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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 20.06.2006

 

À LA UNE

La Catalogne, modèle pour les régions européennes

La Catalogne a approuvé dimanche 18 juin à 73,8 % des voix un statut qui lui donne davantage d'autonomie à l'intérieur de l'Etat espagnol. Le Premier ministre du pays José Luis Rodriguez Zapatero, qui renégocie actuellement le statut de nombreuses régions, oriente l'Espagne vers de plus en plus de décentralisation. L'ambition catalane pourrait inspirer d'autres régions autonomistes d'Europe.

Extraits des publications suivantes:
El País - Espagne, Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne, Financial Times - Royaume-Uni, Le Figaro - France, Le Temps - Suisse

El País - Espagne

Antonio Elorza, professeur de sciences politiques, estime que "dans le nouveau statut, la relation bilatérale entre l'Etat espagnol et l'autorité catalane est incompatible avec une organisation fédérale de l'Etat. L'expérience nous dira si elle est compatible avec un fonctionnement efficace des politiques publiques. Nous allons vers un Etat dual, et si le Pays basque suit l'exemple de la Catalogne, vers une confédération asymétrique. (...) Dans les discussions sur le statut, Zapatero a fait preuve d'une extraordinaire capacité à négocier et à utiliser les artifices politiques, mais il n'a jamais exposé sa vision de l'Etat, ce qui est inquiétant. (...) Catalans et Espagnols se sont éloignés par manque de dialogue constructif [pendant la campagne] et une réconciliation nationale est plus que jamais nécessaire." (20.06.2006)

Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne

Leo Wieland redoute qu'en "menant une politique de courbettes et de concessions", le Premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, "n'ait ouvert une boîte de Pandore qui menace de conduire à la déstabilisation du pays, à l'excitation d'autres convoitises indépendantistes et, enfin, à une balkanisation de la péninsule ibérique : qu'ils soient Basques ou Catalans, les nationalistes ne sont pas des gens aimables et ouverts au monde. La plupart du temps, ils semblent tout droit sortis des livres d'images des 19e et 20e siècles. Les régions qu'ils dirigent sont loin d'être des modèles de liberté. Il y règnerait plutôt l'étroitesse d'esprit (parfois raciste), l'art de l'arrangement et le népotisme, fondé sur le recours au dialecte local comme instrument de pouvoir." (20.06.2006)

Financial Times - Royaume-Uni

"Les Catalans, les Espagnols et les Européens ont toutes les raisons d'être fiers du choix démocratique exercé dimanche", affirme le quotidien financier dans son éditorial. "Les Catalans le réclamaient. Le Parlement espagnol l'a rendu constitutionnellement possible. Et l'Union européenne fournit un cadre capable d'amortir le choc et rendant l'exercice tout à fait banal. (...) Le nationalisme profondément ancré et culturellement inextricable des Basques et des Catalans (...) suscite toujours l'opposition viscérale de la droite espagnole et la gêne de la gauche plus jacobine. Tout le crédit va au Premier ministre socialiste José Luis Rodriguez Zapatero. Son engagement pour davantage de décentralisation donnera plus de pouvoir aux Espagnols qui le souhaitent et renforcera le pays." (20.06.2006)

Le Figaro - France

"Avec l'approbation du futur cadre politique catalan, Zapatero signe sa première grande victoire en politique nationale", écrit Diane Cambon, correspondante madrilène du quotidien dans une analyse. "À son arrivée au pouvoir en mars 2004, le leader socialiste avait promis de mettre un terme à la surenchère nationaliste en acceptant de modifier dans le respect du cadre constitutionnel les statuts d'autonomie des 17 régions qui le souhaitaient. (...) Zapatero aspire à faire de l'élargissement du statut d'autonomie catalan un modèle pour l'Espagne, notamment pour les régions à forte sensibilité nationaliste comme le Pays basque. L'exemple catalan a ainsi permis de donner une image moins centraliste de Madrid. Les indépendantistes basques se disent désormais prêts à discuter. (...) D'ici à dix jours, Zapatero devrait annoncer au Parlement l'ouverture du dialogue avec l'organisation séparatiste basque ETA." (20.06.2006)

Le Temps - Suisse

Eléonore Sulser, correspondante à Bruxelles du quotidien, analyse le rôle ambigu d'allié des régions joué par l'Europe. "Les autonomies régionales se multiplient en Espagne où le gouvernement en place travaille à la naissance d'un nouveau fédéralisme. (...) Les Etats ne sont pas en reste: promis à une Union européenne rassurante, ils peuvent naître, comme le Monténégro, de nouvelles scissions. A l'abri de l'Europe, ces nouvelles entités restent assurées qu'elles ne se retrouveront pas isolées ou exposées à des revers violents (...). Paradoxe : tout en favorisant des séparations et des prises de liberté plutôt confortables, l'Union européenne permet aussi d'en tempérer les effets. Les nouveaux voisins, nés des nouvelles scissions, se rendent souvent rapidement compte à Bruxelles qu'ils n'ont pas de meilleurs alliés que ceux qu'ils voulaient quitter." (20.06.2006)

RÉFLEXIONS

Hospodářské noviny - République tchèque

Une urbanisation menaçante

"Au cours des prochaines années, plus de la moitié des habitants de la planète vivront dans des villes", rapporte Radek Nedved en citant une récente étude des Nations Unies. "Le problème est qu'un citadin sur trois habite dans des bidonvilles. La situation se dégrade particulièrement dans les pays du Tiers Monde. En 2030, il y aura plus d'habitants dans les villes africaines que dans l'Europe toute entière. La croissance de la population citadine résulte à 95% des changements démographiques et des migrations. La question est : qui va loger ces nouveaux habitants, qui va leur donner du travail, qui va s'occuper de leur santé et de leur éducation ? L'étude parle de bombe à retardement. C'est l'un des problèmes majeurs auquel l'humanité va devoir faire face au cours de ce siècle." (20.06.2006)

Frankfurter Rundschau - Allemagne

Christian Schlüter critique le nouveau patriotisme allemand

Pour de nombreux Allemands, la Coupe du monde de football est l'occasion d'exprimer un certain patriotisme, souvent qualifié de "neuf" et "d'amical". Si Christian Schlüter n'a rien contre les supporters agitant des drapeaux, il voit néanmoins ce phénomène d'un oeil critique : "Ce qui m'inquiète, ce sont les appels au patriotisme véhiculés par les médias au cours des six derniers mois et dont l'envergure intellectuelle se limite bien souvent au slogan 'Du bist Deutschland!' (L'Allemagne, c'est toi !) : le pays semble parcouru par une certaine lassitude à l'égard de l'Histoire et par une insouciance crâne (...). "La régression du niveau intellectuel a favorisé l'émergence d'un sentiment national approximatif : tout est mélangé. Pour ne donner qu'un exemple, la Landsmannschaft des Allemands des Sudètes a proclamé, lors de son congrès de Pentecôte, que 'l'expulsion [était] un génocide'. Le révisionnisme semble être devenu la nouvelle marque de fabrique de l'Allemagne." (20.06.2006)

POLITIQUE

Diena - Lettonie

L'Ukraine toujours privée de gouvernement

Près de trois mois après les législatives, l'Ukraine n'a toujours pas de gouvernement. Si aucune coalition n'est formée d'ici cinq jours, de nouvelles élections seront organisées. "Au début, tout semblait clair : les trois partis de la 'révolution orange' disposaient de 243 sièges sur 450 à la Werchowna Rada (le Parlement ukrainien). Il n'y avait plus qu'à fixer les bases de la coalition et à distribuer les portefeuilles. Cependant, une série d'amendements constitutionnels entrés en vigueur ce printemps ont transformé l'Ukraine au point qu'elle n'est plus une démocratie présidentielle. Les rôles du Premier ministre et du président du Parlement ont gagné en importance. Mais depuis, les négociations traînent. Le Président Iouchtchenko a appelé les 'oranges' à s'unir. C'est la seule issue possible. Car bloquer le gouvernement et le Parti des régions de Victor Ianoukovitch serait un suicide politique de la part des anciens révolutionnaires." (20.06.2006)

Élet és Irodalom - Hongrie

Le statut des Juifs hongrois

Une ONG hongroise souhaite donner aux Juifs du pays le statut de minorité nationale. Le théologien Geza Komoroczy constate que cette initiative inquiète de nombreux Juifs hongrois, dont la plupart sont athées et magyarophones. "Ils se souviennent que les Juifs ont d'abord été recensés par les autorités hongroises en 1944 avant d'être déportés. Ils savent que les recensements de minorités peuvent faire l'objet d'une utilisation abusive". Néanmoins, Geza Komoroczy plaide en faveur d'une présence accrue de la culture juive dans la vie publique : "On peut oublier ses origines juives ou les rendre invisibles, si l'on veut. Mais pour se démarquer des autres, il faut mettre en avant cette différence, d'une manière ou d'une autre." (16.06.2006)

The Times - Royaume-Uni

Un schisme guette l'église anglicane

Le quotidien de droite craint qu'un schisme ne survienne au sein de l'Eglise anglicane après l'élection à la tête de sa branche américaine d'une femme pour qui l'homosexualité n'est pas un péché. "L'élection de la Très Révérende Katherine Schori aux Etats-Unis apparaît autant comme le reflet des rivalités qui traversent l'Eglise épiscopale américaine que comme un défi posé à l'ensemble de la communauté anglicane [qui compte 77 millions de membres à travers le monde]. Quoiqu'il en soit, cette élection vient jeter de l'huile sur le feu. Elle a pour effet de raidir les positions au sein de l'Eglise anglicane au sujet de l'ordination des femmes prêtres, de creuser le désaccord sur l'homosexualité et rendre l'éventualité d'un schisme plus probable. (...) L'Eglise anglicane ressemble moins à une 'coalition arc-en-ciel' qu'à un ensemble de couleurs incompatibles." (20.06.2006)

Cyprus Mail - Chypre

Les relations de Chypre avec ses voisins s'enveniment

Le quotidien affirme que Nicosie "coupe les ponts sans gagner quoi que ce soit", après sa menace de veto à l'ouverture des négociations d'entrée de la Turquie dans l'UE. L'UE a apaisé Chypre en rappelant à la Turquie ses "obligations". "Chypre joue un jeu très risqué qui révèle un manque total de compréhension des dures réalités du monde. (Le président chypriote grec) Tassos Papadopoulos semble croire qu'un petit pays comme Chypre peut faire des revendications et obtenir gain de cause, sans se reposer sur l'alliance avec d'autres pays. Nous avons un front ouvert avec la Turquie, et maintenant il a décidé d'ouvrir un front avec tous les Etats membres de l'UE, dont la Grèce, le seul pays qui a inconditionnellement soutenu Chypre les 30 dernières années. Sans le soutien de la Grèce, Chypre ne serait jamais devenu un membre de l'UE, et pourtant Papadopoulos ne semble avoir aucun scrupule à détruire cette relation spéciale, parce elle ne se déroule pas comme il l'entend." (20.06.2006)

MÉDIAS

Trybuna - Pologne

La télévision sous le contrôle du pouvoir

Pour la première fois depuis le retour de la démocratie en 1989, aucun membre de l'opposition ne siège au Conseil supérieur de l'audiovisuel polonais. Désormais, cet organe est uniquement composé de proches de la coalition gouvernementale au pouvoir. Le sociologue Piotr Zuk commente : "Le combat du PiS (le parti conservateur au pouvoir) pour le contrôle des médias publics est bien plus inquiétant et efficace que celui mené par ses prédécesseurs. Le PiS n'a pas le moindre scrupule. Il n'accorde aucune attention aux détracteurs de cette politisation des médias. Les médias deviennent des instruments du parti, et non plus des supports d'information publics." (20.06.2006)

CULTURE

Le Point - France

Chirac inaugure son musée testament

L'inauguration mardi 20 juin à Paris du Musée du Quai Branly, une institution créée sous l'impulsion de Jacques Chirac afin de regrouper des objets des civilisations non occidentales, représente aux yeux de l'hebdomadaire un condensé des convictions du président français. "Sa passion pour les arts premiers est devenue d'une certaine façon le fil rouge de sa présidence. (...) Elle a pris un caractère délibéré et envahissant où tout se mêle : le sentiment d'être à l'aise dans des cultures méconnues ou humiliées, la reconnaissance qu'elles lui apportent dans le monde et un message à la France pour qu'elle ne se replie pas sur elle-même. Jacques Chirac ne cherche pas seulement à réconcilier l'esthétique et l'ethnologie ; il veut afficher à travers 'son' musée une vision globale du monde. (...) Les journalistes étrangers, en découvrant le Quai Branly, sont souvent étonnés que l'ambition culturelle soit si liée à la politique. C'est - aussi - l'exception française." (20.06.2006)

COULEURS LOCALES

Kaleva - Finlande

Turku capitale européenne de la culture en 2011

En 2011, ce sera au tour de la Finlande et de l'Estonie d'abriter une ville capitale européenne de la culture. En Estonie, Tallin est l'heureuse élue. La Finlande vient d'annoncer que Turku la représenterait. Le journal salue cette décision, même si Rovaniemi, placée en seconde position par le Ministère de la culture, ne manquait pas d'attraits : "Les touristes européens connaissent bien Turku, grâce à son histoire vieille de plusieurs siècles. Mais d'autres villes européennes sont aussi anciennes, dont l'autre capitale européenne de la culture en 2011, Tallinn. Rovaniemi aurait apporté quelque chose de neuf". C'est la ville natale du groupe de hard-rock Lordi et du Père Noël. (20.06.2006)

CHOUX DE BRUXELLES

Jyllands-Posten - Danemark

Le grand cirque du Parlement européen

Le journal fustige le cirque perpétuel des déplacements des parlementaires européens entre Bruxelles et le Parlement à Strasbourg ainsi que la paresse manifeste des chefs d'Etat et des gouvernements européens à y remédier. Il est parfaitement absurde que le siège strasbourgeois du Parlement reste vide 300 jours par an. Tout aussi grotesque est le remboursement des onéreux frais de bouche et de voyage auquel ont toujours droit les parlementaires : "De telles pratiques n'ont pas pour seul effet de rebuter les électeurs. Elles nourrissent également la méfiance à l'égard de l'UE et nuisent à la crédibilité du projet européen auprès de citoyens qui doivent, eux, travailler dur pour joindre les deux bouts." (20.06.2006)

 

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