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Revue de presse / Archives / Revue de Presse | 15.10.2008

 

À LA UNE

Gordon Brown, étonnant sauveur

Gordon Brown, étonnant sauveur

 

Le Premier ministre britannique eurosceptique, Gordon Brown, a longtemps été considéré comme un personnage secondaire au sein de l'Union européenne. Aujourd'hui, la crise bancaire a placé l'ex-ministre des finances au cœur de l'action. Tandis que les médias britanniques observent d'un œil critique sa nouvelle popularité, la presse européenne estime pour sa part que son plan de sauvetage annonce une réorganisation structurelle en Europe.

Extraits des publications suivantes:
Financial Times Deutschland - Allemagne, The Guardian - Royaume-Uni, Dagens Nyheter - Suède

Financial Times Deutschland - Allemagne

Le journal économique Financial Times Deutschland estime que les politiques se caractérisent par leur gestion des crises. Dans le cas de la crise bancaire, l'ex-ministre des Finances Brown s'est révélé être étonnamment compétent. "Le Premier ministre britannique était considéré comme quelqu'un de sinistre, d'indécis et de désespérément incompétent dans sa tâche. Aujourd'hui, il est célébré comme un sauveur, car la manière avec laquelle il a géré la crise est devenue un modèle pour les autres Etats. ... Avant que la crise n'éclate, Brown était considéré comme un personnage tragicomique - un homme qui voulait absolument être Premier ministre mais qui s'est montré désespérément incompétent dans sa tâche. Son plan de sauvetage est pourtant une réussite. Il a non seulement été adopté en Grande-Bretagne, mais aussi dans le monder entier. ... Les crises forgent les politiques. ... Brown agit soudainement de manière calme, déterminée et contrôlée." (15.10.2008)

The Guardian - Royaume-Uni

Le quotidien progressiste de gauche The Guardian commente la nouvelle popularité de Brown dans la crise financière mais reste pessimiste quant à ses chances à long terme : "Brown devrait se tenir sur ses gardes et ne pas présumer trop tôt, trop vite du climat favorable ambiant. De récents sondages d'opinion à l'échelle nationale ont peut-être montré les meilleurs scores pour le Labour depuis des mois, mais cela ne veut pas dire grand chose. Celui-ci reste loin derrière les conservateurs - un retard de 10 points dans le dernier sondage - et il lui manque encore une importante part des voix par rapport au scrutin de 2005. En outre, le sondage de [l'institut de sondage] YouGov du week-end dernier a indiqué qu'une importante majorité est très critique à l'égard de la politique de gestion de l'économie de Brown. ... Lorsqu'il faudra voter, le fait que monsieur Brown a peut-être sauvé les institutions financières risque de moins peser dans la balance que le puissant reproche qui lui est fait - et que les partis d'opposition lui ont déjà fait hier -, à savoir que c'est lui-même qui a d'abord laissé les banques faire naufrage." (15.10.2008)

Dagens Nyheter - Suède

Pour le quotidien de Stockholm Dagens Nyheter, Brown est le héros de la crise financière. Il a suggéré de s'inspirer du modèle suédois de financement des banques en temps de crise, et a ainsi fait preuve de capacité d'analyse et d'action politique. Le journal tire aussi un enseignement de cette crise pour l'organisation politique de l'UE. "Il est purement fortuit que ce soit la France qui occupe actuellement la présidence de l'UE avec une direction politique reconnue et efficace. Si le traité de Lisbonne était entré en vigueur, nous disposerions en permanence d'un président de l'UE semblable. Il serait en effet élu précisément pour cette mission qu'il occuperait au moins deux ans et demi. Et Gordon Brown a montré qu'une personne même modérément intéressée par l'Europe conviendrait pour ce poste." (15.10.2008)

POLITIQUE

Balsas - Lituanie

Un référendum critiqué en Lituanie

Parallèlement au vote pour les élections législatives, les Lituaniens pouvaient se prononcer dimanche sur la prolongation de l'activité de la centrale nucléaire contestée d'Ignalina. Le quorum nécessaire n'a toutefois pas été atteint. Le portail d'informations Balsas critique le faible taux de participation : "Ce n'est pas une bonne chose que la majorité des électeurs n'ait pas saisi l'occasion de s'exprimer. Mais la responsabilité principale incombe aux politiques lituaniens qui avec leur impuissance et leur maladresse n'ont absolument pas préparé ce référendum. Ils savent tous pourtant que la centrale nucléaire d'Ignalina doit être démantelée fin 2009 puisque cela faisait partie du cahier des charges pour l'adhésion de la Lituanie à l'UE. Le référendum aurait été l'occasion de demander aux politiques comment ils imaginent garantir [à l'avenir] l'approvisionement énergétique, et pourquoi on n'a toujours pas raccordé le réseau avec l'étranger." (15.10.2008)

The Independent - Royaume-Uni

Non à Big Brother

Le gouvernement britannique prévoit une nouvelle loi sur la communication permettant de créer une "super base de données" comportant les sauvegardes de courriers électroniques, de données téléphoniques et du trafic Internet. Le quotidien The Independent critique ce projet. "Nous pourrions demander pourquoi nous avons besoin de cette loi qui est justifiée comme étant une mesure anti-terroriste nécessaire alors que le système actuel semble fonctionner parfaitement. La police peut déjà demander des informations aux fournisseurs de services Internet sur les communications téléphoniques et les emails de personnes suspectes. Et [d'ailleurs] en règle générale elle reçoit ces données. Pourquoi le gouvernement doit-il sauvegarder lui-même toutes ces informations ? ... L'ironie dans cette affaire est que l'histoire a déjà montré qu'un Etat qui recueille un grand nombre d'informations sur ses citoyens peut compliquer la tâche de ses fonctionnaires qui doivent garder un oeil sur les véritables menaces à sa survie. ... Mais l'objection principale que l'on peut faire contre cette loi est peut-être encore plus fondamentale. De la même façon que la base de données ADN qui croît rapidement et le programme pour une carte d'identité nationale, cette loi menace de nous traiter comme une nation de suspects. Tous ceux qui protègent nos libertés doivent s'y opposer." (15.10.2008)

Delo - Slovénie

Négociations pour former une coalition en Autriche

Le SPÖ (parti social-démocrate) et l'ÖVP (parti conservateur) ont engagé deux semaines après les élections des négociations pour former une coalition. Le quotidien Delo demande dans ce contexte que l'Autriche reste pro-européenne. "Mais cela pourrait se révéler difficile avec les négociations entre le SPÖ et ((und)) l'ÖVP, le chef du SPÖ Werner Faymann ayant demandé à ce que tous les traités futurs de l'UE soient adoptés par référendum. … Toutes les statistiques économiques montrent pourtant combien le pays a gagné au niveau économique grâce à l'élargissement à l'Est. … Mais la logique seule ne suffit pas à faire comprendre aux eurosceptiques que l'UE n'est certes pas une vache sacrée qu'il est impossible de critiquer, mais l'unique assurance que l'Europe ne retourne pas de nouveau à un état de règlement de comptes permanent, comme le souhaitent les nationalistes." (15.10.2008)

Trouw - Pays-Bas

Il ne faut pas diminuer les subventions allouées aux partis

La ministre néerlandaise de l'Intérieur Ter Horst entend modifier la loi sur le financement des partis. Cette réforme prévoit qu'à l'avenir, les députés devront recevoir leur argent directement et non plus via le parti. Pour le quotidien Trouw, les partis constituent "encore la base [du] système parlementaire et jouent un rôle déterminant dans la promotion et le choix des candidats. Malheureusement, de ce fait, ils entretiennent parfois une culture politique qui demande de la part des députés indépendants et mandatés personnellement de se plier aux intérêts des groupes parlementaires et des coalitions. ... C'est dans ce contexte qu'il faut aussi envisager la proposition visant à diminuer les subventions des partis jusqu'à dix pour cent en 2011. S'il s'agit d'argent pour les personnes, les partis auront besoin de moins de fonds. Or la ministre se trompe ici sur la pratique. Les partis ... se rendraient un grand service à eux-mêmes et à la démocratie s'ils protestaient contre cette diminution." (15.10.2008)

RÉFLEXIONS

Le Monde - France

Daniel Vernet sur les conséquences politiques de la crise financière

Le journaliste Daniel Vernet imagine des scénarios d'évolution possible du monde des Etats suite à la crise financière mondiale. "Il n'est pas trop tôt pour s'interroger sur les conséquences géopolitiques de la crise. ... Les équilibres idéologiques, politiques et économiques en seront profondément changés. Ensuite, la crise va accroître le déclin relatif de la puissance américaine au profit de l'Asie, commencé bien avant. ... Dans un ordre international régi par le balance of power, le déclin d'une puissance pourrait profiter à d'autres. Ce n'est pas exactement le cas aujourd'hui. Dans un système globalisé, l'interdépendance distribue également les pertes comme les gains. ... Le retour de l'Etat que marque cette crise peut avoir deux conséquences opposées [pour l'Europe] : ou bien les Européens se replient sur la fausse sécurité du nationalisme et du protectionnisme, ou bien - et ce serait souhaitable - ils organisent, au niveau de l'Union européenne, un rôle pour la puissance publique." (15.10.2008)

Evenimentul Zilei - Roumanie

Andrei Postelnicu sur le travail de mémoire en Roumanie

Andrei Postelnicu se penche dans le quotidien Evenimentul Zilei sur le caractère insidieux du travail de mémoire en Roumanie. "Le Parlement a blanchi en un tour de main [l'ancien dictateur roumain] Nicolae Ceauşescu : il n'aurait pas disposé de comptes à l'étranger. Les désagréments d'une poursuite pénale relative à un génocide moral condamnable ont été épargnés à l'ex-président Ion Iliescu – la marche [organisée] des mineurs sur Bucarest en 1990. Ces deux actes s'inscrivent dans une vieille tendance fort préjudiciable dont nous devrons sentir les effets pendant des décennies. La gravité de ces quasi non-lieux est mise en lumière par le souvenir d'autres actes qui font écho à ceux-ci et que la société a dû supporter au cours de ces 20 dernières années – le fait que l'Eglise ait fermé les yeux sur la collaboration de nombreux prêtres avec la Securitate [services secrets de la République populaire de Roumanie] ou le dénigrement des valeurs morales dans le processus de remboursement des propriétés saisies sous le communisme. Prises dans leur ensemble, ils [ces non-lieux] reflètent la tendance de la Roumanie à balayer sous le tapis les moments désagréables du passé – des faits qui ne nous conviennent pas et que nous aimerions bien rayer de l'histoire. … Le fait d'avoir omis de façon répétée de mettre de l'ordre dans notre propre passé ne fait qu'approfondir notre ignorance émotionnelle collective. … La société dans son ensemble doit porter le poids de la colère et de la déception – un obstacle sur la voie de l'honnêteté dans le dialogue de la Roumanie avec elle-même." (15.10.2008)

ÉCONOMIE

El País - Espagne

Les Etats-Unis copient le plan de sauvetage britannique

Le quotidien El País considère le nouveau plan de sauvetage des banques américaines comme une copie du plan britannique : "Le secrétaire du Trésor américain, Henry Paulson, a tellement modifié son plan de sauvetage au fur et à mesure qu'il s'est transformé en une imitation et une copie du plan britannique de sauvetage des banques, dont l'idée principale repose sur la participation au capital des banques concernées quand celles-ci le sollicitent. .. Le principal critère pour exécuter un programme de sauvetage bancaire est la rapidité. Les retards provoquent des pertes pour les banques et mettent en difficulté le financement des entreprises. Certains politiques et économistes considèrent que le plan a tardé à être approuvé et que ce retard entraînera une croissance moindre et un chômage plus élevé." (15.10.2008)

Le Figaro - France

L'opium des intellectuels ?

En marge de la crise financière, le quotidien Le Figaro demande à ce que l'on ne tire pas de conclusions hâtives concernant le système financier. "En l'espace de quelques jours tant de bêtises ont été dites ou assénées sur cette crise financière que l'on peut se demander si ce krach-là n'est pas devenu le nouvel opium des intellectuels. ... Par ici, on lit que c'est la fin du capitalisme. Par là, on découvre que c'est l'échec de la mondialisation. ... D'abord non seulement le capitalisme ne va pas disparaître, mais il va rester, heureusement, le système dominant de l'économie mondiale. Et il va ressortir de cette crise plus fort, car assaini de certaines pratiques outrancières, que le marché finit toujours par corriger. ... Nous n'assisterons pas au retour de l'État ou des États. L'action publique s'est déconsidérée comme jamais à l'occasion de cette crise financière. Qu'il s'agisse des incantations sur les garanties de dépôts, des sauvetages de banques, et enfin des actions minimalistes des banques centrales. Tout a échoué." (15.10.2008)

CULTURE

La Repubblica - Italie

Un auteur menacé de mort

Roberto Saviano, l'auteur de "Gomorra", livre-enquête sur la mafia et best-seller qui a servi de base au film éponyme nominé aux Oscars, a reçu des menaces de mort de la part des Casalesi, un clan de la mafia qu'il a dénoncé dans son roman. Cet écrivain de 28 ans se sent prisonnier de sa propre œuvre et veut quitter l'Italie. Dans un commentaire, le quotidien La Repubblica lance un appel à la prudence : "A qui appartient la vie de Saviano ? Seulement à celui qui peut la perdre ? Le sort de Saviano devient de plus en plus l'affaire de la démocratie italienne. Son existence, sa vie sans défense où ses seules armes sont les mots, évolue désormais dans une zone floue dans laquelle la différence traditionnelle entre guerre et paix n'existe plus, dans laquelle la mafia peut déclarer la guerre à l'Etat, et dans laquelle l'Etat a pendant trop longtemps été incapable de mettre un terme à la violence et à rétablir les droits civiques. Si Saviano perd, nous perdrons tous de façon désespérée." (15.10.2008)

COULEURS LOCALES

Právo - République tchèque

Le drapeau européen ne flottera pas sur la "maison" de Klaus

Le quotidien de gauche Právo critique le président tchèque Václav Klaus car, malgré la future présidence de l'Union européenne de son pays en 2009, il ne veut pas voir flotter le drapeau européen sur les bâtiments de son siège, le château de Prague : "Tous ceux qui connaissent Klaus en République tchèque ou dans l'UE ne seront pas surpris de cette mise au point. Chacun sait que Klaus a son caractère. Il s'élève contre tout ce qui ne lui plaît pas. Cette fois-ci, c'est contre un drapeau qui n'est pas le symbole de l'Etat national." L'argument de Klaus selon lequel la République tchèque est également membre de l'OTAN ou de l'ONU mais n'a pas pour autant hissé leurs drapeaux, est irrecevable. "Klaus n'a jamais été en conflit avec aucune de ces deux organisations. Alors qu'il a mené une guerre contre l'UE, la mène encore et la mènera toujours. ... Toutefois, la République tchèque est devenue membre de l'UE en raison d'une décision majoritaire des Tchèques lors d'un référendum. C'est la différence par rapport à notre appartenance à l'ONU ou à l'OTAN qui n'a pas été précédée d'un référendum. ... 'Ma maison - mon château' est une jolie formule. Mais le château de Prague n'est pas la maison de Klaus." (15.10.2008)

SPORT

Die Presse - Autriche

Les sportifs dopés ne sont pas des héros

Les scandales de dopage dans le sport de haut niveau remettent en question le caractère exemplaire des sportifs, écrit le quotidien Die Presse : "Les annonces de dopage écornent l'image du sportif héroïque. … L'infraction des règles, le risque de mettre en jeu sa santé ou de provoquer la fin de sa carrière, peuvent toutefois devenir en soi de nouvelles valeurs. … Mais en répétant tel un mantra l'exigence de ne pas criminaliser le sport et de le préserver du droit pénal en l'abandonnant à la grâce divine, on oublie que l'on a besoin du soutien des autorités pour démasquer les hommes de l'ombre. L'agence nationale de lutte contre le dopage ne réussira pas à elle seule à faire en sorte que la loi soit appliquée. Et l'unique policier qui enquête pour le barreau ne suffira pas non plus pour cela." (15.10.2008)

 

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