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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 11.12.2006

 

À LA UNE

Un retour de la religion en Europe ?

La controverse autour du 'choc des civilisations' a montré que les démocraties européennes restent profondément attachées à leurs racines chrétiennes. Certains redoutent un recul des principes laïcs face à la poussée des intégrismes.

Extraits des publications suivantes:
Les Echos - France, The Economist - Royaume-Uni, ABC - Espagne

Les Echos - France

"Alors que la fin des idéologies était annoncée, dans les années 1950 puis avec plus d'insistance dans les années 1990, personne n'avait prévu que la religion ferait un tel retour sur le devant de la scène après avoir hanté la pensée politique dans la première moitié du XXe siècle", remarque le sociologue allemand Ralf Dahrendorf, dans un article diffusé par l'association Project Syndicate. "Comment expliquer un tel retour de la religion ? Probablement parce que les pays éclairés du monde sont aujourd'hui incertains de leurs valeurs. Un certain relativisme moral prévaut, incitant un grand nombre de personnes à accepter les tabous des divers groupes religieux au nom de la tolérance et du multiculturalisme. (...) Le retour de la religion en politique, et dans la vie publique en général, est un véritable défi pour l'état de droit des lois choisies démocratiquement et pour les libertés civiques qui en découlent. Il est donc essentiel que les humanistes réagissent." (11.12.2006)

The Economist - Royaume-Uni

"Les Européens sont beaucoup moins enclins à dire qu'ils croient en Dieu que les Américains", remarque l'hebdomadaire. "Ils sont beaucoup moins nombreux à aller à l'Eglise le dimanche. Ils n'ont pas d'associations publiques, comme 'Focus on Family', ou de médias religieux qui les représentent ou leur servent d'inspiration. (...) C'est pourquoi le débat sur la valeurs morales collectives et individuelles est moins spécifiquement religieux en Europe qu'aux Etats-Unis, et moins influencé par les organisations religieuses et les électeurs croyants. Il y a pourtant plus de similitudes qu'on ne le croit. (...) Les Européens ne s'engagent pas dans des polémiques aussi violentes que la guerre des cultures aux Etats-Unis. Ils sont plutôt sensibles à des sujets comme le déclin du mariage, l'effondrement du modèle familial traditionnel, l'immigration et le déclin démographique. Pour eux, les questions de moralité publique tournent souvent autour de la définition d'une société décente et tolérante." (07.12.2006)

ABC - Espagne

L'écrivain espagnol Juan Manuel de Prada regrette que le gouvernement socialiste espagnol ait ignoré les 'orientations morales pour l'Espagne d'aujourd'hui', proposées le 23 novembre dernier dans un manifeste de la conférence épiscopale espagnole. "La société se décompose et entre en crise quand l'Etat cesse de respecter et de protéger les valeurs culturelles qui inspirent les normes d'une société (et le christianisme est à la source de la conscience normative des sociétés occidentales) ; quand l'Etat refuse le dialogue avec elles, ignorant leur contribution précieuse au bien commun ; quand l'Etat renonce à la volonté d'unir les pensées religieuses et agnostiques, et frappe d'ostracisme la religion, la qualifiant de fondamentalisme. (...) Les individus isolés, amputés de ces valeurs qui fondent la conscience collective, deviennent infiniment fragiles et manipulables." (11.12.2006)

RÉFLEXIONS

Gazeta Wyborcza - Pologne

Youri Androuchovitch cherche les frontières de l'Europe

Le journal publie le discours prononcé par l'écrivain ukrainien Youri Androuchovitch lors d'une conférence sur les frontières de l'Europe, qui s'est tenue fin novembre à Kiev. "L'Europe est une entité à part, y compris sur le plan géographique. Il est bien difficile de dire où se trouvent ses frontières occidentales, et plus encore où sont ses frontières orientales. Les définitions contradictoires se sont multipliées récemment (...). Pour l'amour du ciel, où sont donc les frontières orientales de l'Europe ? (...) Pour répondre à cette question, on pourrait dire qu'appartiennent à l'Europe toutes les régions dont les habitants pensent y appartenir. Ou, en allant encore plus loin, toutes les régions dont les habitants se sentent Européens. L'Europe est donc un concept purement subjectif. Un Chinois de Chine ou de Singapour ne se sentira jamais européen, de même qu'un Arabe, un Indien, un Mongol ou un Iranien. En revanche, un habitant de l'Azerbaïdjan peut-être, et un Arménien sûrement". (09.12.2006)

Die Welt - Allemagne

Zafer Senocak analyse la culture turque

L'écrivain germano-turc Zafer Senocak se penche sur l'histoire de la pensée ottomane et turque, et constate que ni les racines antiques de la culture occidentale, ni l'époque moderne ne l'ont véritablement influencée. On est passé directement du mysticisme islamique à l'époque postmoderne. "En tant que vecteur de rapprochement philosophique, l'époque postmoderne ne remplace pas l'époque moderne, elle dévoile simplement ses ruptures et ses contradictions, elle en est une répercussion : soit le soulagement, qui suit la souffrance et la tension, soit le souvenir de la souffrance, la mémoire même de la souffrance. Il est illusoire de croire que l'on peut surmonter, voire éluder, les questions posées par l'époque moderne en invoquant son arbitraire et sa confusion. La Turquie, telle qu'elle est aujourd'hui, nous apparaît comme une maison préfabriquée posée sur des fondations en cours". (11.12.2006)

Le Temps - Suisse

Michel Guénaire critique la démocratie d'opinion

"Nos démocraties offrent le spectacle d'une nouvelle relation entre opinion et pouvoir. La presse, les sondages, les commentaires de l'actualité au quotidien, favorisent une opinion convenue", constate l'écrivain et juriste français Michel Guénaire en observant la campagne pour l'élection présidentielle française de 2007. Selon lui, l'opinion "devient une obligation implicite de penser. (...) La démocratie d'opinion n'est pas une vraie démocratie. Elle conduit à une démocratie démagogique, qui mène à une démocratie populiste. L'opinion est contre la démocratie. Peut-être nos nouveaux candidats veulent-ils réconcilier par la démocratie d'opinion le peuple avec les institutions ? Ils se trompent, car le peuple veut des responsables qui définissent un projet au-delà de leurs sentiments. Ou peut-être ne savent-ils plus dire autre chose que ce que disent les sondages ? Ils doivent alors renoncer à exercer des responsabilités publiques." (11.12.2006)

POLITIQUE

Neue Zürcher Zeitung - Suisse

La perception de l'islam dans les pays scandinaves

Aldo Keel, journaliste spécialiste de la Scandinavie, compare les réactions du Danemark, de la Suède et de la Norvège à la question de l'islam. "Même si la politique d'asile de la Suède est généreuse, les Démocrates de Suède (parti xénophobe) n'ont obtenu que 2,9 % des voix lors des dernières élections et sont donc restés à la porte du Parlement, alors que le Parti du peuple danois, au Danemark, est le troisième groupe parlementaire, et que le Parti du progrès (populiste), en Norvège, triomphe avec 30 % des intentions de vote dans les sondages. Si, en Suède, il est inconvenant de dire du mal des étrangers en public, il en va tout autrement au Danemark. Les députés du Parti du peuple danois, grâce auquel le gouvernement bénéficie d'une majorité parlementaire, qualifient l'islam 'd'organisation terroriste', de 'peste' et de 'tumeur cancéreuse', et les musulmans du Danemark de 'troupes d'occupation'. L'affaire des caricatures a radicalisé le discours (...). Pour de nombreux Danois, les imams sont les premiers responsables de cette escalade." (11.12.2006)

Hospodářské noviny - République tchèque

L'importance stratégique de la Turquie

Alexandr Vondra, ministre tchèque des Affaires étrangères, souhaite voir l'UE se décider "enfin à mener des négociations correctes" avec la Turquie. "Que cela nous plaise ou non, l'immigration a fait de l'islam l'une des composantes durables du monde occidental. Un partenariat étroit avec la Turquie peut être bénéfique à l'Europe de même qu'il peut être décisif pour l'opinion des 15 millions d'adeptes de l'islam en Europe. Ces derniers suivent de très près la lutte de la Turquie pour entrer dans l'UE (...). Par ailleurs, il serait malvenu de fermer la porte de l'UE à la Turquie, puisqu'elle se verrait ainsi forcée de chercher des partenaires ailleurs. Que ce soit la Russie, au Nord, ou les pays musulmans, à l'Est. Dans le premier cas, l'Europe deviendrait dépendante de fournisseurs énergétiques imprévisibles. Dans le second, le risque serait de voir la laïcité perdre du terrain en Turquie au profit du fondamentalisme et de l'extrémisme, aux portes mêmes de l'Europe". (11.12.2006)

Vasabladet - Finlande

L'adhésion à l'OTAN de la Finlande et de la Suède

Stig Nygard compare les débats suédois et finlandais sur l'adhésion à l'OTAN. Les deux pays se sont si bien adaptés à l'OTAN ces dernières années que l'adhésion ne serait pour eux qu'une formalité. La Suède a même pris part à des opérations de l'alliance. "Quand le sommet de l'OTAN de Riga [organisé fin novembre] traitait des questions aussi cruciales que le terrorisme, la prolifération des armes nucléaires ou l'effondrement de certains pays, le gouvernement suédois n'avait pas voix au chapitre (...). Le débat sur l'adhésion à l'OTAN se ressemble en Suède et en Finlande. Dans les deux pays, les dirigeants politiques attendent de connaître l'opinion de la population. Or, celle-ci se braquera contre l'adhésion si les interventions à l'étranger font des victimes. La stratégie des responsables politiques finlandais et suédois de pousser doucement leurs pays vers l'OTAN semble vouée à l'échec". (11.12.2006)

Svenska Dagbladet - Suède

La vie privée mal protégée en Suède

La protection de la vie privée laisse quelque peu à désirer en Suède. Telle est la conclusion d'une étude de Privacy International, une organisation britannique de défense des droits de l'Homme qui a comparé la situation de 37 pays. "Naturellement, plusieurs raisons justifient ce surcroît de surveillance. La lutte contre le terrorisme en est une", note Anders Linder, responsable des pages politiques du journal. "Toutefois, il est anormal que les citoyens soient surveillés sans débat public préalable (...). Le droit à la vie privée fait partie des droits de l'Homme, et une société qui ne le respecte pas court le risque d'en bafouer d'autres à l'avenir. De tous les pays concernés par l'étude, c'est l'Allemagne qui s'en sort le mieux. En raison, sans aucun doute, des expériences totalitaires qu'elle a vécu au siècle dernier. La Suède, elle, n'a jamais connu d'expériences similaires". (11.12.2006)

Cyprus Mail - Chypre

Le rôle des Nations unies sur l'île de Chypre

"Si les négociations d'adhésion entre la Turquie et l'UE venaient à échouer à cause de Chypre, la situation deviendrait dramatique dans la mesure où il n'y a aucune garantie que les Nations unies continuent longtemps à superviser et renforcer l'inviolabilité de la ligne verte", note le journaliste Makarios Drousiotis. "Le dernier rapport sur Chypre soumis au Conseil de sécurité par le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan est un signal d'alarme : 'l'implication active de la communauté internationale sur l'île de Chypre par l'intermédiaire des casques bleus de l'UNFICYP [Forces de l'Onu pour le maintien de la paix à Chypre] ne devrait pas être prise pour argent comptant'. Sérieusement, quelqu'un a-t-il imaginé ce qu'il adviendra si l'UNFICYP se retire de Chypre ? Et si les Turcs cherchaient à empiéter graduellement sur la zone tampon ? Est-ce que le statu quo continuera d'être un facteur de stabilité, comme le croient la majorité des Chypriotes, ou est-ce qu'il deviendra une source d'instabilité et d'insécurité ?" (10.12.2006)

CULTURE

Der Standard - Autriche

Une tour Gazprom à Saint Pétersbourg

Les journalistes Eduard Steiner et Wojciech Czaja s'opposent à la construction d'une tour de près de 300 mètres à Saint-Pétersbourg, censée servir d'emblème à une nouvelle cité Gazprom sur la rive droite de la Neva. "L'Est part à la conquête de l'Ouest. Les projets immobiliers de Bucarest, Sofia, Varsovie, Kiev et surtout Moscou, fleurissent un peu partout. L'architecture est la figure de proue des anciens pays communistes. Quel besoin de parler éthique ou esthétique ? Ce qui compte, c'est la taille". Pour Saint-Pétersbourg, c'est le bureau britannique RMJM qui a décroché le contrat, avec un projet de gratte-ciel. "La tour comptera 77 étages pour aller chatouiller les nuages. Aux dires des architectes, son plan pentagonal et élégamment torsadé est inspiré du cours de la Neva, de ses jeux de lumières, de ses tourbillons et de ses reflets (...). 'Naturellement, les discussions et les oppositions sont nombreuses', expliquent les architectes, qui s'empressent de se comparer à Eiffel : 'Regardez Paris ! Avec ses 324 mètres de haut, la Tour Eiffel embellit la ville'. La frontière entre la culture et le capitalisme effréné semble décidément bien floue". (10.12.2006)

Süddeutsche Zeitung - Allemagne

Siiri Sisask, parlementaire et chanteuse

Volker Breidecker a découvert la chanteuse et parlementaire estonienne Siiri Sisask lors du festival culturel Culturescapes de Bâle, qui se consacre pendant trois semaines à l'Estonie. "Lorsque Siiri Sisask, la First Lady du rock et du folk-jazz estonien, décrit un arbre au petit matin, il ne lui faut pas plus de vingt mots : l'arbre du matin se dit 'hommikupuu' en estonien, et dans cette langue amoureuse des voyelles et des déclinaisons, 'hommikupuutarkus' signifie la 'sagesse de l'arbre du matin'. Accompagnée par les notes aériennes de la flûte traversière de Carsten Netz, sa voix semble chercher à tâtons la sortie du silence et de l'obscurité, syllabe après syllabe, dans un chant qui enfle doucement, s'approchant de la transe, comme empli par la magie de l'objet chanté. La silhouette est menue, mais la chanteuse dispose d'une voix puissante, d'un timbre très riche et d'une vaste palette pour exprimer ses sentiments. Elle dit pourtant d'elle-même : 'Je ne connais pas les sentiments. Juste les couleurs'". (11.12.2006)

The Observer - Royaume-Uni

L'art radical s'invite au centre de Londres

Le quotidien du dimanche s'intéresse à une boutique dans la rue centrale d'Oxford Street à Londres, qui été investie par des artistes. "Le 'Santa's Ghetto' [le ghetto du Père Noël] est une idée de Banksy, le graffeur dont tout le monde parle mais que personne ne voit, dont le travail orne également la plus classique galerie 'Serpentine' qui fait partie de la collection 'Murderme' de Damien Hirst. A la fois galerie d'art, imprimerie et 'happening' désuet, le 'Santa's ghetto' tourne dans la capitale depuis cinq ans, mais c'est sa première incursion dans l'Ouest de la ville. Elle est organisée par un collectif appelé 'Pictures On Walls' (...) C'est un art délibérément urbain au ton agressif et aux formes brutes. (...) Les organisateurs recherchent actuellement les activistes qui ont repeint dimanche dernier les vitrines du magasin par des graffitis antimondialisation. Histoire de faire figurer leur travail sur le site Internet." (10.12.2006)

Le Jeudi - Luxembourg

Le festival des arts Europalia s'ouvre à l'Europe élargie

"C'est une première, le festival 'europalia.europa' recevra dès l'automne prochain, les expressions culturelles issues de la vaste communauté qui forme l'Europe d'aujourd'hui", note Roland Doudelet alors que le festival pluridisciplinaire créé en Belgique en 1969 accueillera du 3 octobre 2007 au 3 février 2008 les vingt-sept pays de l'Union. "'Europalia.europa' s'articulera à nouveau autour d'expositions prestigieuses, de films, de sélections et de parcours d'artistes, de spectacles, de concerts, de conférences, d'événements littéraires dotés d'une dimension européenne. (...) Existe-t-il une culture européenne ? Comment s'est-elle développée ? Où se situent ses racines communes ? Quels artistes comptons-nous dans le patrimoine culturel commun de l'Europe et pourquoi ? (...) Chaque Etat membre y donnera la parole à l'un de ses artistes les plus célèbres pour répondre à la question de savoir qui personnifient et quelles sont les grandes sources d'inspiration de l'histoire de l'art européen." (11.12.2006)

CHOUX DE BRUXELLES

Diário de Notícias - Portugal

Le multilinguisme, un casse-tête pour l'UE

L'eurodéputée portugaise Edite Estrela salue dans les colonnes du quotidien l'entrée du débat sur le multilinguisme au sein de l'agenda européen. "A partir de janvier 2007, il y aura un commissaire européen pour le multilinguisme. Aujourd'hui, l'arc-en-ciel linguistique de l'Union se compose de vingt langues officielles (...). Cette diversité constitue une valeur centrale de la construction européenne, malgré les difficultés insolubles qui en découlent. (...) Devant un tel labyrinthe linguistique, de nombreuses voix se font entendre en faveur d'une langue neutre, l'esperanto, ou de l'anglais. Si l'on peut être bilingue, il est néanmoins difficile d'être orphelin de langue maternelle. La politique linguistique est un thème délicat, qui touche deux domaines sensibles : l'identité et les émotions. Cela signifie qu'il est plus facile de trouver un accord sur la monnaie unique que sur les choix linguistiques." (10.12.2006)

 

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