'UE, il serait problématique que les Tchèques élisent un parti anti-européen seulement deux ans après leur adhésion. On retrouve néanmoins la même tendance en Europe centrale et de l'Est, à l'exception peut-être de la Hongrie. L'Union doit s'interroger sur les raisons d'une telle évolution. Mais elle doit aussi accepter d'en assumer, pour partie, la responsabilité." (26.05.2006)

L'Express - France

L'Europe, une priorité pour le président italien

Dans une interview à Philippe Broussard, Vanja Luksic et Paola Genone, le Président italien Giorgio Napolitano, élu le 10 mai, souhaite que l'Europe redevienne une priorité à Rome et ne croit pas l'Italie plus mal en point que certains de ses voisins. "Le centre gauche a souvent critiqué le précédent gouvernement [pour s'être désintéressé de l'Europe]. C'est vrai qu'on n'a pas eu le sentiment d'un engagement vraiment cohérent de la part du gouvernement sur le terrain européen. Même si l'Italie a été parmi les premiers à ratifier le traité constitutionnel, cela ne suffit pas. Dans la tradition italienne, il y a toujours eu un équilibre entre l'engagement européen et les relations amicales avec les Etats-Unis. Mais l'Europe doit redevenir la priorité. (...) En ce qui concerne la compétitivité et la modernisation de l'Etat social, les impasses de l'économie italienne sont semblables à celles des économies française et allemande." (25.05.2006)

El País - Espagne

Immigration clandestine : l'Espagne en appelle à l'UE

Le quotidien espagnol estime dans un éditorial qu'il est "injuste de dire que le gouvernement espagnol n'a rien fait face à l'avalanche d'immigrants illégaux qui débarquent sur les côtes des îles Canaries. (...) Ce qu'a obtenu la vice-présidente Fernández de la Vega lors de sa visite à Bruxelles est mieux que rien. Il ne faut pas minimiser le fait que la Commission européenne lui a promis de mettre en oeuvre une série de quinze mesures urgentes", souligne le journal. Néanmoins, "cette visite a mis en lumière un fait palpable : la faible marge de manoeuvre dont dispose aujourd'hui la Commission européenne. Son président, le portugais José Manuel Durao Barroso, pour compréhensif et volontaire qu'il soit, n'a pas pu nous offrir beaucoup plus, parce que le soi-disant exécutif communautaire n'a encore que des compétences très limitées en matière d'immigration." (26.05.2006)

Financial Times - Royaume-Uni

Londres s'attèle à la réforme des retraites

Le quotidien revient sur la réforme des retraites proposée le 25 mai par le gouvernement britannique, qui prévoit d'augmenter les dépenses publiques dans ce domaine et de repousser l'âge de la retraite à 68 ans pour 2046. "Les salariés britanniques devront travailler plus longtemps, épargner davantage et finalement payer plus de taxes pour parvenir à s'assurer des vieux jours meilleurs. Cependant, même si le Royaume-Uni augmente de 1,5 point les sommes consacrées aux retraites entre 2006 et 2050, ses dépenses représenteront moins de 7% du PIB, soit la moitié du niveau qu'atteindront les pays de l'OCDE au rythme actuel. (...) On sait pourtant ce qu'il adviendra si l'on ne fait rien : chute de l'épargne salariale, déclarations de ressources trop lourdes et fragilisation de la situation des retraités. Le plan est cohérent et doit être mis en oeuvre." (26.05.2006)

ÉCONOMIE

Knack - Belgique

La Lituanie hors de la zone euro, "un non sens économique"

Le président de la fraction libérale au Parlement européen, Graham Watson, estime que la Commission européenne a fait une erreur en refusant l'entrée de la Lituanie dans la zone euro en 2007. "On applique des critères beaucoup plus strictes envers la Lituanie qu'envers les membres actuels de la zone euro. La Lituanie remplit actuellement tous les critères, et ne dépasse que de 0,1% la norme sur l'inflation. Que l'économie lituanienne croisse plus vite que celle des autres pays européens n'est visiblement pas prise en considération. Ce qui est paradoxal, car c'est cette croissance qui est la cause du haut taux d'inflation. La Lituanie doit-elle freiner sa croissance économique pour pouvoir entrer dans la zone euro ? C'est un non-sens économique complet. (...) Si la Commission veut être aussi intransigeante, pourquoi n'applique-t-elle pas des critères aussi strictes à la France ou à l'Allemagne à propos du pacte de stabilisation ?" (26.05.2006)

CULTURE

Gazeta Wyborcza - Pologne

Le voyage de Benoît XVI en Pologne

Pour son premier grand voyage à l'étranger, le pape Benoît XVI a choisi la Pologne, patrie de son prédécesseur Jean-Paul II. Le journaliste Jan Turnau ne tarit pas d'éloges au terme de cette première journée de visite. Ce qui marque en premier chez le chef de l'Eglise, c'est "surtout son sourire plein de douceur, notamment lorsqu'il parle polonais : on y décèle une pointe de pudeur et d'autodérision, mêlée d'une chaleur intérieure (...). Ce qui séduit en premier lieu dans l'attitude de celui que l'on surnomme le 'Panzerkardinal', c'est sa gentillesse et une immense culture : on sent en lui le professeur d'université dans le bon sens du terme, loin du curé de province ou du prof au sens négatif. A l'aéroport, il a affirmé qu'il souhaitait non seulement nous conforter dans notre foi, mais aussi y puiser." (26.05.2006)

Le Monde - France

Réponse d'une dramaturge serbe à Peter Hanke

"Je ne pense pas qu'on puisse parler de censure. Cela ne veut pas dire que j'approuve le fait qu'on ne joue pas Peter Handke", écrit la dramaturge serbe Biljana Srbljanovic à propos de la déprogrammation d'une pièce de l'écrivain autrichien par la Comédie Française. "M. Handke a au moins eu beaucoup de chance, car si ce qui lui arrive est de la censure, il a au moins évité la censure à la Slobodan Milosevic. Je veux dire : à chaque fois que son (à présent défunt) ami décidait de censurer quelqu'un, il le faisait plus efficacement et avec moins de bruit : une balle dans la nuque, en général sur le pas de la porte, ou devant une fosse creusée à l'avance, tout au fond de la forêt, fosse dans laquelle tombait le censuré. (...) Etre pour Slobodan Milosevic n'a jamais, et surtout pas maintenant, voulu dire : être pour la Serbie." (26.05.2006)

Mladá fronta DNES - République tchèque

Gel des aides publiques au cinéma tchèque

Les aides publiques au cinéma en République tchèque ne seront pas augmentées. Hier, le Parlement n'a pu écarter le veto opposé par le président Vaclav Klaus. Dans une première réaction, les sociétés de production tchèques représentées à Cannes ont fermé leurs portes et mis en berne le drapeau national. "Désormais", écrit le journaliste Mirka Spacilova, "une colère encore plus grande menace". Et de citer les propos de Pavel Strnad, de l'Association tchèque des producteurs audiovisuels : "'Nous refusons de représenter un pays qui refuse d'aider son art cinématographique.' En signe de protestation, Strnad envisage, au titre de producteur du film 'Steti' (Chance) maintes fois récompensé dans son pays, de retirer ce dernier de la compétition pour le prix du cinéma européen. D'autres producteurs se demandent si cette décision ne devrait pas les conduire à boycotter le festival international du cinéma de Karlsbad." (26.05.2006)

Neue Zürcher Zeitung - Suisse

Berlin inaugure la plus grande gare centrale d'Europe

"Le nouveau carrefour ferroviaire relie Berlin au reste du monde et permet aux Berlinois de renouer contact", écrit Claudia Schwartz au sujet de l'inauguration de la plus grande gare centrale d'Europe." A l'avenir, les voyageurs pourront atteindre les recoins les plus pittoresques de Berlin. La nouvelle gare centrale se trouve au coeur de la ville et en même temps au beau milieu d'un no man's land : aux alentours de cette immense gare, c'est comme si le mur venait de s'écrouler." La nouvelle gare de Berlin "ne représente pas seulement le symbole tardif de la construction de la capitale : une gare qui n'est ni à l'Est ni à l'Ouest, mais dans ce qu'on appelle le nouveau centre de la ville. Là où le 'ruban de l'Etat fédéral' symbolise la réunification allemande, la forme de la gare, dont les ramifications s'étirent vers les quatre coins du ciel, incarne une fois de plus l'ouverture de la ville, après quarante ans de marginalisation." (26.05.2006)

COULEURS LOCALES

Postimees - Estonie

Controverse autour d'un mémorial soviétique à Tallinn

Au centre de Tallinn se dresse la statue en bronze d'un soldat soviétique. De l'avis du Premier ministre Andrus Ansip, ce monument, qui représente l'occupation du pays, doit disparaître - un avis que la minorité russe est loin de partager. Kalle Muuli appelle à la prudence. "Tous les 9 mai depuis quinze ans, les Russes qui vivent dans l'Estonie indépendante déposent des fleurs devant ce soldat. Pour la majorité des Estoniens, c'est une vision certes désagréable, mais pas terrible au point de ne pouvoir la supporter un à deux jours par an au nom d'une cohabitation pacifique. En outre, des Estoniens sont également venus se recueillir auprès de cette statue. A quoi bon toute cette agitation ? (...). Il est certain que le gouvernement doit éloigner la statue de Tonismägi, mais cela ne doit pas se faire sous la pression, sous peine de passer pour une provocation." (26.05.2006)

 

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