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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 13.02.2008

 

À LA UNE

Assimiler ou intégrer les immigrés ?

Assimiler ou intégrer les immigrés ?

 

Lors d'un discours prononcé le 10 février à Cologne, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a qualifié l'assimilation des immigrés turcs en Allemagne de "crime contre l'humanité". Une affirmation qui relance le débat sur l'intégration des immigrés en Europe.

Extraits des publications suivantes:
Neue Zürcher Zeitung - Suisse, Süddeutsche Zeitung - Allemagne, Trouw - Pays-Bas, Népszabadság - Hongrie

Neue Zürcher Zeitung - Suisse

Eric Gujer estime que "la visite de Recep Tayyip Erdogan et les réactions à l'incendie d'un immeuble à Ludwigshafen [dans le sud ouest de l'Allemagne] rappellent une nouvelle fois que seule une partie de la minorité turque partage le nouvel enthousiasme allemand pour l'intégration. Les débats passionnés sur l'intégration montrent que la communauté turque est très hétérogène en Allemagne. Les représentants de diverses associations turques ont demandé la parole, ont exprimé leur point de vue avec éloquence et, le plus souvent, plaidé pour le renforcement de l'intégration. Il y a 15 ans, ces représentants n'étaient guère nombreux et la plupart d'entre eux se considéraient comme des défenseurs des intérêts turcs au niveau de l'Etat. Dans l'intervalle, un large éventail de personnes influentes, dont des écrivains et des intellectuels, ont fait leur apparition. Les positions que ces personnes représentent vont des thèses modérées aux opinions radicales et séculaires et trouvent un certain écho auprès de la société majoritaire. Il y a 10 ans, aucune voix germano-turque ne se faisait entendre et n'était en mesure d'influencer les débats." (13.02.2008)

Süddeutsche Zeitung - Allemagne

Thomas Steinfeld estime que, pendant son discours, Recep Tayyip Erdogan a peut-être mal utilisé le terme 'assimilation', mais qu'il a néanmoins évoqué avec justesse l'échec de l'intégration. "En réalité, les termes 'assimilation' et 'intégration' sont faciles à définir. On entend par 'intégration' la réunion d'éléments différents, dont les divergences restent visibles. En revanche, 'l'assimilation' revient à intégrer les personnes déracinées pour favoriser leur homogénéisation. Toutefois, en Allemagne, personne ne demande cette homogénéisation, ce qui rend ce débat bien étrange. (...) Il est donc vraisemblable que le Premier ministre turc craigne 'l'assimilation' car il ne veut pas abandonner les Turcs vivant en Allemagne. En outre, il ne faut pas oublier que cette inquiétude pour sa diaspora permet de détourner l'attention d'autres conflits, en particulier du paradoxe selon lequel la Turquie, sur son propre sol, demande aux Kurdes la même assimilation qu'elle ne peut tolérer en Allemagne." (13.02.2008)

Trouw - Pays-Bas

Le quotidien estime que les propos d'Erdogan confortent "l'image de communautés d'immigrés qui ne veulent pas s'intégrer. (...) Il n'y a aucun pays en Europe occidentale qui a sérieusement envisagé d'assimiler entièrement ses minorités. La conservation de l'identité culturelle et/ou religieuse est une valeur clé de la démocratie européenne, l'invisibilité des individus dans une société homogène n'étant pas un objectif poursuivi dans nos pays. Les pays qui répriment encore les droits des minorités - comme par exemple la Turquie le fait avec les Kurdes - se font, à juste raison, taper sur les doigts par l'Europe. (...) L'intégration des migrants, et surtout des musulmans, est actuellement un sujet extraordinairement sensible en Europe occidentale et le débat est parfois tendu (...). Au vu de cette sensibilité, Erdogan aurait mieux fait, en tant que Premier ministre turc, de montrer moins clairement le chemin à suivre dans leur pays d'accueil aux Turcs allemands." (13.02.2008)

Népszabadság - Hongrie

András Dési, correspondant du journal en Allemagne, commente le discours de Recep Tayyip Erdogan. "Cela peut sembler bizarre, mais le chef du gouvernement a finalement rendu service aux politiciens allemands. En effet, il sait pertinemment que les conservateurs allemands désapprouvent l'entrée de la Turquie dans l'UE. Ce discours spectacle a permis de délivrer un message : on peut, à force d'objections et de prétextes, barrer le chemin à la Turquie qui, sur le plan économique, est intégrée depuis longtemps à l'Europe. Mais il faut compter avec les 5,3 millions de Turcs qui habitent dans l'UE (certaines estimations avancent même le chiffre de 15 millions). Le kebab va continuer à faire partie du quotidien des Allemands et des Européens, même si beaucoup le trouvent indigeste." (13.02.2008)

RÉFLEXIONS

The Guardian - Royaume-Uni

Simon Jenkins dénonce le nouvel interventionnisme britannique

Simon Jenkins critique les guerres menées par le Royaume-Uni et les Etats-Unis au nom de l'humanitarisme. "Le gouvernement britannique ne comprend toujours pas la différence entre soutenir des impératifs moraux et les appliquer. (...) Cette génération d'hommes politiques occidentaux n'a pas d'expérience de la guerre et aucun sens de l'Histoire. Le nouvel interventionnisme peut différer de l'ancien impérialisme, car il ne cherche pas à coloniser ou diriger des pays. Mais il n'a pas changé dans sa conviction que les valeurs occidentales peuvent (et doivent) être imposées à des Etats parfois réticents par le biais de l'occupation militaire. (...) Il n'y a pas de texte dans la loi internationale qui justifie de préférer un système de gouvernement à un autre. L'auto-détermination, malgré tous ses défauts, a été l'essence même des Etats-nations à travers l'Histoire. (...) Le Royaume-Uni peut faire briller son phare, mais elle ne peut pas imposer ses valeurs sur le monde. Il a essayé trop de fois, et a échoué." (13.02.2008)

El Mundo - Espagne

Javier Redondo décrypte la politique spectacle

Javier Redondo, professeur espagnol de sciences politiques, analyse un nouveau rouage de la démocratie médiatique. "La vidéopolitique, à savoir la diffusion de vidéos à faible contenu informatif mais très fort sur le plan émotionnel, élimine à la base tout débat argumentaire. Non pas parce qu'elle ressuscite la propagande ou augmente la démagogie, (...) mais parce qu'elle possède le stimulant dévastateur de l'image dans une société qui vit à toute vitesse et dont les citoyens ne perdent pas leur temps à s'occuper des problèmes de la 'polis'. (...) De plus, elle colle parfaitement au moyen de diffusion, Internet, où l'individu pressé cherche sa propre injection de pseudo-information. La vidéopolitique n'est qu'une forme avancée de propagande incrustée dans une nouvelle conception de la politique : la démocratie médiatique (...). Les dons en communication et la télégénie y prennent le dessus sur les qualités traditionnelles d'un dirigeant (...)." (13.02.2008)

POLITIQUE

Berlingske Tidende - Danemark

Un des caricaturistes de Mahomet visé par un attentat

La police danoise a arrêté le 12 février trois personnes soupçonnées d'avoir préparé un attentat contre le dessinateur Kurt Westergaard, auteur d'une des douze caricatures du prophète Mahomet publiées en 2005 par le quotidien danois 'Jyllands-Posten'. Il l'avait représenté coiffé d'un turban dans lequel se trouvait une bombe. Le 'Jyllands-Posten', et dix autres journaux danois, ont décidé de publier de nouveau cette caricature ce 13 février. Pour le quotidien 'Berlingske Tilende', "cette histoire a tout de même eu un effet positif : l'affaire des caricatures et les réactions aux événements ont clairement montré que la liberté d'expression est un principe fondamental d'une société libre. Désormais, il est évident que personne ne peut tolérer les attaques contre la liberté d'expression. Cette fermeté a été une belle leçon pour les antidémocrates de tout poil, au Danemark et ailleurs. La liberté d'expression garantit le droit de penser, de dire et de dessiner ce que l'on souhaite. Chacun est responsable de ses actes devant la loi. Et aucune action terroriste ne changera quelque chose à l'affaire." (13.02.2008)

Politis - Chypre

L'indépendance du Kosovo pèse sur la présidentielle à Chypre

"Même si le premier tour de la présidentielle chypriote se tient dans quatre jours [le 17 février] et que les candidats sont au coude-à-coude, le regard des Chypriotes grecs est tourné vers le Kosovo", constate l'éditorialiste Lefteris Adinilis. "Car le jour du premier tour est aussi le jour présumé de l'indépendance du Kosovo. Le thème principal des élections est la réunification de l'île  : comment ne pas voir dans la probable déclaration d'indépendance du Kosovo une zone d'ombre imposante ? La Russie a jeté une bombe diplomatique cette semaine en faisant un parallélisme entre l'indépendance du Kosovo et l'indépendance de la partie Nord de Chypre. (...) La Russie est le seul membre permanent du Conseil de sécurité de l'Onu, qui s'oppose ouvertement à l'indépendance du Kosovo. Elle refusera de la reconnaître. Alors, la réunification de Chypre, qui semble si proche, est-elle déjà condamnée ?" (13.02.2008)

De Volkskrant - Pays-Bas

Les Pays-Bas doivent protéger Ayaan Hirsi Ali

"Lorsque le gouvernement a décidé de mettre fin en 2007 à la protection d'Ayaan Hirsi Ali, il a été prévenu par différentes sources de la perte de prestige des Pays-Bas", explique le quotidien. "Cela est à nouveau arrivé le week-end dernier lors de la manifestation de soutien organisée à Paris. La décision mesquine des responsables politiques néerlandais a permis à la France de se présenter comme la protectrice généreuse du monde libre. (...) Le message est clair : la France s'engage contre les fanatiques religieux alors que les Pays-Bas préfèrent lâchement, encore une fois, regarder de l'autre côté. (...) Une démocratie doit protéger ses citoyens contre l'extrémisme violent d'un islam politique qui veut détruire la liberté sur laquelle notre société est basée. Ceci est actuellement plus vrai à Paris qu'à La Haye. Mais si le gouvernement néerlandais fait maintenant le bon choix et protège Hirsi Ali, comme le Royaume-Uni l'a fait pour Salman Rushdie, on pourra régler cette gênante affaire." (12.02.2008)

Týždeň - Slovaquie

La liberté d'expression fait débat en Slovaquie

La justice slovaque a condamné Miklós Duray, vice-président du Parti de la coalition hongroise (SMK), à une amende d'un million de couronnes (environ 30 000 euros) pour avoir qualifié de 'fasciste' le Parti national slovaque (SNS, extrême droite) dirigé par Ján Slota, membre de la coalition au pouvoir à Bratislava. Stefan Hrib, rédacteur en chef du quotidien, désapprouve cette décision selon laquelle Miklós Duray a offensé le SNS. "Ján Slota propage une haine nationaliste tellement forte (particulièrement contre la Hongrie) que de nombreux Slovaques ont du mal à évoquer le concept même de 'nation'. Et même si quelques journalistes stupides considèrent encore que c'est un patriote, l'intérêt de la Slovaquie n'a jamais été la tasse de thé de Jan Slota. N'est-il pas bizarre qu'il ne soit pas condamné pour ses grossièretés et ses tirades haineuses ? (...) Les deux politiciens doivent au moins avoir le droit de dire le fond de leur pensée. Le jugement du tribunal contre Miklós Duray n'est pas uniquement préjudiciable au condamné, mais également à notre liberté d'expression." (12.02.2008)

La Repubblica - Italie

L'avortement ne doit pas être un argument de campagne

Alors que la campagne électorale vient de débuter en Italie, la question de l'avortement s'annonce déjà centrale. Le 11 février, le leader de la droite, Silvio Berlusconi, a souhaité que l'ONU adopte un moratoire sur le sujet. Le 12, la police a fait irruption dans un hôpital de Naples pour interroger une femme qui venait de subir un avortement thérapeutique. Francesco Merlo s'insurge. "Qu'auraient fait les sept agents s'ils étaient arrivés pendant l'opération et non juste après ? Auraient-ils laissé le fœtus dans le ventre de la femme? (...) Cet évènement ressemble à une histoire inventée pour démontrer la stupidité des fanatiques de la vie à outrance, pour montrer à quelle férocité on peut arriver au nom d'un principe noble (...). Espérons que cet horrible épisode de Naples servira à montrer toute la pauvreté d'une idée qui attribue à la gauche de ce malheureux pays la folle envie d'avorter, et à la droite, la défense de la vie." (13.02.2008)

ÉCONOMIE

Postimees - Estonie

Fin du conflit sur le gaz entre l'Ukraine et la Russie

Le président ukrainien Viktor Iouchtchenko est parvenu le 12 février à un accord avec la société Gazprom, empêchant ainsi le blocage de l'approvisionnement. Toutefois, le journal estonien n'y voit pas une solution aux problèmes. "Le gaz est toujours une menace pour l'Ukraine et la Russie peut s'en servir quand bon lui semblera. Les modalités de paiement des factures de gaz est un thème récurrent de la politique interne. La question consiste à savoir comment ce débat va profiter aux personnes qui doivent rester dans le froid, en proie aux doutes. Moscou le sait et n'a aucune difficulté à déstabiliser l'Ukraine. (...) L'accord conclu le 12 février n'est rien d'autre que du chantage politique. Vladimir Poutine a mis en garde l'Ukraine contre la construction d'infrastructures de l'OTAN sur son territoire et a menacé de pointer ses missiles. Maintenant, que peut faire Viktor Iouchtchenko, si ce n'est promettre de consulter Moscou sur la question de l'OTAN ?" (13.02.2008)

Gândul - Roumanie

Les Roumains font leurs courses à l'étranger

Les salaires roumains sont parmi les plus bas d'Europe, alors que les prix sont comparables à ceux d'Europe de l'Ouest. Selon le journal, "il y a peu d'argent, mais beaucoup de spéculateurs. Une étude de la banque J.P. Morgan révèle que les prix et les salaires roumains représentent respectivement 59 % et 37 % de la moyenne européenne, soit un écart de 22 %. La Bulgarie, supposée être à la traîne derrière la Roumanie, présente quant à elle un écart de 8 % seulement. En République tchèque et en Slovaquie, les prix sont plus bas qu'en Roumanie, mais les salaires y sont deux fois plus élevés. (...) Les consommateurs réagissent en allant faire leurs courses ailleurs. Les personnes vivant près de Bucarest se rendent en Bulgarie pour acheter des produits moins chers, les Transylvaniens vont en Hongrie et les habitants du nord en Ukraine." (13.02.2008)

MÉDIAS

Libération - France

La télévision publique française craint la suppression de la publicité

Les médias publics français sont touchés par une grève ce 13 février. Ils s'inquiètent du projet du chef de l'Etat de supprimer la publicité dans l'audiovisuel public. "Une chaîne publique sans publicité, avec des programmes de qualité en lieu et place des divertissements racoleurs en tous genres? Oui, bien sûr, trois fois oui", commente Fabrice Rousselot. "Mais voilà, derrière la belle annonce, comme souvent, c'est le vide. Sans argent pourtant, point de télé publique telle qu'on la rêve. Car la fin de la pub ne signifie pas la fin de la course à l'audimat ou même le renoncement à la 'trash tv'. C'est le financement qui permet de prendre plus de risques, d'imposer des émissions novatrices, de développer les fictions françaises. A Nicolas Sarkozy donc de se donner les moyens de 'révolutionner' la télé. Sous peine de voir dans son annonce de plus sombres desseins, comme celui, par exemple, de se débarrasser d'une chaîne publique soudain exsangue (...)." (13.02.2008)

CULTURE

Berliner Zeitung - Allemagne

La Berlinale accueille pour la première fois un documentaire

"C'est la première fois qu'un documentaire est en compétition à la Berlinale [Festival international du film de Berlin]. Le fait que ce soit le premier film d'Errol Morris, relatant le scandale des tortures de la prison d'Abou Ghraib, témoigne de l'addiction de notre culture aux images", écrit Harald Jähner à propos du documentaire 'Standard Operating Procedure'. "Ce documentaire décrit le quotidien de la plus grande prison militaire irakienne. Il traite tout particulièrement de la force des images, du sadisme, du voyeurisme et d'une forme très perfide du cinéma amateur et de photographie, mis scène par des soldats américains avec trois appareils photographiques numériques." Harald Jähner estime néanmoins que l'approche d'Errol Morris est "discutable". Le cinéaste oscarisé s'est fait un nom avec des documentaires 'impressionnistes'. Il n'est jamais à court d'idée. C'est un maître de la mise en scène rétrospective qui sait faire d'un documentaire un véritable spectacle visuel qui, sur le plan esthétique, n'a rien à envier aux fictions les plus spectaculaires. Il tente de rivaliser avec les cruels metteurs en scène d'Abou Ghraib, mais n'y parvient pas." (13.02.2008)

COULEURS LOCALES

The Independent - Royaume-Uni

Londres trop laxiste avec les milliardaires

Le gouvernement britannique veut supprimer la faille fiscale qui permet aux riches britanniques d'éviter de payer des impôts, en déclarant une situation fiscale de 'non-résident'. "Cette ruse consiste à vivre au Royaume-Uni sans en être un résident officiel. Elle permet aux 54 milliardaires du pays de n'être soumis à un taux d'imposition que de 1,5 %". Mark Steel considère erroné l'argument selon lequel une réforme fiscale ferait fuir les riches. "La force de cet argument est qu'il dit que laisser les gens les plus riches du pays ne pas payer d'impôts est bon pour l'économie. Ainsi, moins nous prenons aux riches, plus nous sommes riches. (...) Avec l'Irlande, nous sommes le seul pays qui permet aux riches de vivre ici et ne pas payer d'impôts, et apparemment nous devrions en être fiers. Alors vantons-nous ! 'Nous sommes tellement laxistes qu'ils viennent nous voler. N'est-ce pas merveilleux ? Ils ne volent pas la France ou l'Italie, seulement nous . Mais nous ne devons pas les déranger, car ils risqueraient d'aller voler ailleurs'." (13.02.2008)

 

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