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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 14.12.2006

 

À LA UNE

L'Europe peut-elle encore s'élargir ?

Les 25 pays membres de l'UE se retrouvent ce jeudi 14 décembre pour un sommet européen qui portera notamment sur l'avenir de l'élargissement. L'Europe se demande si elle n'a pas déjà atteint les limites de ses capacités d'absorption, comme semblent le montrer les nombreuses critiques contre l'adhésion de la Bulgarie et de la Roumanie le 1er janvier 2007.

Extraits des publications suivantes:
Respekt - République tchèque, L'Express - France, Magyar Hírlap - Hongrie, The Economist - Royaume-Uni

Respekt - République tchèque

Le chroniqueur Jiri Sobota constate la perplexité des responsables politiques européens face à l'avenir de l'UE. "En Europe s'affrontent les partisans d'un approfondissement de l'intégration et ceux d'un élargissement sans limites. Or, si ce dernier cas devait s'appliquer, l'Europe risquerait de devenir incontrôlable et il serait alors nécessaire de rendre aux nations une partie des pouvoirs transférés à l'UE. La plupart des processus décisionnels réclamant l'unanimité, la situation deviendrait ingérable. Lors de la dernière vague d'élargissement, les partisans des deux bords ont été satisfaits. Il faut dire que l'arrivée de nouveaux pays s'est toujours accompagnée d'une intensification de la coopération européenne - avec les traités de Maastricht ou de Schengen, par exemple. Mais, depuis 2004, rien n'a bougé, la Constitution européenne étant au point mort. Son absence bloque toute extension future de l'Union." (14.12.2006)

L'Express - France

"L'entrée dans l'UE de la Roumanie et de la Bulgarie pose plus de questions qu'elle n'apporte de motifs de réjouissance", estime Jean-Michel Demetz. "Confirmée le 26 septembre par la Commission, à la suite d'un rapport peu enthousiaste, cette extension du club européen se fait presque en catimini. Les Parlements des 25 ont ratifié, l'un après l'autre, cette double arrivée dans une discrétion remarquable. Comme si les chefs d'Etat et de gouvernements de l'UE en avaient un peu honte. (...) Car les dossiers bulgare et roumain ne sont pas bons. Ces pays ne remplissent pas les critères exigés. Corruption, lutte contre le crime organisé, fonctionnement du système judiciaire, sécurité alimentaire, contrôle des frontières : sur tous ces dossiers, les experts dépêchés par Bruxelles ont jugé 'limités' les progrès réalisés par rapport aux objectifs fixés. En clair, insuffisants. Les fonctions publiques ne sont pas au niveau d'un Etat de l'Union." (14.12.2006)

Magyar Hírlap - Hongrie

Pour Iván Bába, rédacteur en chef du site du think tank Budapest Analyses, l'UE a rendu un mauvais service au processus d'élargissement en précipitant l'adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie. "L'Union européenne repose avant tout sur le respect de normes juridiques. Or, en Europe de l'Est, Hongrie comprise, celles-ci sont toujours considérées comme des obstacles qu'il convient de contourner : on s'intègre dans le système commun, mais progressivement. Certains politiques d'Europe de l'Ouest plaident en faveur d'une suspension de l'élargissement vers l'Est et d'une intégration européenne à plusieurs vitesses, ce qui reviendrait à entériner le retard des nouveaux Etats membres. L'adhésion prématurée de la Roumanie et de la Bulgarie renforce la position de ces politiques, affaiblit la cohésion et complique la coopération européenne. D'après les derniers rapports de l'UE sur les progrès des nouveaux entrants, la Roumanie et la Bulgarie ne sont pas des Etats de droit forts. Pour l'instant, leur adhésion n'indique en rien que la culture politique de l'Europe s'élargira davantage vers l'Est." (14.12.2006)

The Economist - Royaume-Uni

"Pour nombre d'eurocrates, l'année 2006 a été celle de tous les dangers en Europe de l'Est : des émeutes ont éclaté à Budapest, d'effrayants populistes se sont joints aux gouvernements polonais et slovaque, et aucun gouvernement n'a pu être formé en République tchèque", relève l'hebdomadaire. "On peut penser que ces évènements prouvent l'inverse de ce que prétendent les catastrophistes : même en cette mauvaise année, les difficultés rencontrées par les nouveaux Etats membres n'ont pas beaucoup perturbé l'Union. Mais les plus critiques jugent que l'élargissement reste problématique (ou l'est tout particulièrement) une fois que les candidats sont devenus membres. (...) L'UE a largement bénéficié de son expansion grâce à l'ouverture des marchés et à la constitution de multinationales paneuropéennes plus efficaces (entre autres). Et elle souffrirait d'un échec de l'élargissement. Celui-ci pourrait avoir d'horribles conséquences en matière de politique étrangère en Méditerranée orientale ou dans les Balkans." (13.12.2006)

RÉFLEXIONS

die tageszeitung - Allemagne

Ivaylo Ditchev et le nationalisme bulgare

Le Bulgare Ivaylo Ditchev, professeur d'anthropologie à Sofia, évoque la montée du nationalisme dans son pays qui s'ajoute à l'euroscepticisme ambiant en Europe de l'Est. "Nous avons actuellement un nationalisme de droite, dirigé contre la Russie, supposée toujours communiste, et nous avons un nationalisme de gauche, pour qui l'ennemi est américain. A côté de cela, il existe une variante xénophobe, fondée sur le racisme anti-Roms, et une scène culturelle qui divague sur l'histoire du pays, relatant les récits glorieux des Thraces ou des Khans protobulgares. Toutes ces mouvances se rattachent à un même 'mode de vie nationaliste' - et ce à la veille de l'entrée de la Bulgarie dans l'UE (...). Le mode de vie nationaliste ne relève pas de la morale, mais de l'esthétisme. Il se fonde notamment sur l'appropriation indifférenciée de symboles et d'emblèmes. Pour paraphraser Erich Fromm : on ne vit pas le nationalisme, on le possède. Sa popularité est surtout alimentée par l'insinuation rusée d'idées nationalistes dans une culture de consommation mondiale". (13.12.2006)

La Libre Belgique - Belgique

Alain Mabanckou et le ghetto littéraire français

L'écrivain congolais Alain Mabanckou, qui a reçu le 6 novembre dernier le prix Renaudot pour son livre 'Mémoires de porc-épic', refuse que son travail soit classé dans la catégorie de la littérature francophone africaine. Il explique pourquoi dans une interview réalisée par Guy Duplat. "La seule fraternité que je connaisse est celle de la littérature. Il est absurde de parler de 'littérature africaine' alors que chaque pays africain, chaque région, a ses spécificités. Parle-t-on d'une littérature européenne ? Moi, je préfère parler 'des' littératures africaines. Mais je suis heureux, il est vrai, d'avoir reçu un prix dont l'intitulé est 'le Renaudot de la littérature française'. Mon prix permet d'élargir le concept et de sortir la littérature française d'un ghetto. Je suis pour l'ouverture. (...) En France, on garde l'idée de cantonner l'écrivain africain dans une case à part, avec des collections à part. Il y a un problème français." (14.12.2006)

Le Nouvel Observateur - France

André Gorz défend la non-économie

Interrogé par Gilles Anquetil et François Armanet, le philosophe français André Gorz explique pour quelle raison l'écologie politique ne peut être qu'anticapitaliste. "La décroissance, dans 'nos' économies, a un nom : la dépression. Vous ne pouvez pas vouloir la réduction des flux de marchandises matérielles sans vouloir une économie radicalement différente de celle-ci, une économie dans laquelle le but premier n'est pas de 'faire de l'argent' et dans laquelle la richesse ne s'exprime ni ne se mesure en termes monétaires. (...) A la base de toute société, de toute économie il y a une non-économie, faite de richesses intrinsèques qui ne sont échangeables contre rien d'autre, de dons sans contrepartie, de gratuité, de mises en commun. L'informatisation, l'automatisation, l'élimination du travail matériel par l'immatériel annoncent un avenir qui pourrait être celui de la non-économie." (14.12.2006)

POLITIQUE

Le Soir - Belgique

La télévision belge annonce l'indépendance de la Flandre

La télévision belge RTBF a fait souffler un vent de panique mercredi 13 décembre en interrompant ses programmes pour annoncer que la Flandre venait de proclamer son indépendance. Elle a ensuite proposé une émission spéciale sur ce sujet, n'expliquant que quelques minutes plus tard qu'il s'agissait d'une fiction destinée à nourrir le débat sur la partition du pays. Pierre Bouillon critique durement ce programme qui a effrayé de nombreux téléspectateurs. "Ce n'est pas dans les statuts de la presse de susciter des émotions à partir d'un scénario, fut-il 'réaliste'. On entend : l'émission aurait fait 'ouvrir les yeux', aidé le Belge à saisir la réalité de notre débat institutionnel et de ses conséquences éventuelles. Au fond : une fiction pour faire comprendre que le séparatisme n'est pas ... une 'fiction'. C'est un constat d'échec. Informer ne suffirait donc plus à informer ? Le débat ne serait donc possible qu'au prix d'un électrochoc créé artificiellement ?" (14.12.2006)

Eesti Päevaleht - Estonie

Le drapeau estonien brûlé en Russie

L'Estonie souhaite interdire les symboles de ses époques d'occupation, dont les emblèmes nazis et les attributs de l'Union soviétique comme le marteau et la faucille. L'organisation 'Jeune Russie', proche du Kremlin, a aussitôt réagi en brûlant des drapeaux estoniens. Eerik-Niiles Kross fait un parallèle avec les réactions du monde musulman à la publication des caricatures de Mahomet. "Apparemment, le marteau et la faucille sont aussi sacrés en Russie que l'est Mahomet au Maroc (...). Le problème n'est pas que l'on brûle des drapeaux - l'Estonie rejoint simplement les pays dont les emblèmes nationaux sont jugés dignes d'être incendiés - mais plutôt que les coupables utilisent la piété comme prétexte". (14.12.2006)

ÉCONOMIE

The Daily Telegraph - Royaume-Uni

Les Européens restent divisés sur la politique monétaire

Le quotidien britannique analyse les divergences au sein de la zone euro. "La menace à la cohésion de la zone euro s'illustre parfaitement en comparant la France et l'Allemagne. Cette dernière, qui a établi un avantage compétitif sur le bloc du Sud d'environ 30 % sur la dernière décennie, fait face à une inflation croissante et souhaite une politique monétaire stricte. La France, au contraire, dévastée par la force de l'euro face au yen, au dollar et au yuan, souhaiterait une pause dans la hausse des taux d'intérêt. Alors que les politiques français se sont déjà montrés opposés à la politique actuelle, son abandon minerait le soutien pour l'UE en Allemagne. Les deux 'moteurs' de l'UE partent dans des directions opposées. Ce qui était vu autrefois comme un formidable pas en avant vers une 'union toujours plus étroite', comme le recommandait le Traité de Rome, se transforme en une insupportable camisole." (13.12.2006)

Diario Sur - Espagne

L'Italie est accusée de patriotisme économique

Les sociétés italienne et espagnole de gestion d'autoroutes Autostrade et Abertis ont mis fin mercredi 13 décembre à leur projet de fusion qui devait donner naissance au numéro un mondial dans ce secteur. "Les autorités italiennes ont conduit le projet de fusion entre Abertis et Autostrade à sa perte", écrit le quotidien. "Leur refus d'accepter le résultat de négociations libres entre deux entreprises, dont les origines et le cadre d'action se trouvent dans l'UE, souligne l'inquiétante tendance des gouvernements nationaux, des organismes régionaux ou des partis politiques à remettre en cause la libéralisation des marchés, voire l'importance que peut avoir pour l'Europe la formation d'entreprises fortes au coeur même de l'Union. (...) Et il est clair qu'aucune famille politique ne se tient à l'écart de cette tendance". (14.12.2006)

Hufvudstadsbladet - Finlande

L'expansion mondiale du russe Lukoil

Le groupe pétrolier russe Lukoil reprend un réseau européen de stations-service appartenant à l'américain ConocoPhillips, notamment la chaîne Jet. Le marché du carburant est en pleine mutation en Finlande, remarque Björn Sundell - mais également dans d'autres pays. Quel est l'objectif du groupe russe ? "Les ambitions de Lukoil sont difficiles à cerner, car la transparence n'est pas ce qui caractérise le mieux l'entreprise. En peu de temps, Lukoil a monté des réseaux de distribution dans des pays extrêmement différents et repris plus de 2 000 stations-service aux Etats-Unis. Lukoil affirme également sa présence en Turquie, en Europe de l'Est - de la Roumanie à l'Ukraine, et le groupe est numéro trois en Finlande. Etant donné que Lukoil dispose de ses propres gisements, le financement de son expansion internationale n'est pas un problème. Et tout l'intéresse : des stations-service chinoises aux raffineries européennes". (14.12.2006)

CULTURE

Népszabadság - Hongrie

L'embellissement de l'histoire hongroise

Gabor Koltay a réalisé un documentaire sur le régent ultraconservateur Miklós Horthy, qui régna sur la Hongrie de 1920 à 1944. De son côté, György Moldova a rédigé une monographie de János Kádár [1912-1989], ancien chef de file du parti communiste hongrois. Pour la critique Judit Kósa, "l'un comme l'autre simplifient à l'extrême des périodes importantes du XXe siècle et des régimes politiques complexes comme s'ils s'adressaient à des enfants de classe maternelle. Kádár et Horthy sont isolés des événements historiques. En deux volumes épais, Kádár est décrit comme un dirigeant juste, un petit-bourgeois puritain victime de l'Histoire. Le film sur Horthy, quant à lui, souffre de longueurs et dépeint l'homme comme le sauveur de la nation hongroise, un père de famille noble d'esprit, dernier recours des Juifs hongrois menacés d'Holocauste. Ces deux images sont effarantes et désespérément mensongères". (14.12.2006)

El País - Espagne

Nick Hornby, écrivain du ballon rond

L'auteur britannique Nick Hornby a connu un grand succès en 1992 avec son livre 'Carton jaune' qui raconte l'histoire d'un supporter de football. Il explique dans une interview réalisée par Lourdes Gómez comment cette discipline s'est transformée en un thème littéraire prisé en Angleterre. "Le véritable changement s'est vraiment produit dans les années soixante, quand la société anglaise est devenue plus égalitaire. Cela a permis l'éclosion d'une génération d'intellectuels, de chroniqueurs et de journalistes passionnés par ce jeu. Ils avaient joué au football à l'école publique, au lieu de pratiquer le rugby ou le criquet qui sont les sports de l'élite. Mais ils ne pouvaient pas exprimer leur passion car ils n'écrivaient pas sur le sport. Le livre ('Carton jaune') leur a offert la possibilité de le faire. Il est alors devenu possible de parler de football en dehors des espaces sportifs." (14.12.2006)

MÉDIAS

Neue Zürcher Zeitung - Suisse

L'agence Magnum en ligne

Daniele Muscionico s'intéresse à la façon dont les photographes de la célèbre agence Magnum abordent le XXIe siècle. "L'agence, autogérée par 60 des photographes et des reporters les plus renommés de la planète, abandonne son image d'exclusivité et sa théorie de l'image unique. Elle souhaite désormais jouer un rôle dans la transmission de la photographie et met donc ses archives à la disposition du public. Ensuite, ses membres ne sont plus seulement les auteurs de leur production photographique sur le site Web de l'agence, mais également les metteurs en scène, les monteurs, les commentateurs (la voix d'Elliot Erwitt est un régal). L'initiative est baptisée 'Magnum In Motion' et l'on peut d'ores et déjà accéder à une trentaine de reportages édités et commentés par les auteurs". (14.12.2006)

 

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