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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 15.05.2007

 

À LA UNE

La Pologne se débat toujours avec son passé

La Pologne se débat toujours avec son passé

 

La Cour constitutionnelle polonaise a jugé vendredi 11 mai que de nombreux articles de la loi de 'lustration' sont anticonstitutionnels. Le but de cette norme était d'obliger une grande partie de la société à révéler sa collaboration avec les ex-secrets communistes. La plupart des journaux européens qualifient cette décision de victoire de l'Etat de droit, et la Pologne débat désormais de l'éventualité de rendre public l'intégralité des archives secrètes.

Extraits des publications suivantes:
Gazeta Wyborcza - Pologne, Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne, Hospodářské noviny - République tchèque, El Mundo - Espagne

Gazeta Wyborcza - Pologne

Adam Michnik, ancien dissident et directeur du quotidien, a effectué un surprenant revirement de position dans le conflit suscité par la loi de lustration. Il propose maintenant de rendre accessible au public les dossiers des anciens services secrets, aujourd'hui administrés par l'Institut de la mémoire nationale (IPN). "J'ai toujours été d'avis que le spectacle des fouilles publiques dans les dossiers susciterait une atmosphère de soupçons et de peur. Et c'est exactement ce que font aujourd'hui les dirigeants de l'Institut de la mémoire nationale. Il faut éliminer définitivement cette police de la mémoire cauchemardesque. (...) C'est pourquoi il faut donner accès à tous les dossiers sans exception - avec toutes les conséquences terribles que cela peut avoir. Ce sera toujours mieux que la situation actuelle. Nous devons publier les dossiers afin de mettre fin à l'emprise qu'ils ont sur nous. Mieux vaut une fin marquée par la peur qu'une peur sans fin." (14.05.2007)

Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne

Konrad Schuller voit d'un oeil positif le jugement de la Cour constitutionnelle, mais considère que "le problème des dossiers des services secrets n'est pas résolu. Une partie des dossiers a 'disparu', une autre est conservée par l'Institut pour la mémoire nationale (IPN). Des dossiers ne cessent de surgir du néant (...) La revendication est désormais de mettre fin à cette 'lustration sauvage'. Tout le monde doit pouvoir avoir accès à tout. Peut-être qu'une telle mesure - à condition de prévoir une protection suffisante pour les informations issues de la sphère privée - est nécessaire pour que la Pologne puisse vaincre l'épidémie de suspicion actuelle. Il ne faut toutefois jamais oublier que les dossiers secrets sont des armes. Ils ont servi à discréditer et à faire plier l'opposition démocratique. Ils ne doivent jamais servir un objectif similaire dans une société libre." (15.05.2007)

Hospodářské noviny - République tchèque

Tomas Nemecek se félicite que la loi de lustration ait été en partie rejetée par la Cour constitutionnelle. "La lustration était fondamentalement positive en Europe de l'Est : elle établissait une distinction entre l'ancien et le nouveau régime et débarrassait l'appareil de l'Etat des personnes pouvant faire l'objet d'un chantage. La loi polonaise des frères Kaczynski est toutefois une pure parodie. Par chance pour les Polonais, la Cour constitutionnelle a infligé leur première grande défaite aux deux frères (...). Les Kaczynski ont étendu la bonne vieille loi à la sphère privée et même aux représentants élus. De nombreux intellectuels - comme par exemple le dissident Bronislaw Geremek - s'y sont opposés. (...) Mais les Kaczynski ont reçu le soutien de ces Polonais qui ne voyaient en Bronislaw Geremek qu'un professeur libéral et un ex-communiste. C'est pourquoi les attaques des deux frères contre l'ancien establishment ne s'arrêteront pas." (14.05.2007)

El Mundo - Espagne

Le quotidien commente l'invalidation de la loi de lustration par la Cour constitutionnelle polonaise. "Les frères Kaczynski avaient justifié cette législation [entrée en vigueur le 15 mars] par le fait que les Polonais ont le droit de connaître les noms des citoyens qui ont collaboré avec le régime responsable pendant des décennies de l'absence de démocratie. (...) Les Kaczynski doivent désormais décider s'ils mettent un terme à leur croisade revancharde ou s'ils poursuivent sur cette voie. Avant la décision de la Cour, ils avaient menacé de rendre public les archives de la police secrète. Qu'ils le fassent ou non, l'invalidation de la loi est un revers dans leur polémique chasse aux sorcières et un avertissement pour tous ceux qui, n'importe où en Europe, pensent faire de la politique en fouillant le passé." (15.05.2007)

RÉFLEXIONS

El País - Espagne

Esther Tusquets redoute 'l'asphyxie' de la société espagnole

L'écrivaine espagnole Esther Tusquets déplore la multiplication des interdits dans la société. "Je comprends que, pour que la cohabitation soit possible, beaucoup de normes, de lois, de restrictions et d'interdictions sont nécessaires. Je regrette cependant qu'au lieu de les appliquer avec une certaine flexibilité, avec un minimum de bon sens, en prenant en compte les circonstances dans chaque cas, les agents de la loi les appliquent souvent rigoureusement, ce qui simplifie probablement leur travail. Et je suis étonnée de constater que les gens qui m'entourent, loin d'accepter ces interdictions comme un mal mineur, les accueillent avec un enthousiasme intransigeant, en étant ravis d'avoir l'opportunité de dénoncer ou de réprimander. Tout cela peut certes avoir un sens très civique et nous serons peut-être un jour un pays aussi ordonné que la Suisse. Mais est-ce que cela ne crée pas une atmosphère asphyxiante ?" (15.05.2007)

L'Hebdo - Suisse

Jacques Pilet juge Berlin bien plus attirante que Paris

Le chroniqueur suisse Jacques Pilet fait l'éloge de la vitalité de Berlin par rapport à l'immobilisme de Paris. "La métropole allemande creuse certes les déficits budgétaires, mais par ailleurs, elle dégage une énergie spectaculaire : elle se transforme, elle se tourne sans complexe vers l'avenir. (...) Il est vrai que la capitale allemande, qui compte 3,4 millions d'habitants depuis 1989, en a vu la moitié quitter la ville, s'en aller plus à l'ouest ou retourner dans leur pays d'origine. Et autant de nouveaux sont arrivés, venus de toute l'Allemagne et de l'étranger. Ce formidable brassage a donné à la cité un tonus dont on n'a pas la moindre idée du côté du Quartier latin. Il a chahuté les chapelles de toutes sortes, il a donné des chances à tous. La ruée des artistes et des intellectuels de toute l'Europe, attirés par l'esprit de la ville et le bas prix du logement, a donné à Berlin une vigueur qui contraste cruellement avec le spleen et le nombrilisme français. (...) Rien d'étonnant à ce que tant de jeunes gens, de toutes nationalités, aillent inventer leur vie sur la Spree plutôt que sur la Seine." (10.05.2007)

POLITIQUE

Der Standard - Autriche

L'influence de la Russie sur la Serbie et le Monténégro

"La Serbie et le Monténégro sont récemment devenus des repères bien visibles sur la mappemonde utilisée par le Kremlin pour ses jeux géopolitiques. La Russie souhaite que les pays slaves orthodoxes, des alliés traditionnels, lui servent d'appui en Europe", explique Andrej Ivanji, pour qui il est impossible de savoir si ces pays se tourneront vers l'Ouest ou vers l'Est. "Pour éviter le scénario cauchemardesque de bases militaires russes implantées en Serbie s'opposant aux bases militaires de l'OTAN au Kosovo et une crise à long terme dans les Balkans, Bruxelles a adopté une nouvelle stratégie à la dernière minute : au lieu d'exercer des pressions et d'imposer des conditions, elle offre à la Serbie une reprise inconditionnelle des processus d'intégration euro-atlantiques. De cette façon, elle espère rendre la perte du Kosovo plus supportable pour Belgrade. Toutefois, la Russie ne cesse de resserrer son étreinte fraternelle." (15.05.2007)

Eesti Päevaleht - Estonie

L'Estonie à la recherche d'un nouveau modèle d'intégration

Ahto Lobjakas estime que le gouvernement estonien a bien su gérer le conflit avec la Russie déclenchée par l'affaire du 'Soldat de bronze'. Mais le problème de fond, celui de la cohabitation avec la minorité russe qui vit en Estonie (environ 30 % de la population), n'est pas réglé pour autant. "Il est évident que le modèle 'd'intégration via l'octroi de la nationalité' ne fonctionne pas. Le modèle suivi jusqu'à présent est désuet et la communauté russophone d'Estonie ne possède pas de représentant. Nous devrions cependant lancer un véritable dialogue en demandant que les participants représentent vraiment ce groupe. On voit en Estonie que les politiciens russophones membres de formations politiques parlant estonien ne représentent pas vraiment cette partie de la population. Du coup, le gouvernement n'a pas d'interlocuteur. Et il est urgent de briser ce cercle vicieux." (15.05.2007)

The Times - Royaume-Uni

Comment l'UE et la Roumanie peuvent s'entraider

La suspension du président roumain Traian Basescu, démis de ses fonctions le 19 avril, sera soumise samedi 19 mai à un référendum. Le quotidien britannique considère que Basescu "conserve la confiance des électeurs et qu'il tiendra en échec les efforts pour le destituer lors du référendum. (...) 'Nous aurons une autre Roumanie après le référendum', a promis M. Basescu dans l'édition du jour de 'The Times'. Il faut lui laisser une chance de tenir cette promesse. L'UE peut aider, mais seulement en procédant strictement à l'évaluation des réformes d'après-adhésion qu'elle a imposées, selon le principe qu'il vaut mieux réformer tard que jamais. L'UE devrait continuer à refuser de reconnaître les décisions des tribunaux roumains jusqu'à ce que le pays puisse démontrer que l'état de droit est solide dans le pays. Plus important, Javier Solana, secrétaire général du Conseil de l'UE, doit résister à l'envie de faire preuve de largesse dans son rapport le mois prochain sur les progrès des réformes en Roumanie. L'octroi de 2,5 milliards d'euros en subventions cette année, et les milliards à venir sur les cinq prochaines années, doivent dépendre de ce verdict. Il est temps d'employer la manière forte avec Bucarest." (15.05.2007)

La Repubblica - Italie

Une Union européenne à 27 vitesses

"A quoi sert l'UE ?", se demande l'éditorialiste Lucio Caracciolo en constatant qu'en de nombreuses occasions, les pays qui la composent préfèrent agir chacun de leur côté. Il doute que l'élection de Nicolas Sarkozy en France améliore la situation. "D'abord Romano Prodi puis Giorgio Napolitano : nos dirigeants ont adopté un ton grave pour nous mettre en garde sur l'état de l'UE, en signalant ainsi que même au plus haut niveau de l'Etat italien, on se rend compte que la crise que traverse cette Europe n'est pas une crise de croissance mais une vraie crise d'identité (...). La victoire de Sarkozy scelle l'idée d'une Europe à 27 vitesses. Le nouveau président français a déjà confirmé que l'intérêt national guidera son action et qu'il mettra un point d'honneur à consolider le rôle de la France dans un directoire informel à trois : Paris, Londres et Berlin. Rome, Madrid et Varsovie sont reléguées en deuxième division". (15.05.2007)

I Kathimerini - Grèce

La Grèce doit revoir ses relations avec la Turquie

"L'idée d'un 'partenariat privilégié' entre Ankara et l'UE, proposée par M. Sarkozy [le président français récemment élu] et chaudement soutenue par la chancelière allemande Angela Merkel, est seulement viable si la Turquie choisit elle-même cette option, pour des raisons qui lui sont propres", remarque le chroniqueur grec Costas Iordanidis. "Le gouvernement grec n'approuve pas cette idée car elle permettrait à Ankara de profiter de tous les avantages de l'UE sans l'obliger à coopérer avec la Grèce et à se soumettre aux relations de bon voisinage. Le gouvernement chypriote est plus ou moins du même avis. (...) L'entrée de Sarkozy sur la scène politique européenne va provoquer un fort ralentissement, sinon une paralysie totale, de la marche turque vers l'UE. Cela implique une vigilance accrue de la part de la Grèce, qui a toujours pensé que la Commission européenne serait capable de résoudre ses problèmes avec la Turquie." (15.05.2007)

ÉCONOMIE

die tageszeitung - Allemagne

Daimler se sépare de Chrysler

Nicola Liebert explique que le 'mariage' entre les constructeurs Daimler et Chrysler était voué à l'échec dès le début. La prestigieuse marque allemande et les 'produits bas de gamme' américains n'ont jamais fait bon ménage et la coûteuse fusion n'était qu'une affaire de prestige. "Il y a neuf ans, Stuttgart s'enthousiasmait : une entreprise allemande rachetait un groupe américain - et pas l'inverse. L'Allemagne faisait son entrée dans le grand monde. Bientôt la direction américaine a été éliminée et les Allemands se sont emparés de tous les pouvoirs. Les joies de la mondialisation ! (...) L'audace de ce mariage transatlantique est caractérisée par la réaction des syndicats allemands et même américains : ils ont salué à l'unanimité la vente de Chrysler à un fonds de Private Equity - qui ne manque pas une occasion de terrifier les employés. Ils auraient préféré n'importe quoi que de s'accrocher à Daimler, une multinationale dont le seul but était se prouver qu'elle comptait dans ce monde." (15.05.2007)

Göteborgs-Posten - Suède

La couronne, symbole biaisé de l'indépendance de la Suède

La Suède, devenue comme sa voisine finlandaise membre de l'UE en 1995, conserve sa monnaie nationale, la couronne suédoise. Selon Gert Gelotte, il aurait mieux valu suivre l'exemple de la Finlande qui a rejoint la zone euro en 2002. Il souligne que dans la pratique, la Suède mène déjà les mêmes politiques économiques que les pays de la zone euro - sans pouvoir influencer les décisions de la Banque centrale européenne. "Pour les Finlandais, l'euro représente une libération. Ils savent d'expérience qu'il vaut mieux chercher des alliés quand les temps sont favorables. Les Suédois vivent avec l'illusion qu'ils ont surmonté les catastrophes du XXe siècle sans aucune aide. Selon eux, il vaut donc mieux mener ses propres affaires de son côté. L'influence de l'Histoire sur notre manière d'évaluer le présent et de réfléchir à l'avenir est grande. Si grande que la majorité des Suédois préfèrent l'illusion de l'indépendance à une codétermination de l'avenir." (15.05.2007)

MÉDIAS

Jornal de Notícias - Portugal

La disparition d'un enfant déclenche un climat d'hystérie au Portugal

Sergio Andrade déplore le climat d'hystérie qui prévaut depuis dix jours au Portugal à la suite de la disparition d'une petite Britannique. "Les chaînes de télévision se jettent sur l'affaire et l'exploitent sans vergogne. Le président de la République, acculé, doit confesser qu'il est 'préoccupé, tout en gardant espoir'. (…) Le gouvernement annonce qu'il paiera aux parents de la fillette les coûts du séjour forcé au Portugal, faisant endosser sans raison la culpabilité au régime ou aux institutions du pays. Après le président et le gouvernement, à qui le tour ? Au Parlement ? Au fil des jours, les médias ont enquêté sur d'autres aspects du problème. Ils interrogent des familles portugaises dont les enfants ont disparu. Toutes constatent que la police n'a pas agi avec autant de force que dans le cas présent. Qu'est-ce qui a changé ? La réponse, on la trouve dans un titre du 'Jornal de Noticias': 'Le pays recherche la fillette blonde aux yeux bleus'. Étrangère donc ! (…) Ces jours-ci, j'ai l'impression de voir le Portugal agir comme un pays du Quart-Monde." (15.05.2007)

CULTURE

La Croix - France

Les musées français bientôt gratuits ?

La journaliste Sabine Gignoux se demande si la gratuité dans les musées nationaux, que le président élu Nicolas Sarkozy veut instaurer, peut démocratiser l'accès aux musées. "La gratuité dope incontestablement la fréquentation, du moins au début. (...) Mais ce public se diversifie-t-il vraiment pour toucher les milieux les plus modestes, ceux qui n'osent jamais franchir le seuil de musées jugés élitistes et intimidants ? Ou assiste-t-on à un simple effet d'aubaine pour des visiteurs déjà réguliers, voire aisés ? (...) Étendue à l'ensemble des musées nationaux, la mesure a été chiffrée par la Direction des musées de France à 200 millions d'euros, 6 % du budget du ministère. Celui-ci va-t-il pouvoir tenir la promesse présidentielle, sans demander aux musées des économies ou l'appel aux mécènes ? L'enjeu en vaut-il la chandelle ?" (14.05.2007)

COULEURS LOCALES

Le Monde - France

Qui se cache derrière le 'Soldat de Bronze' de Tallinn ?

"Qui est-il ? Quel est l'homme qui a servi de modèle à la statue en bronze du soldat soviétique dont le déplacement a jeté l'Estonie dans le chaos fin avril ? Qui se cache derrière ce monument massif d'un soldat à la poitrine puissante et à l'air viril, tête penchée en signe de recueillement ?" s'est interrogé Olivier Truc, envoyé spécial du quotidien à Tallinn. "L'homme qui a servi de modèle ne [serait] pas un russe, mais un estonien. Du coup, cela pourrait changer la signification de l'attitude du soldat. A quoi pense-t-il ? Au triste destin de son pays, à ses parents déportés en Sibérie ?" Le journaliste avance trois noms : Kristjan Palusalu, lutteur estonien, Albert Johannes Adamson, jeune travailleur qui habitait près de l'atelier du scuplteur estonien de la statue Enn Roos ou Vello Rajangu, un soldat estonien. Aino Saan, l'une des filles d'Enn Roos, tranche: "Le modèle est un soldat estonien de l'Armée rouge, mais pas un en particulier". (15.05.2007)

 

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