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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 12.02.2007

 

À LA UNE

L'Europe au centre d'une nouvelle guerre froide ?

Le discours tenu samedi 10 février par le président russe Vladimir Poutine lors de la 43e Conférence sur la sécurité, à Munich, a rappelé aux responsables politiques et aux journalistes l'époque de la guerre froide. Le chef du Kremlin a vivement critiqué les Etats-Unis, qui envisagent d'installer un système de défense antimissile en Pologne et en République tchèque. La Russie est-elle un partenaire fiable pour l'Europe ? Assiste-t-on à un retour de la guerre froide ou s'agit-il de simples emprunts rhétoriques ?

Extraits des publications suivantes:
Lidové noviny - République tchèque, Sydsvenska Dagbladet - Suède, Postimees - Estonie, Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne, The Times - Royaume-Uni

Lidové noviny - République tchèque

Pavel Masa ne croit pas à une résurgence de la guerre froide. "Vladimir Poutine a une vision mathématique des relations internationales. Il espère que la croissance économique de pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil jouera en sa faveur et que son influence à l'échelle planétaire s'en trouvera renforcée. La suprématie militaire des Etats-Unis fait obstacle à ses plans. (...) Les attaques du président russe se dirigent aujourd'hui contre les Etats-Unis. Mais ne nous méprenons pas. Son calcul vise avant tout à l'affaiblissement des liens euroatlantiques. S'il y parvient, et que l'UE cherche à établir un 'partenariat' avec la Russie, elle recevra tôt ou tard une douche froide du Kremlin. La réponse donnée par le ministre tchèque des affaires étrangères Karel Schwarzenberg est donc appropriée : 'nous devons rendre grâce à monsieur Poutine, car il nous a rappelé pourquoi nous ne devons pas reléguer l'OTAN au second plan.'" (12.02.2007)

Sydsvenska Dagbladet - Suède

Le journal qualifie l'entrée en scène de Vladimir Poutine à la 43e Conférence sur la sécurité, à Munich, d'un "retour à la rhétorique de la guerre froide". "La population civile tchétchène, éprouvée par la souffrance, n'a aucun mal à comprendre ce que Poutine entend par un 'usage quasi illimité de la force'. Dans le meilleur des cas, la guerre menée par les Russes en Tchétchénie peut être qualifiée d''impitoyable'. Les propos du chef du Kremlin sonnent tout aussi faux lorsqu'il présente les Etats-Unis comme le seul Etat à pousser à la course à l'armement. En effet, le budget militaire russe a été multiplié par quatre depuis 2000. (...) Il est un peu surprenant que Vladimir Poutine attaque la politique extérieure des Etats-Unis. Mais le président russe n'est certainement pas convaincant." (12.02.2007)

Postimees - Estonie

Selon le journal estonien, le discours de Vladimir Poutine à la Conférence sur la sécurité de Munich ne devrait pas donner lieu à une nouvelle guerre froide, mais à des désaccords croissants. "Soyons francs : les réactions vis-à-vis des interventions militaires des Etats-Unis sont en partie compréhensibles. Mais il convient également de souligner que jusqu'à présent, la Russie n'a pas mené une lutte contre le terrorisme, mais pour ses propres intérêts. Moscou ne veut plus être à la solde des Etats-Unis, mais renforcer sa position dans le monde. Le discours de Poutine et l'évolution de la Russie constituent un signal fort à l'adresse de l'Estonie, sur l'importance de l'UE et de l'OTAN pour notre pays. Si - comme l'a proposé Vladimir Poutine - l'ONU demeure le seul organe de pouvoir, nous n'avons aucune chance. Car la Russie dispose d'un droit de veto au Conseil de sécurité, tandis qu'à l'OTAN et dans l'UE, nous avons la possibilité d'influencer les processus dans une certaine mesure." (12.02.2007)

Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne

Klaus-Dieter Frankenberger s'interroge au sujet de la "nature des relations entre la Russie et l'Occident". Le discours de Vladimir Poutine lors de la Conférence sur la sécurité, à Munich, a montré que la Russie est tout sauf un "partenaire simple et amical". "Le président russe pense pouvoir tirer parti de la faiblesse toute relative des Etats-Unis. Avec son système de gouvernement autoritaire et sa politique extérieure et énergétique peu scrupuleuse, la Russie de Vladimir Poutine est cependant bien mal placée. Si le chef du Kremlin souhaite établir un partenariat solide avec l'Occident, son intervention à Munich était une façon bien curieuse de le faire savoir. Il a commenté d'une manière bien 'soviétique' l'espoir caressé par la chancelière allemande de voir les rivalités entre les grandes puissances céder la place à une action commune." (12.02.2007)

The Times - Royaume-Uni

"C'était bien plus que la liste habituelle, bien qu'adoucie, des crimes présumés de l'administration Bush. S'adressant à une audience qui comptait des dirigeants américains et européens, dont la chancelière allemande Angela Merkel, Poutine s'en est pris à l'Otan", note le quotidien. "Selon lui, l'adhésion d'anciens Etats satellites à l'Alliance Atlantique a déstabilisé l'Europe et menace la Russie. 'Contre qui cette expansion est-elle dirigée?', a-t-il demandé. (...) La Conférence de Munich a été le théâtre ces dernières années de dissensions transatlantiques alors que les Etats-Unis subissaient les attaques de ses alliés historiques à cause de l'Irak. A cette époque, Donald Rumsfeld, l'ancien secrétaire à la Défense, tenait le rôle du méchant à cette conférence. Cette année, un nouveau méchant attendait les Européens et peut-être auront-ils retenu que finalement, les Etats-Unis ne sont pas le pays le plus menaçant de la planète." (12.02.2007)

RÉFLEXIONS

El País - Espagne

Francisco Bustelo et la difficulté d'effacer les blessures de l'Histoire

"Trois ans de guerre civile et trente-six ans de dictature ont inévitablement laissé des blessures profondes", écrit l'historien espagnol Francisco Bustelo. "Que devons-nous faire pour refermer définitivement ces blessures de l'Histoire ? (...) L'oubli du passé est impossible, car pour l'obtenir il faudrait effacer le souvenir de ceux qui l'ont vécu, de ce qu'ont vécu leurs pères, leurs grand-pères. Cela demanderait des mesures aussi absurdes et impensables que de ne pas étudier dans les facultés d'Histoire ce qui s'est passé depuis 1931 ou d'interdire de publier des livres et des articles sur le sujet. (...) La difficulté vient du fait qu'il y a eu des victimes des deux côtés pendant la Guerre civile [1936-1939]. Après, on a fait la lumière sur certaines et on en a oubliée d'autres. Mais publier aujourd'hui les noms des fusillés pendant la guerre oblige à citer les noms des victimes de l'autre camp, ce qui pourrait conduire à une escalade dans la 'guerre des victimes'." (12.02.2007)

Dziennik - Pologne

Richard Sennett préfère le modèle économique japonais

En fuyant la rigidité de la bureaucratie socialiste, la Pologne a imprudemment laissé la place au néolibéralisme occidental, critique le sociologue américain Richard Sennett de la London School of Economics and Political Science. Le sociologue justifie sa pensée dans un entretien avec le journal. "Vous autres Polonais êtes passés du socialisme dit 'réel' au modèle néolibéral - un modèle qui ne mérite même pas le nom de société. Je pense que le modèle asiatique conviendrait bien mieux à la Pologne (...) Les Japonais ont réussi à créer à leur manière une véritable interaction entre les employés dans leurs entreprises et bien au-delà des frontières du bureau. N'oublions pas que l'économie japonaise est la deuxième du monde et que ses entreprises sont structurées de manière démocratique et hiérarchique à la fois. Le modèle japonais est sans aucun doute bien supérieur au modèle américain, qui prône une économie totalement libérale." (10.02.2007)

The Irish Times - Irlande

La 'tolérance' dans la religion selon le révérend Gary Hastings

Le révérend Gary Hastings, recteur de l'église anglicane irlandaise, s'interroge sur la notion de tolérance en religion. "En Irlande, presque tous les chrétiens se respectent entre eux. Mais l'interaction et le dialogue sont au minimum et rien n'a vraiment changé. La tolérance n'est pas un idéal. Elle décrit un état intermédiaire qui peut aller dans un sens ou dans l'autre. En Irlande du Nord, la tolérance et le respect ont masqué une haine, une méfiance et des souffrances massivement partagées qui ont tué plus de 3 000 personnes. (...) La foi est trop facilement pervertie par le pouvoir. Le pouvoir est incapable d'amour. (...) La tolérance s'arrête là où le pouvoir, c'est-à-dire l'orgueil, se sent menacé et la colère se bâtit sur fond de peur. De là viennent la guerre, l'idée d'un degré acceptable de violences, de réchauffement climatique ou de famine." (12.02.2007)

POLITIQUE

Dnevnik - Slovénie

Le Kosovo, un Taïwan européen

Igor Mekina commente les troubles au Kosovo, qui ont fait deux victimes à la fin de la semaine. "A Belgrade, ces manifestations passent pour une nouvelle preuve des conditions de vie déplorables de la minorité serbe au Kosovo. Elles montrent à quelle pression sont soumis les responsables politiques internationaux, qui devraient toujours céder en faveur des Albanais du Kosovo. A Pristina, les manifestations sont la conséquence de la morosité légitime d'un peuple, qui attend que son propre pays tienne ses promesses aussi vite que possible. (...) Un consensus serbe et surtout russe serait le bienvenu - mais n'aura pas lieu. (...) La reconnaissance unilatérale du Kosovo en tant qu''Etat' par l'UE et ses alliés est aussi une option envisageable. Le Kosovo devrait alors endosser le rôle d'un 'Taïwan européen' non reconnu par une grande partie du monde, ce qui constituerait pour l'UE - et certainement pour les Nations unies - un cauchemar bien plus épouvantable que le maintien d'une paix fragile dans le protectorat kosovar." (12.02.2007)

Diário de Notícias - Portugal

Les Portugais approuvent la dépénalisation de l'avortement

Les électeurs portugais se sont prononcés à 59,25 % pour le 'oui' à la légalisation de l'IVG (Interruption volontaire de grossesse). Mais en raison d'une participation trop faible (43,61 %), la loi doit encore être approuvée par le Parlement pour être appliquée. Le directeur du quotidien appelle le gouvernement socialiste à renvoyer rapidement la loi devant le Parlement. "Il y a un peu plus de huit ans, la victoire du 'non' au précédent référendum n'avait pas permis aux législateurs de modifier la loi. Mais aujourd'hui, rien ne doit empêcher les députés de concrétiser le choix exprimé par ce vote, même si, comme en 1998, le référendum n'est pas contraignant. Plus de 50 % des électeurs ont choisi de ne pas se prononcer. C'est leur droit le plus légitime. (...) S'il y a un signal à respecter, c'est celui qui est devenu majoritaire parmi les citoyens qui ont choisi de s'exprimer. Et ce signal, c'est le 'oui'." (12.02.2007)

Tribune de Genève - Suisse

Ségolène Royal présente son programme issu des débats participatifs

Ségolène Royal, candidate socialiste à l'élection présidentielle française, a présenté dimanche 11 février à Villepinte, au nord de Paris, son programme pour conquérir l'Elysée. L'éditorialiste Mathieu Van Berchem n'est qu'à demi convaincu par sa démarche. "Malgré les moqueries des 'éléphants' [membres influents du parti], en dépit des critiques qu'ont suscité ces débats participatifs (...) censés refaire le monde et donc préparer le projet de la candidate, [elle] a tenu bon. La phase d''écoute' est allée jusqu'à son terme, bousculant en passant les pratiques socialistes, faites de compromis subtils entre les courants et autres chapelles internes. La démarche - une amorce de démocratie participative qui devait préfigurer la méthode Royal à l'Elysée - est plus intéressante que le résultat. Pour qu'un tel processus accouche d'un véritable corps de propositions novatrices, il aurait fallu davantage de temps, une ouverture du dialogue à l'ensemble de la société." (12.02.2007)

Kaleva - Finlande

L'Islande entrera-t-elle dans l'UE ?

Une série d'achats importants réalisés par des investisseurs islandais en Finlande ont suscité de nombreuses interrogations. Le journal finnois se demande si l'Islande ne s'orienterait pas vers l'adhésion à l'UE. "Linguistiquement et culturellement, l'Islande est proche de l'Europe du Nord, mais la côte nord-américaine est à égale distance, à tel point que les jeunes islandais vont plutôt faire leurs études aux Etats-Unis. Les Etats-Unis ont veillé à la sécurité de l'Islande pendant toute la guerre froide. La situation a changé aujourd'hui, car les derniers soldats ont quitté la base de Keflavík. Les jeunes entrepreneurs se tournent de plus en plus vers l'Europe, car l'Islande est trop petite pour eux. Reste à savoir quelle forme doivent prendre ses relations avec l'UE. Selon les sondages, 58 %des Islandais souhaitent des négociations d'adhésion, près de la moitié veulent faire partie de l'UE et autant aimeraient passer à l'euro. Jusqu'à présent, le principal problème était la pêche, mais elle n'a plus tellement d'importance pour la jeune génération." (12.02.2007)

CULTURE

Libération - France

La culture est soumise au politique en France

Le projet du 'Louvre d'Abou Dhabi', qui consiste à créer une antenne du musée parisien dans la capitale des Emirats Arabes Unis, est un signe de l'asservissement en France de la culture à la politique, estime Vincent Noce qui souhaite la fin de cette "dépendance nocive". "Certes, [le président du Louvre] Henri Loyrette a obtenu des concessions. Mais il lui a été imposé, comme aux autres chefs d'établissement, un projet dont ils ne voulaient pas. In fine, ils se sont vu rappeler leur dépendance à l'égard du pouvoir. Les nominations à la tête des grands musées, de l'Opéra, des théâtres et d'une foison d'instituts culturels, reste à la discrétion clientéliste du gouvernement. (...) Cette spécificité ne fait pas honneur à la France ; elle représente un péril pour la culture. Il serait temps de la lever. (...) La culture est-elle une affaire trop sérieuse pour être confiée aux politiques ? La question mériterait en tout cas d'être posée dans une campagne présidentielle dont elle est singulièrement absente." (12.02.2007)

I Kathimerini - Grèce

La consommation superficielle de la culture

La journaliste Tasoula Karaiskaki remarque que "notre appétit féroce de consommateur" s'étend jusqu'à 'des produits culturels' composés de "certains aspects d'un profil social propre aux stéréotypes de gens riches, à la mode et lettrés." Elle fait référence au "succès du livre du professeur français de littérature Pierre Bayard, récemment publié, 'Comment parler des livres que l'on n'a pas lus'. Le livre est un best-seller même s'il n'était destiné qu'à un cercle étroit de professeurs d'université, et se vend comme des petits pains chauds dans les supermarchés et les aéroports. Sa méthode est simple et bien connue. Même si vous n'avez lu que la quatrième de couverture d'un livre, vous pouvez en faire la critique en utilisant des mots pompeux et des expressions abstraites qui impressionneront les ignorants et flatteront l'auteur. (...) En fait, vous remplacez l'ignorance par des clichés. Il n'y a pas de substitut à une lecture assidue et à l'écoute, et à l'introspection qui accompagnent ces activités." (12.02.2007)

SPORT

La Repubblica - Italie

Matchs de football à huis clos en Italie

"Drôle de dimanche", c'est ainsi que la journaliste et écrivaine Emanuela Audisio résume la journée du dimanche 11 février au cours de laquelle les matchs de football se sont déroulés sans spectateurs dans tous les stades de la péninsule. Décision prise par le gouvernement Prodi à la suite de l'assassinat d'un policier lors d'un match à Catane le 4 février dernier. "Un dimanche sans. Sans Raciti [le nom du policier tué], sans spectateurs, sans drapeaux, et même sans honte, à part quelques sifflets à Rome pendant la minute de silence (...). Un dimanche d'absence, un dimanche réduit au silence, un dimanche d'ombre et de fantômes presque littéraires, un peu comme dans le film Blow up d'Antonioni et sa partie de tennis sans balle. Tribunes vides mais imagination remplie". (12.02.2007)

COULEURS LOCALES

Süddeutsche Zeitung - Allemagne

Les cuisiniers élevés au rang de stars

Arno Makowsky a assisté à la représentation du cuisinier britannique Jamie Olivier, le "Robbie Williams de la cuisine", en visite à Francfort, qui a exercé son art devant plus de 4 000 fans enthousiastes. Selon le journaliste, ces démonstrations culinaires en direct, semblables à des concerts de rocks ou des spectacles de théâtre, pourraient bientôt se généraliser. "Je comprends qu'on fasse appel à une star telle que Jamie Oliver pour renforcer idéologiquement l'essor de la cuisine. Quiconque sait cuisiner fait aujourd'hui partie de l'avant-garde. Il y a encore quelques décennies, on se moquait des bachelières option 'arts ménagers', traitées de 'bobonnes'. Aujourd'hui, les cuisiniers amateurs sont considérés comme des personnes créatives et politiquement correctes, qui luttent contre le diktat des plats industriels. Les figures de proue du mouvement sont considérés comme des héros. Par exemple, le chef espagnol Ferran Adrià, qui sert ses plats dans des éprouvettes, fait partie de la prochaine Documenta [exposition d'art contemporain en Allemagne]. Et Jamie Oliver fait même les gros titres des rubriques culturelles." (12.02.2007)

 

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