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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 16.03.2007

 

À LA UNE

L'UE, une réussite ?

L'Europe fêtera le 25 mars prochain l'anniversaire de la signature du Traité de Rome, acte fondateur de l'Union européenne. Alors que les commémorations se préparent, la presse dresse le bilan de 50 ans d'Europe.

Extraits des publications suivantes:
La Vie - France, L'Hebdo - Suisse, Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne, New Statesman - Royaume-Uni

La Vie - France

Jean-Pierre Denis, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire, rappelle que "c'est parce que notre continent était mortellement blessé qu'il a inventé l'Union, geste utopique, pari impossible lancé par-dessus l'égoïsme des peuples au nom de l'intérêt de ces mêmes peuples. Malgré cela, l'Europe s'est rarement aimée, et si jusqu'ici elle a toujours su se projeter dans le futur, elle l'a fait par à-coups et compromis boiteux, de politique de la chaise vide en sommets ratés. Maintenant que, pour la première fois dans l'Histoire, des nations partagent volontairement leur souveraineté, cette audace besogneuse, ce mélange d'immobilisme et de grandes enjambées ont fini par lasser. L'Europe, d'une certaine façon, va pour ainsi dire tellement bien que cela ne se voit plus. Il lui reste à se tourner vers d'autres projets." (16.03.2007)

L'Hebdo - Suisse

"Cinquante ans, c'est si peu à l'échelle de l'histoire", affirme le chroniqueur Jacques Pilet. "Pourtant, il a fallu moins de ce demi-siècle à l'Europe pour mener une révolution copernicienne : passer de l'affrontement des nations à l'union. Par la seule force de la raison. (...) Si les fondateurs de l'Europe d'il y a cinquante ans revenaient, ils souriraient de nos affres sur l'échec de la Constitution ou même sur la querelle des frontières de l'Union. Ils applaudiraient la réussite de l'édifice. Ils croiraient à sa nécessité dans le siècle neuf. Et ils se réjouiraient de voir les Européens voyager plus que jamais dans leur histoire entre leurs villes, pris d'une fringale de culture et de plaisirs. Outre la raison, l'émotion compte, disions-nous. Il y en a de vénéneuses qui nous font reculer. Il y en a aussi de belles qui nous poussent en avant." (15.03.2007)

Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne

Le 25 mars est un "anniversaire anticonstitutionnel", écrit ironiquement le juriste allemand Christoph Müller. Au cours de leur déclaration berlinoise sur le cinquantième anniversaire du Traité de Rome, les chefs d'Etat de l'UE n'ont pas fait une seule allusion à la Constitution. Pour Christoph Müller, il est donc nécessaire de réfléchir encore aux raisons de l'échec de ce projet. "Le contenu de la Constitution était convenable et n'avait rien de révolutionnaire. Il s'agissait surtout d'améliorations constitutionnelles qui ne conduisaient pas vraiment à une réorganisation de la coexistence des Etats membres et des sociétés (...) Mais pourquoi une énième version du traité constitutionnel européen devrait tout à coup être qualifié de Constitution, donc se voir attribuer un nom que nous associons à un acte d'autofondation démocratique et révolutionnaire ?" (16.03.2007)

New Statesman - Royaume-Uni

"Nous nous préoccupons de nos frontières extérieures, alors que les divisions internes constituent le véritable sujet d'inquiétude des citoyens dans toute l'Europe - ces frontières sociales qui ont crée des ghettos d'immigrés, de dangereuses et immenses zones de non-droit", écrit le journaliste Roger Boyes. "L'Union européenne, pour bien mériter son nom, a besoin d'être plus active dans sa politique de promotion des minorités ; elle doit viser les jeunes des zones urbaines. Ce n'est évidemment pas le seul défi auquel l'Europe fait face, mais cela permet de dresser des priorités. Si l'UE doit imposer sa primauté politique (si elle veut survivre encore 50 ans), elle doit bâtir le principe de solidarité intercommunautaire et internationale. Nous n'avons pas à tous nous développer à la même allure, ou même à marcher au pas, mais nous devons prévenir une situation où il y aura plus de perdants que de gagnants au sein de l'UE. Tout le reste - une politique étrangère crédible, de nouveaux élargissements, une utilisation rationnelle des ressources - découle de ce sentiment de cohésion sociale." (19.03.2007)

RÉFLEXIONS

El País - Espagne

Julián Casanova et les divisions de l'Histoire

Commentant le projet européen de création d'un manuel d'histoire commun, l'historien espagnol Julián Casanova se demande à quoi pourrait ressembler un tel ouvrage. "L'Europe n'a bien sûr pas été un territoire dénué de violence avant 1914 ou après 1945. Mais il se trouve que les faits qui ont donné un caractère exceptionnel à cette période ont laissé des traces particulières. (...) L'examen de ce passé complexe demande une vision critique qui ne peut pas s'accommoder d'une histoire cherchant à mettre en avant les points communs. Les politiciens et les gouvernements peuvent stimuler le consensus et la culture commune, en sélectionnant les événements du passé, en cachant ce qui ne leur plaît pas et en mettant en avant les succès. Mais l'histoire, ce n'est pas cela. C'est pour cela que les débats récents sur des périodes traumatisantes, qu'il s'agisse des victimes de la Guerre civile espagnole et de la dictature de Franco, du goulag soviétique et de la Stasi dans l'ex-République démocratique allemande, divisent encore les sociétés concernées." (15.03.2007)

Romania Libera - Roumanie

Matéi Visniec confronte communisme et capitalisme

L'écrivain roumain Matéi Visniec, basé à Paris, s'est entretenu avec un communiste français à propos de certains points de vue divergents en Europe de l'Est et de l'Ouest. "Nos communistes n'ont rien à voir avec les vôtres (...), me dit cet ami français (...) Je ne peux pas prononcer le mot 'communisme' sans qu'un frisson d'épouvante me parcoure (...) Les bourreaux des anciens pays communistes ont souvent eu la vie sauve, certains sont morts tranquillement dans leur lit, aucun tribunal international n'a été réuni après la chute du communisme pour les juger. (...) A ce moment, mon ami s'enflamme. Et les victimes du capitalisme, me demande-t-il, ne comptent-elles pas ? Le capitalisme, qui traite les hommes comme du bétail et transforme les citoyens en consommateurs, qui a substitué l'âme des hommes à l'obsession de l'argent. Les victimes du capitalisme et du colonialisme n'attendent-elles pas qu'on leur rende justice ?" (16.03.2007)

Heti Világgazdaság - Hongrie

Péter Kende et la soif de pouvoir de la France

Dans un entretien avec Júlia Vásárhelyi, le politologue franco-hongrois Péter Kende affirme que l'UE est affaiblie par les velléités de pouvoir de la France. "La France mise sur Bruxelles pour exercer un contrepoids sur la seule puissance mondiale restante, les Etats-Unis. Elle n'y parvient pas, parce que l'unité politique de l'Europe est compromise par la méfiance qui règne entre les Etats membres. Cette méfiance divise également la France, elle en est même en partie responsable. Le fait que deux membres de l'UE soient membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU ne laisse pas de place à l'Europe dans son ensemble. Car la France et le Royaume-Uni refusent de laisser leur place à l'UE. Après la réunification, l'Allemagne a devancé ces deux pays sur le plan économique et politique. Après une parenthèse de plusieurs dizaines d'années, l'Allemagne est revenue sur la scène politique et les Français sont désespérés parce qu'ils essaient en vain de regagner l'ascendant qu'ils avaient autrefois sur l'Europe." (16.03.2007)

POLITIQUE

Népszabadság - Hongrie

La fête nationale hongroise marquée par des manifestations

Jeudi 15 mars, à l'occasion de la fête nationale hongroise, des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour manifester contre le Premier ministre hongrois Ferenc Gyurcsány. Viktor Orbán, le chef du Fidesz, principale formation de l'opposition, lui reproche des manquements à la démocratie. Pour György Bugyinszki, V. Orbán remet lui-même la démocratie en question lorsqu'il souhaite corriger le programme du gouvernement par une série de référendums et qu'il incite les citoyens à la violence, sans se démarquer clairement des groupes radicaux : "Viktor Orbán prétend que le peuple a le droit de chasser le gouvernement. Si le gouvernement ne démissionne pas de son propre gré après les référendums, V. Orbán affirme qu'il devra fuir. Que veut-il dire par là ? Les campagnes de protestation de l'opposition n'avaient rien à voir avec la foule scandant des devises nazies, mais elle a une nouvelle fois laissé passer l'occasion de prendre clairement ses distances avec cette foule ." (16.03.2007)

Życie Warszawy - Pologne

La Russie est la clé des relations germano-polonaises

A la veille de la visite de deux jours de la chancelière Angela Merkel en Pologne, Piotr Cywinski, correspondant du quotidien à Berlin, considère que les relations germano-polonaises dépendent des relations germano-russes. Angela Merkel est dans une position inconfortable : elle défend d'un côté les intérêts de l'Allemagne, le gazoduc étant une affaire rentable. D'un autre côté, elle ne considère pas Vladimir Poutine comme un 'démocrate irréprochable' et surveille la direction suivie par la Russie. Avant les élections de 2005, la chancelière a annoncé que les relations cordiales avec la Russie seraient remplacées par un dialogue concret et une prise en considération des intérêts de la Pologne. Elle a aujourd'hui l'occasion de le prouver. La manière dont le problème de l'approvisionnement d'énergie est résolu et la position de la République fédérale vis-à-vis des turbulences avec la Russie, qui tente toujours de monter les partenaires de l'Union les uns contre les autres, peuvent aboutir à un véritable partenariat entre l'Allemagne et la Pologne." (15.03.2007)

El Periódico de Catalunya - Espagne

L'UE doit-elle traiter la Pologne comme l'Autriche en 2000?

Le quotidien qualifie de "chasse aux sorcières" l'opération de lustration lancée jeudi 15 mars en Pologne, les autorités demandant à des centaines de milliers de Polonais de révéler s'ils ont collaboré avec les ex-services secrets communistes. "Cette mesure inédite va à l'encontre de la doctrine européenne en matière de droits de l'Homme et du respect de la liberté individuelle présente dans tout régime démocratique. Il s'agit du dernier chapitre d'une croisade anticommuniste et nationaliste lancée par le parti d'extrême droite Droit et Justice (PiS), au service des frères Kaczynski, une formation dépositaire des pires traditions xénophobes d'Europe de l'Est. (...) Ces absurdités gênent visiblement l'UE aux entournures. Et le moment est peut-être arrivé d'appliquer à la Pologne le même traitement de surveillance intensive que celui qu'a reçu l'Autriche [en 2000] quand elle était dirigée par les démocrates-chrétiens et l'extrémiste Jörg Haider, afin de modérer ses élans." (16.03.2007)

Público - Portugal

Le Portugal prend la présidence de l'UE en juillet

Carlos Zorrinho, coordinateur portugais de la Stratégie de Lisbonne, souhaite une présidence portugaise ambitieuse de l'UE lors du second semestre 2007. "Le Portugal n'est pas un pays fondateur de l'UE, il ne possède pas un poids économique ou démographique significatif. Son potentiel stratégique pour l'UE est néanmoins beaucoup plus élevé que ce qu'une froide analyse de la dimension du pays laisse croire. (...) 
[Le Portugal peut être] une partie de la solution aux problèmes européens, comme ce fut le cas en 2000, quand notre pays a donné une forte impulsion à l'UE avec la Stratégie de Lisbonne, la réponse européenne aux défis de la mondialisation. (...) Le monde vit à nouveau une période de transition et de réequilibre stratégique. Un pays charnière, avec des relations privilégiées avec les partenaires européens, mais aussi avec les Etats-Unis, l'Afrique et les puissances émergentes, peut offrir une importante contribution pour des relations internationales moins tendues avec une UE qui s'affirme comme une référence de tolérance et de fermeté". (16.03.2007)

CULTURE

Financial Times - Royaume-Uni

L'impressionnisme revisité dans deux expositions au Royaume-Uni

"L'impressionnisme peut-il être réinventé ?" s'interroge Jackie Wullschlager, chef de la rubrique culture du quotidien, alors que l'oeuvre de deux peintres impressionnistes est présentée à Londres ce 17 mars. "L'âge d'or de la fin du XXe siècle, a fixé la notoriété des poids lourds Monet, Degas, Cézanne etc, pour une génération et des deux côtés de l'Atlantique. Une telle reconnaissance historique globale ne serait plus possible à notre époque, hantée par la menace terroriste, où les prix du marché de l'art s'envolent et où les musées sont sans le sou. Ce début de XXIe siècle offre autre chose : une coda érudite et inattendue qui adoucit les angles et égratigne les grandes réputations, flattant les publics plus sophistiqués d'aujourd'hui, avec des frémissements de transformation et de provocation et des promesses de rareté dans un terrain bien défriché. En ce sens, l'exposition actuelle des paysages de Renoir à la National Gallery est un succès. Pourtant, plus surprenante et audacieuse est la présentation du 'Monet inconnu' à la Royal Academy qui repositionne le virtuose de l'impressionnisme comme un dessinateur et un pastelliste qui a travaillé à préparer, explorer et anticiper les idées et les techniques sur toile." (16.03.2007)

CHOUX DE BRUXELLES

La Libre Belgique - Belgique

L'architecture européenne en crise à Bruxelles

Le Palais des Beaux-Arts et de la revue d'architecture 'A +' ont demandé à un groupe d'architectes du monde entier de réfléchir à l'avenir urbanistique de Bruxelles en tant que capitale de l'UE. Guy Duplat présente leurs conclusions. "La construction sans vraie idée directrice, d'un quartier européen forteresse, ayant chassé le logement et les habitants, est une catastrophe. Et les auteurs de l'étude veulent changer cela radicalement. Pour marquer ce changement, ils veulent poser un acte hautement symbolique : raser [l'annexe bruxelloise du] Parlement européen qui incarne pour eux, l'horreur urbanistique et architecturale. Cet acte de démolition serait un 'événement' destiné à guérir, disent-ils, du 'traumatisme' de la construction du quartier européen. (...) Il entend sortir la présence européenne à Bruxelles de son isolement en créant des sites publics qui, pour la première fois, jetteraient un pont entre les habitants et les institutions européennes." (16.03.2007)

COULEURS LOCALES

Der Tagesspiegel - Allemagne

Adolf Hitler sera-t-il déchu de la nationalité allemande ?

Pour être éligible en Allemagne, l'Autrichien Adolf Hitler s'est fait naturaliser dans le Brunswick (la Basse-Saxe actuelle) en février 1932. A l'époque, la naturalisation était l'affaire des Länder. La fraction basse-saxonne du SPD veut aujourd'hui déchoir Hitler de sa nationalité allemande. Burkhard Müller-Ullrich s'interroge : "Hitler n'était pas allemand, et alors ? Les Autrichiens n'en veulent pas non plus. C'est donc un apatride qui a causé tant de tourments dans le monde, quelqu'un dont personne n'est responsable ? (...) Si Hitler n'était pas allemand, on n'a donc pas besoin de se sentir responsable de lui ! Si la déchéance de nationalité est effective, on constatera alors peut-être qu'Hitler, du fait qu'il n'était pas allemand, ne pouvait pas être élu chancelier. Le Troisième Reich n'a donc pas existé, l'Holocauste repose sur une erreur judiciaire, et le national-socialisme n'avait aucune valeur." (16.03.2007)

Neue Zürcher Zeitung - Suisse

Le problème de l'allemand autrichien en Europe

Paul Jandl est préoccupé par l'avenir de l'allemand autrichien en Europe. "La langue allemande est comme l'Europe, elle ne comporte pas qu'un seul centre. L'allemand autrichien, comme le suisse alémanique, ne doivent pas être relégués au second plan. Ce sont les linguistes qui le disent. Mais allez dire cela aux Européens. L'Autriche n'a retrouvé sa langue que progressivement après la Deuxième Guerre mondiale." Au sein des institutions européennes, l'allemand autrichien peut causer bien de la confusion, écrit le journaliste. "Un fonctionnaire autrichien a causé une grande agitation lors d'une assemblée plénière européenne, en déclarant que dans son pays, les immigrés clandestins étaient 'honteux'. S'en est suivi un tumulte d'une demi-heure, tout le monde craignant que les droits de l'Homme soient littéralement foulés du pied en Autriche. Le malentendu a été résolu lorsque qu'on s'est aperçu que le mot employé par le fonctionnaire signifiait que les clandestins avaient été arrêtés." (16.03.2007)

 

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