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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 20.12.2006

 

À LA UNE

L'Europe face au nouveau défi libyen

La condamnation à mort, mardi 19 décembre, de cinq infirmières bulgares et d'un médecin palestinien accusés par la justice libyenne d'avoir volontairement inoculé le virus du sida à 426 enfants, provoque de vives réactions dans les capitales européennes. Quelle stratégie l'UE doit-elle adopter avec Tripoli ?

Extraits des publications suivantes:
Der Standard - Autriche, ABC - Espagne, Le Soir - Belgique, Népszabadság - Hongrie, The Guardian - Royaume-Uni

Der Standard - Autriche

Markus Bernath est persuadé que les condamnations à mort de cinq infirmières bulgares et d'un médecin palestinien ont un objectif pour Mouammar Kadhafi. "Peut-être veut-il plus d'argent, peut-être ne s'est-il pas senti assez bien traité par l'UE ces derniers temps, peut-être veut-il se faire une place sur le devant de la scène, pour mieux gracier ensuite les Bulgares. Peu de gens croient que les infirmières et le médecin seront effectivement fusillés (...). L'UE a tenté de rattraper les erreurs des précédents gouvernements bulgares, qui avaient laissé courir l'affaire par négligence autant que par incompétence politique (...). Les infirmières, qui étaient parties gagner un salaire de 250 dollars pour faire vivre leur famille en Bulgarie, sont cependant les otages du gouvernement libyen et de son irritation". (20.12.2006)

ABC - Espagne

Ramón Pérez-Maura, directeur adjoint de la rédaction du quotidien, estime que "l'UE doit relever un grand défi. La Bulgarie sera un acteur supplémentaire de l'Union dans douze jours. Ses trois derniers gouvernements, successivement dirigés par le conservateur Ivan Kostov, Siméon II de Bulgarie et le socialiste Sergueï Stanichev, ont cherché à conclure un accord acceptable avec le régime de Kadhafi. (...) La durée de la procédure s'est anormalement allongée. Et c'est précisément maintenant, au moment où la Bulgarie devient membre de plein droit de l'UE, que Kadhafi décide de livrer un nouveau bras de fer. (...) Il veut redevenir un ténor dans les grands pays musulmans et il sait que le moyen le plus rapide pour cela est de se faire acclamer par les terroristes qui tuent chaque jour à Bagdad, en devenant le justicier qui met l'Occident à genoux à cause de la mort de 400 enfants libyens. (...) Et la Bulgarie, qui est militairement présente en Irak depuis le début de la guerre [en mars 2003], doit maintenant en payer le prix." (20.12.2006)

Le Soir - Belgique

"Staline n'a pas eu le temps de fusiller ses suppliciés - des médecins juifs. Kadhafi aurait sans doute le temps d'exécuter les infirmières bulgares, mais on peut risquer le pronostic : il n'osera pas le faire. D'abord parce que les accusés ne sont pas coupables et que tout le monde en est parfaitement conscient', avance le chroniqueur Pol Mathil. 'Certes, toutes les preuves de l'innocence des accusés n'ont pas empêché la justice libyenne de prononcer, à deux reprises, un verdict aussi scandaleux qu'aberrant. (...) Mais, dans cette affaire comme dans les autres dans lesquelles 'le guide de la révolution' et auteur du 'livre vert' - bible des Libyens - a été impliqué, on peut compter sur son intérêt, celui d'un paria désireux d'obtenir une place dans la communauté internationale. Le 'nouveau Kadhafi' ne peut donc plus se permettre de lancer un tel défi au monde civilisé." (20.12.2006)

Népszabadság - Hongrie

Le correspondant du journal à Bruxelles, László Szőcs, commente les condamnations à mort prononcées par la justice libyenne. "L'UE est opposée à la peine de mort, quelles que soient les circonstances. Cette phrase tirée d'une déclaration de la présidence finlandaise de l'Union a été largement reprise dans les médias. C'est une grave erreur, car l'indignation suscitée par ce jugement se trouve ainsi réduite à un questionnement philosophique des Etats démocratiques et des membres de l'OTAN pour savoir si un Etat a le droit ou non de tuer un citoyen (...). Soit les Etats membres de l'UE - Bulgarie comprise - rejettent les tentatives de pression de Kadhafi, auquel cas les condamnés à mort n'auraient aucune chance d'être sauvés, soit ils entrent dans le jeu du colonel. Kadhafi veut voir l'Occident le supplier (...). Si l'UE accepte ce jeu du chat et de la souris (dans lequel elle ne serait malheureusement pas le chat), l'Italie et Malte doivent se servir de leurs relations privilégiées avec la Libye pour conduire des négociations avec Tripoli." (20.12.2006)

The Guardian - Royaume-Uni

Le quotidien analyse l'évolution des relations entre la Libye et l'Occident. "En 2003, elle a renoncé au programme d'armes de destruction massive qu'elle avait maintenu. Depuis que les dirigeants occidentaux, notamment Tony Blair et Jacques Chirac, se sont frayés un chemin jusqu'à l'entrée de la tente du colonel Kadhafi. Les Etats-Unis sont reconnaissants envers la Libye en raison de son aide dans la 'guerre contre la terreur'. Celle qui était autrefois une paria a été accueillie à Bruxelles par l'UE qui cherche à renforcer sa coopération en matière de contrôle d'immigration. Son fils réformateur, héritier patenté, a étudié à Londres. Les compagnies pétrolières et gazières investissent de nouveau fortement en Libye. La position de la Bulgarie a été renforcée par le fait qu'elle est sur le point de rejoindre l'UE et qu'elle s'attend à une certaine solidarité de la part des autres pays membres dans cette sordide affaire. La condamnation de ce procès est un signal adressé au gouvernement libyen pour qu'il renonce à ces peines de mort et qu'il accepte de discuter des offres d'aides financières pour les familles. Il peut ainsi prouver que la nouvelle Libye respecte complètement l'autorité de la loi." (20.12.2006)

RÉFLEXIONS

die tageszeitung - Allemagne

Robert Misik et le goût des antagonismes

"A force d'évoquer le choc des civilisations, on finit par le provoquer", estime Robert Misik. Le journaliste autrichien constate une inclination récente pour "le vocabulaire de la confrontation". "Même si les questions conflictuelles ont plus à voir avec le pouvoir, la justice ou l'économie qu'avec la culture, elles sont tout de même traduites dans les champs lexicaux de la culture, de la religion et de l'identité. Pour beaucoup - trop - de musulmans, tout ce qui va de travers dans le monde, en particulier dans le monde musulman, est à mettre sur le compte d'une conspiration occidentale qui opprime l'islam, heurte délibérément leurs sentiments religieux, anéantit les traditions musulmanes par des artifices diaboliques et pille les ressources naturelles de leurs pays. A l'inverse, le nouveau militant libéral occidental évoque un combat quotidien contre le totalitarisme islamique. Dès qu'ils aperçoivent trois hommes barbus réunis, ils flairent une menace pour la liberté, l'Occident et l'émancipation de la femme". (20.12.2006)

La Repubblica - Italie

Umberto Eco s'interroge sur la sagesse populaire

L'écrivain et essayiste italien Umberto Eco commente un essai anonyme et non daté intitulé 'La République Heureuse', qui décrit une république utopique dans laquelle les lois sont issues des proverbes et maximes populaires. Dans ce système, "le principe fondamental sur lequel s'appuie le législateur est que non seulement les proverbes traduisent la sagesse populaire mais que la voix du peuple est aussi la voix de Dieu. Donc un Etat parfait doit être constitué sur la base de cette sagesse unique, toutes les autres idéologies et projets moraux, sociaux, politiques, religieux ayant failli (...). Au final, il est évident que cette 'République Heureuse' rend malheureux ses habitants, qui tous s'enfuient. Faisant preuve de sagesse, l'auteur inconnu de cet essai reconnaît qu'il ne faut pas accorder une confiance excessive aux proverbes". (20.12.2006)

POLITIQUE

El País - Espagne

La Roumanie peine à se débarrasser de ses vieux fantômes

Le président roumain Traian Basescu a présenté lundi 18 décembre le rapport d'une commission d'historiens qui reconnaît pour la première fois officiellement les crimes du communisme. Pour Marcel Gastón, correspondant du quotidien à Bucarest, cet événement largement médiatisé ressemble plus "à une opération de communication deux semaines avant l'entrée du pays dans l'UE qu'au début d'une chasse aux sorcières (...), et ne peut être interprété comme le point de départ d'un débat honnête et courageux sur la réconciliation et les fautes, débat que la Roumanie n'est pas prête à mener. Il semble peu probable que soient réalisées les mesures concrètes proposées par la commission, telles que l'ouverture des archives ou les efforts pour rechercher la vérité historique. Elles devraient pour cela être approuvées par des politiques qui souhaitent, pour diverses raisons, que les choses restent comme elles sont. Et c'est donc dans la presse que le débat risque de se poursuivre, par des coups bas politiques et des révélations partisanes sur le passé de certains". (20.12.2006)

Newsweek Polska - Pologne

La Russie, futur test de la présidence allemande de l'UE

Pour Jaroslaw Gizinski, la Russie servira de test pour la présidence allemande de l'UE. Moscou préfère les grandes puissances européennes et tente d'imposer ses conditions aux petites. Or, l'UE ne doit pas se laisser diviser, selon le journaliste. "Moscou exige régulièrement un retour aux accords bilatéraux et suggère une mise à l'écart des nouveaux membres de l'Union ou un traitement spécial des anciens membres. L'objectif de Moscou est de trouver qui est prêt à sortir du rang pour ensuite négocier avec le plus fort et dicter ses volontés aux autres. Aujourd'hui, beaucoup porte à croire que l'année 2007 verra une mise à l'épreuve de la cohésion européenne. Celle-ci ne concernera pas seulement l'Union dans son ensemble, mais aussi l'Allemagne, en tant que présidente de l'UE et - comme Poutine aime à le dire - en tant que partenaire 'stratégique' de la Russie en Occident." (18.12.2006)

Le Monde - France

A quand un nouveau statut pour le Kosovo ?

"L'agenda - défini il y a quelques mois pour doter le Kosovo d'un nouveau statut et tenter d'apaiser la région, actuellement la plus instable de l'ancien espace yougoslave - glisse sensiblement dans une relative indifférence", remarque Christophe Châtelot dans une longue analyse. "Belgrade ne contrôle plus rien de ce qui se passe sur ce territoire à peine plus grand que la Corse. Ce qui n'empêche pas la nouvelle Constitution serbe de proclamer le Kosovo 'partie inaliénable de la Serbie'. (...) L'administrateur de l'ONU au Kosovo, l'Allemand Joachim Rücker, assure aux Albanais qu'ils disposeront 'très rapidement d'un nouveau statut'. Joachim Rücker a fait cette précision car de plus en plus d'Albanais en doutent. L'agenda prend du retard. (...) A court terme, la question du Kosovo risque l'enlisement. Sauf si les Etats-Unis et l'Europe n'opposent un front commun, inexistant à ce jour, pour imposer une solution ou proposer des mesures incitatives à la Serbie (adhésion à l'UE ?) pour l'amener à négocier réellement." (20.12.2006)

Delo - Slovénie

La coûteuse modernisation de l'armée slovène

Le ministère slovène de la Défense a conclu mardi 19 décembre un accord de 280 millions d'euros avec la société d'armement finlandaise Patria pour l'achat de 135 véhicules blindés. Primoz Cirman se demande quel autre usage le gouvernement aurait pu faire de cet argent . "Il aurait pu payer le programme d'insertion des chômeurs slovènes pendant quatre ans, financer les organisations humanitaires du pays pendant 15 ans, construire des crèches, des hôpitaux (...). Les véhicules serviront aux interventions de l'OTAN à l'étranger. Les mauvaises langues pourraient rappeler à nos politiques qu'ils ont affirmé, avant le référendum sur l'entrée dans l'OTAN, que l'adhésion n'apporterait pas seulement une sécurité collective, mais soulagerait également la Slovénie sur le plan financier". (20.12.2006)

Hospodářské noviny - République tchèque

Le traitement des Roms en République tchèque

L'opinion tchèque se demande si Jiří Čunek, maire de la petite ville de Vsetín (à l'Est du pays), s'est rendu coupable de racisme en déplaçant une famille Rom incapable de payer son loyer dans un préfabriqué situé à la périphérie de la ville. Entre-temps, Jiří Čunek est devenu le chef de file des chrétiens-démocrates et brigue un fauteuil dans le prochain gouvernement. L'auteur Petr Prihoda préfère éviter tout moralisme. "Le 'politiquement correct' s'est immiscé chez nous comme un impératif moral. A quoi cela sert-il de soigner son discours sur les Roms si c'est pour les exclure de la société ? Le 'politiquement correct' n'est qu'une façon de masquer notre embarras." (20.12.2006)

ÉCONOMIE

Postimees - Estonie

Une crise gazière oppose la Russie et la Biélorussie

Un an après la crise gazière avec l'Ukraine, la Russie veut aujourd'hui quadrupler le prix du gaz qu'elle vend à la Biélorussie. Selon le journal estonien, cela risque de poser un problème au dictateur Alexandre Loukachenko, qui a menacé de couper les ponts avec la Russie, et à l'Europe qui pourrait aussi être touchée. "Loukachenko n'est plus le protégé de Moscou. Les tentatives de Gazprom pour prendre le contrôle du réseau gazier biélorusse n'y sont certainement pas pour rien. Loukachenko s'oppose également au projet d'union de son pays avec la Russie. Par ailleurs, Moscou souhaite prendre ses distances vis-à-vis d'un dictateur que l'Occident réprouve chaque jour un peu plus. Seuls 20 % du gaz européen transitent par les gazoducs biélorusses, mais un arrêt de l'approvisionnement toucherait la Pologne, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas. Cela montre une nouvelle fois la nécessité d'adopter une politique énergétique commune en Europe." (20.12.2006)

CULTURE

Frankfurter Rundschau - Allemagne

L'opéra 'Idoménée' fait un flop à Berlin

Après la reprise à Berlin de l'opéra 'Idoménée' de Mozart, Axel Brüggemann estime que le véritable scandale ne réside pas dans la décision du Deutsche Oper de déprogrammer cette oeuvre (en septembre 2006), mais dans le piètre résultat artistique de l'ensemble. "C'est un scandale, car la distribution des rôles est tout simplement ratée : les chanteurs sont médiocres, lamentables pour certains. C'est un scandale, car le chef d'orchestre, Ralf Weikert, a dirigé un Mozart qui n'aurait pas pu être plus anachronique ni plus ennuyeux (...). En réalité, Kirsten Harms, la directrice malmenée de la salle berlinoise, avait là une occasion de frapper un grand coup et de réduire tous les critiques au silence. Las, elle n'est même pas parvenue à fournir un spectacle scénique et musical à la hauteur de la publicité faite par toute cette affaire". Pour le critique, cette mise en scène est une déclaration de faillite. (20.12.2006)

Gazeta Wyborcza - Pologne

Varsovie innove en matière d'architecture

Anna Cymer se félicite de voir Varsovie se hisser au niveau mondial dans le domaine de l'architecture, grâce à une série de projets signés par de grands architectes tels que Daniel Libeskind ou Norman Foster. "C'est le fruit de gros investissements (un architecte réputé coûte cher), mais aussi d'une évolution des mentalités - les riverains de la Vistule ont compris désormais qu'une ville européenne ne pouvait faire l'économie de bâtiments modernes, voire osés (...). Daniel Libeskind érige à Varsovie un bâtiment censé faire de la concurrence au Palais de la Culture, une tour d'habitation de 22 étages en forme de voile ou - selon certains - d'aile d'aigle. Le projet a été présenté récemment lors d'un gala très privé, comme à l'accoutumée. L'architecture polonaise se rapproche ainsi de la conception internationale selon laquelle l'architecture ne se résume pas à de beaux édifices, mais comporte également sa part de commerce, comme n'importe quel autre domaine, avec ses stars et son marketing". (20.12.2006)

La Libre Belgique - Belgique

Le travail de mémoire de l'artiste allemand Alselm Kiefer

Guy Duplat présente le livre 'Anselm Kiefer et la poésie de Paul Celan', qui a obtenu le Prix Artcurial du Livre d'Art Contemporain 2006. "Le philosophe allemand Adorno disait qu'écrire un poème après Auschwitz était barbare. Pourtant, tant Paul Celan qu'Anselm Kiefer ont tenté la gageure et ont voulu affronter l'incompréhensible mal qui a frappé l'Allemagne. (...) Anselm Kiefer, 61 ans, est un artiste majeur de l'après-guerre en Allemagne. Il est né à Donaueschingen, en 1945, au moment où l'Allemagne nazie agonisait. Comme artiste, il a d'emblée refusé de céder au déni du passé, à la forclusion de la culture allemande violée par l'idéologie nazie. Les artistes alors préféraient se tourner vers la culture américaine. Lui, il a osé assumer ce passé caché, mettre en scène les allégories de la culture allemande dévoyée pour mieux les regarder en face. Il a osé se demander comment on pouvait encore être artiste allemand après Auschwitz. (...) Pendant 25 ans, l'art de Kiefer fut nourri par la poésie de Celan et d'Ingeborg Bachmann, une poétesse allemande hantée par les mêmes questions et qui fut un temps la compagne de Celan". (20.12.2006)

Times of Malta - Malte

Malte veut préserver ses joyaux culturels

"Le gouvernement [de Malte] vient de présenter un projet prévoyant une exonération fiscale pour toutes les donations culturelles d'un montant minimum d'un millier de lires maltaises (environ 2 330 euros) ou pour tout don en liquide d'au moins 5 000 lires maltaises (environ 11 645 euros) pour des travaux de restauration", explique le quotidien. "Dans d'autres pays européens, les exonérations fiscales liées à l'art, au patrimoine ou à la culture sont appliquées depuis des décennies. Ici aussi, cette mesure d'incitation devrait porter ses fruits car il existe des opportunités. (...) Même si nous avons déjà beaucoup accompli ces trente dernières années, il faut encore réussir à trouver le moyen de garantir aux générations futures qu'elles profiteront d'un patrimoine intact. Nous vivons dans ce qu'André Malraux appelait un 'musée sans murs' et notre responsabilité par rapport au patrimoine que nous ont légué nos ancêtres est tellement immense que nous devons tout faire pour l'assumer le mieux possible". (19.12.2006)

 

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