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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 22.06.2007

 

À LA UNE

Salman Rushdie au coeur d'une nouvelle controverse

Salman Rushdie au coeur d'une nouvelle controverse

 

L'écrivain Salman Rushdie, visé en 1989 par une fatwa le condamnant à mort, a récemment été fait chevalier par la Reine d'Angleterre. Cette décision a provoqué l'ire d'extrémistes musulmans qui qualifient de provocation l'anoblissement de l'auteur des 'Versets sataniques'. La presse européenne analyse cette affaire.

Extraits des publications suivantes:
La Libre Belgique - Belgique, The Independent - Royaume-Uni, Der Standard - Autriche, El País - Espagne

La Libre Belgique - Belgique

"Distinguer l'écrivain jadis controversé est une chose. Ne pas prévoir qu'une telle démarche risquait de provoquer quelques remous dans les milieux extrémistes musulmans en est une autre", relève l'éditoraliste Gérald Papy. "Près de vingt ans après la publication des 'Versets sataniques', près de dix ans après la mise au rancart de la fatwa mortifère, l'honneur fait à Salman Rushdie ne devrait cependant plus faire de vague. Mais la liberté, la tolérance, l'ouverture aux autres, que défendent les pays démocratiques et auxquelles ils ne doivent jamais renoncer, sont des valeurs qui ont peu de résonnance - et de moins en moins, serait-on tenté d'écrire - dans certains pays musulmans. Ces Etats malades de leurs extrémismes en ce sens que leurs dirigeants sont souvent tentés de composer, d'une façon ou d'une autre, avec eux." (22.06.2007)

The Independent - Royaume-Uni

Dominic Lawson relativise la controverse entourant le récent anoblissement de Salman Rushdie en rappelant que d'autres personnalités honorées par le passé sont nettement plus discutables. "Il y a deux ans, Iqbal Sacranie, l'ancien président du Conseil musulman britannique, a été fait chevalier. Il s'agit du même Iqbal Sacranie qui, lorsque l'ayatollah Khomeiny a lancé la fatwa contre Rushdie, a déclaré que 'peut-être la mort était une sortie trop facile pour lui'. Personne, malheureusement, ne s'est insurgé contre l'anoblissement de 'Sir Iqbal'. Mardi soir, j'ai pris part à la fête organisée pour le 60e anniversaire de Salman Rushdie. Plusieurs discours de félicitations ont été tenus - toutes à propos de son âge mais aucune pour son adoubement. Peut-être n'y a-t-il rien de surprenant à cela. Pour un homme condamné à mort au nom de toute une religion, avoir atteint l'âge de 60 ans est un plus grand mérite que tout autre colifichet." (22.06.2007)

Der Standard - Autriche

"Salman Rushdie est toujours la cause d'une grande agitation, 18 ans après l'apparition du terme 'fatwa' dans le vocabulaire occidental," écrit Gudrun Harrer. "L'hystérie autour de Rushdie est devenue une véritable épidémie chronique, et comme toute épidémie, elle se ranime de temps à autre. Après qu'une institution iranienne semi-étatique a mis sa tête à prix, Salman Rushdie a dû vivre dans l'ombre pendant plusieurs années (...) C'était il y a longtemps. Après sa 'parodia sacra' (qui appartient à la grande tradition occidentale, alors que dans les cercles culturels musulmans, les textes blasphématoires ou tout du moins anti-islamiques prennent souvent la forme de poèmes lyriques), Salman Rushdie a écrit quelques romans. Le monde musulman reste toutefois bloqué sur ses 'Versets sataniques'." (22.06.2007)

El País - Espagne

Le quotidien espagnol reprend une tribune publiée par The Guardian dans laquelle Priyamvada Gopal, professeur à l'université de Cambridge, reproche à Salman Rushdie ses positions politiques. "Sir Salman est en partie la création de la fatwa qui a renforcé le 'choc des civilisations' en cours et que George Bush, comme Oussama Ben Laden, trouve si pratique. Poussé dans l'obscurité et le désespoir par le fanatisme, Rushdie a finalement émergé en clignant des yeux dans le soleil de New York peu avant que les tours ne s'effondrent. A partir de ce moment là, il allait mettre son formidable talent littéraire au service d'un régime américain qui proclamait son propre monopole fondamentaliste sur la signification des mots 'liberté' et 'libération'. Honoré pour services rendus à la littérature, Sir Salman n'est assurément pas un néoconservateur, mais l'icône d'une tendance plus pernicieuse : ces gens de lettres progressistes qui souscrivent à l'idée que les valeurs humaines, la tolérance et la liberté sont des idées fondamentalement occidentales qui doivent être défendues en tant que telles." (22.06.2007)

RÉFLEXIONS

Frankfurter Rundschau - Allemagne

Adam Krzeminski et l'opinion publique européenne

Le journal publie un discours prononcé à Prague la semaine dernière par le journaliste polonais Adam Krzeminski dans la cadre d'une conférence sur l'opinion publique européenne. "L'opinion publique européenne est une réalité et en même temps une chimère, voire une impossibilité philosophique. Les discours nationaux s'accordent difficilement avec un discours commun dans lequel se reconnaîtraient à la fois la Pologne et le Portugal, Chypre et la Laponie. (...) Malgré tout, l'opinion publique européenne demeure un rêve quotidien. (...) L'Europe est devenue un redresseur de torts, une instance de contrôle et une entité pédagogique. C'est à la fois le papier de tournesol et le catalyseur des débats nationaux et des conflits sur la politique intérieure. Peut-on compter sur Bruxelles pour anéantir les mordus de l'autoroute prêts à détruire des écosystèmes uniques ou pour freiner les législateurs, qui, pour régler leurs comptes avec les communistes et les opposants politiques, bafouent les droits de l'homme ?" (22.06.2007)

L'Hebdo - Suisse

Jacques Rupnik juge paradoxale l'évolution politique de l'Europe de l'Est

L'historien Jacques Rupnik analyse dans une interview réalisée par Yves Steiner l'évolution politique des pays de l'Est entrés dans l'UE en 2004. "Il y a un paradoxe. La transition vers la démocratie et l'économie de marché, tout a réussi. Le niveau de vie de la population a augmenté avant et après l'adhésion à l'UE. Mais en même temps, le rejet des élites s'instaure. C'est un rejet de ceux qui ont réalisée l'entrée dans l'UE, de la Pologne à la Hongrie en passant par l'ex-Tchécoslovaquie. (...) Cela tient à une nouvelle donne politique, marquée par une polarisation et une poussée du populisme. Ces courants populistes critiquent le consensus qui avait animé tous les gouvernements, de droite comme de gauche, dès 1989 : l'adhésion à l'économie de marché, le développement d'un Etat de droit et l'arrimage à l'OTAN et à l'UE. En attaquant cela, on porte le fer contre l'héritage postcommuniste et non contre l'héritage communiste." (15.06.2007)

Le Monde - France

Pour Thomas Ferenczi, l'esprit communautaire s'essouffle en Europe

Le chroniqueur Thomas Ferenczi remarque que l'idée d'une Europe qui préserve "les souverainetés nationales" a pris la place d'un projet brisant le monopole de la légitimité politique des Etats-nations. "Les débats entre les Vingt-Sept sur un nouveau traité institutionnel confirment l'essoufflement de l'idée européenne. Sous la pression des eurosceptiques, dont la détermination s'accroît, l'Union s'éloigne peu à peu de l'esprit communautaire. La nouvelle génération des dirigeants du Vieux Continent s'accommode volontiers de cette évolution. Nicolas Sarkozy, en particulier, considère les institutions européennes avant tout comme l'instrument d'une coopération entre gouvernements. (...) L'Europe qui se dessine est différente de celle dont rêvaient les fédéralistes. C'est ce que pensent ceux qui ne renoncent pas à l'idée d'un pouvoir supranational. Mais ceux-là sont aujourd'hui minoritaires." (22.06.2007)

POLITIQUE

Rzeczpospolita - Pologne

Les infirmières polonaises réclament plus d'argent pour la santé

Les infirmières de Varsovie font grève depuis le 19 juin. Elles exigent une augmentation des salaires et plus d'argent pour le système de santé. Igor Janke commente la situation dans la laquelle se trouve le Premier ministre polonais. "Les manifestations compliquent la préparation et la surveillance des discussions de Bruxelles, mais c'est le problème du gouvernement, et pas celui des infirmières ou des médecins. Le gouvernement est là pour résoudre les problèmes. Il dispose des moyens nécessaire pour traiter efficacement vingt affaires en même temps. C'est ce que nous sommes en droit d'attendre des dirigeants, car c'est la mission que leur a confiée le peuple. Il n'est pas raisonnable de reprocher aux infirmières de manifester à la veille du sommet de Bruxelles, car, pour elles, les problèmes de racine carrée et de double majorité sont très abstraits." (22.06.2007)

Evenimentul Zilei - Roumanie

La Roumanie élève modèle de l'UE

La sommation lancée par le président de la Commission européenne José Manuel Barroso aux nouveaux membres "de ne pas compliquer la vie de l'UE", rappelle à Rodica Culcer la violente déclaration de l'ex-président français Jacques Chirac en 2003. A l'époque, il était question de la participation des pays de l'UE à la guerre en Irak et Jacques Chirac avait déclaré que les nouveaux membres de l'OTAN avaient manqué une bonne occasion de se taire. "Alors que la Roumanie n'avait pas pu tenir sa langue à l'époque, elle fait aujourd'hui figure d'élève modèle. (...) Il n'y a aucun débat autour du nouveau traité constitutionnel européen ou du système de vote. Peu avant son voyage à Bruxelles, le président Basescu a déclaré (...) qu'il ne partageait pas la position de la Pologne ou du Royaume-Uni. Mais à quoi cela sert-il de suivre la position des grands pays occidentaux sans émettre une seule critique ? Ne devrions-nous pas nous montrer un peu eurosceptiques, même si nous risquons de nous attirer les foudres de José Manuel Barroso ?" (22.06.2007)

Dnevnik - Slovénie

Le porte de sortie de l'UE est grande ouverte

"L'intransigeance vis-à-vis des intérêts nationaux en en qui concerne la nouvelle constitution, le manège des frères Kaczynski au cours de ces derniers jours et les conditions générales de préparation du nouveau document : tout cela a conforté de nombreux vétérans de Bruxelles dans l'idée que l'élargissement de 2004 est intervenu bien trop tôt," écrit Bojana Rozic. "Le débat, qui prend de plus en plus la tournure d'un dilemme germano-polonais, s'est encore aggravé cette semaine à la suite des brèves déclarations des dirigeants polonais, à la limite du mauvais goût, qui rappellent la manière dont Vladimir Poutine a noué le dialogue avec Bruxelles. (...) Par conséquent, une bonne partie des dirigeants politiques européens, Angela Merkel la première, souhaitent donner une réponse cinglante aux Polonais, Britanniques et autres eurosceptiques : voici la porte'. Car l'Union européenne pourrait parfaitement s'en sortir sans eux." (22.06.2007)

Libération - France

Polémique en France autour du ministère de l'Idéntité nationale

Les protestations se poursuivent en France contre la création par le nouveau président Nicolas Sarkozy d'un 'ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Codéveloppement'. Une pétition vient ainsi d'être lancée pour demander que son nom soit changé. Laurent Joffrin, directeur du quotidien, soutient cette initiative. "Dans la France républicaine, le nom de ce ministère est un symbole nuisible. (...) L'Etat français proclame que la présence sur le sol national de minorités venues d'ailleurs est un problème - une menace ? - pour l'être même de la nation. (...) Cette idée contredit directement la tradition et les principes de notre pays, dans ce qu'ils ont de plus respectables. Depuis la Révolution, la France est un pays d'immigration. (...) Un gouvernement qui s'est justement ouvert, bien plus qu'un autre, aux 'minorités visibles' aurait tout avantage à conserver dans ce domaine sa cohérence." (22.06.2007)

Le Jeudi - Luxembourg

La xénophobie augmente-t-elle au Luxembourg ?

Un récent sondage indique que 60 % des Luxembourgeois estiment que l'identité nationale n'est pas respectée par les étrangers vivant au Grand-Duché. PourJacques Hillion, rédacteur en chef de l'hebdomadaire, ces résultats tirent "la sonnette d'alarme" sur la xénophobie ambiante. "Que nous apporte de plus ce sondage? Que les tensions sont fortes, que l'opinion publique est largement divisée, opposée notamment en ce qui concerne l'avenir de l'identité nationale, sa pérennité face à l'Union européenne et l'immigration. (...) Les politiques mais aussi l'ensemble de la société civile doivent intervenir et débattre d'identité et d'immigration, définir une forme de nation où tout un chacun pourrait se retrouver en toute plénitude et non pas avec amertume, avoir une approche plus sociale." (21.06.2007)

ÉCONOMIE

Financial Times - Royaume-Uni

Le syndicat de Deutsche Telecom: un exemple pour les employés de la poste britannique?

Alors que la poste britannique fait face depuis le 21 juin à sa première grève depuis dix ans, le quotidien salue le "pragmatisme du syndicat" de la Deutsche Telekom (DT) en Allemagne, dont les employés ont accepté une réduction de salaire de 6,5 %. "Une telle flexibilité est la meilleure réponse des syndicats face à la mondialisation, mais les meilleures industries ne devraient pas cacher leur besoin d'effectuer d'autres réformes structurelles. (...) Le syndicat aide DT à survivre sans toutefois abandonner sa part du gâteau. (...) La volonté des syndicats de troquer les salaires contre la protection des emplois - amplifiée par l'acceptation de travailler plus d'heures sans augmentation de salaire chez Siemens en 2004 - a contribué à la reprise de l'économie allemande. Par contre, les syndicats doivent aller plus loin [et] (...) renoncer à certains de leurs pouvoirs au sein des conseils d'administration." (22.06.2007)

CULTURE

Frankfurter Allgemeine Zeitung - Allemagne

La Documenta essuie une tempête artistique

Non seulement le service de la voirie de Kassel a effacé l'oeuvre d'art de l'artiste chilienne Lotty Rosenfeld, mais la Documenta de Kassel doit également lutter contre les éléments naturels. L'oeuvre d'art la plus populaire de l'exposition, la sculpture 'Template' d'Ai Weiwei - une tour construite à partir de vieilles portes et fenêtres victimes du boom de la construction en Chine - a été détruite par une tempête. L'artiste chinois trouve son oeuvre encore plus réussie. Même Niklas Maak est conquis : "les visiteurs des ruines pourront les interpréter comme suit : Ai a fait une sculpture avec des morceaux de vieilles maisons détruites, transformant l'énergie destructrice de la mondialisation en une nouvelle forme dénuée de tout sens ; cette oeuvre d'art a été transformée une nouvelle fois par une nature malmenée par les changements climatiques ; (...) L'échec productif est un des principaux thèmes de cette Documenta - la cathédrale de ruines d'Ai Weiwei s'accorde avec cette histoire de l'art de l'abandon et de la forme libérée par la déformation. De ce point de vue, les dieux de la météo ont offert la parfaite oeuvre d'art à Roger M. Buergel [directeur artistique] et sa Documenta." (22.06.2007)

CHOUX DE BRUXELLES

Hufvudstadsbladet - Finlande

La vodka va-t-elle perdre sa pureté ?

Le Parlement européen a décidé que la vodka pourrait désormais être fabriquée à partir d'autres produits agricoles que les céréales ou les pommes de terre, tandis que les autres spiritueux demeurent soumis à une "loi de pureté". Björn Mansson est furieux. "L'argument avancé est que la vodka est différente des autres spiritueux parce qu'elle se compose d'alcool pur. Peu importe donc la matière première. Toutefois, 'alcool pur' signifie également que l'alcool doit être vraiment pur. Dans quelle mesure les produits distillés clandestinement peuvent-ils garantir cette pureté ? 'Altia' et les autres producteurs de vodka classique pourraient considérer cette décision comme un défi et commencer à concevoir de nouveaux produits. Que donnerait du whisky fabriqué avec de la betterave ? La betterave rouge donnerait au moins la bonne couleur au Campari." (22.06.2007)

 

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