04.07.2009

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À la une de lundi, 13. mars 2006


La mort de Slobodan Milosevic

L'ancien président yougoslave Slobodan Milosevic a été retrouvé mort, samedi 11 mars, dans sa cellule de la prison du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Le procès de cet homme inculpé de crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide, avait débuté le 12 février 2002. Au total, il était accusé de 66 crimes de guerre perpétrés en Croatie, en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo dans les années 1990. La presse européenne s'intéresse aux répercussions de sa mort pour la Serbie, les Balkans, l'UE et le tribunal des Nations-Unies.


The Independent - Royaume-Uni

"Milosevic aura apporté le désastre et la honte à la grande nation serbe. Les Serbes sont aujourd'hui perçus dans une trop grande partie du monde comme les auteurs d'agressions et de massacres tels que ceux de Srebrenica", écrit dans un commentaire Paddy Ashdown, ex-Haut représentant de la communauté internationale en Bosnie (de mai 2002 à janvier 2006). "Les Serbes ont fini par réaliser qui il était, et c'est la raison pour laquelle ils se sont débarrassés de lui. Mais pendant trop longtemps Milosevic s'est joué de trop d'hommes d'Etat occidentaux. L'intervention armée est arrivée trop tard. La communauté internationale a enfin ouvert les yeux à propos du Kosovo. S'ils avaient réalisé plus tôt qu'il ne faisait pas partie de la solution mais plutôt du problème, des milliers de gens auraient survécu, et des millions d'autres n'auraient pas été chassés de leurs foyers". (13.03.2006)


Delo - Slovénie

Selon Ervin Hladnik-Milharcic, Milosevic a réuni le fascisme et le socialisme. Et il a été largement aidé dans cette tâche : "D'une étape à l'autre, il a toujours été soutenu, lors des élections, par une large majorité. Ce qu'il a fait n'était pas surprenant. En revanche, il est choquant qu'il ait reçu le soutien du peuple. Or, maintenant qu'il est mort, cela risque d'être oublié. Des millions de collaborateurs soutiendront n'avoir pas su ce que faisait Milosevic". (13.03.2006)


Neue Zürcher Zeitung - Suisse

"Sa mort soudaine rend impossible sa condamnation, et il est difficile de contenir sa colère lorsque l'on pense au cynisme de Milosevic et à la façon dont il méprisait les hommes et les faits", commente l'écrivain serbe Bora Cosic. "J'imagine déjà comment l'ancien dictateur poursuivra son cheminement terrestre à travers la mémoire, l'imaginaire et la triste naïveté de mon peuple. Parce que le peuple a perdu son chef et se sent rejeté, il acceptera les errances d'un dictateur mort (...). Je me demande aujourd'hui combien de temps il nous faudra pour nous libérer de ce fantôme. Si la vie terrestre de Slobodan Milosevic a trouvé son terme, il n'aura jamais payé pour ses plans diaboliques et nécrophiles". (13.03.2006)


Süddeutsche Zeitung - Allemagne

Pour l'auteur Richard Swartz, la relation symbiotique du couple Milosevic est une spécialité des Balkans. "Le couple Slobodan-Mira Milosevic fait écho au couple Nicolae-Elena Ceausescu en Roumanie, au couple Enver-Nexhmije Hoxha en Albanie, à la relation entre Todor Jivkov et sa fille Ludmila en Bulgarie. Nous voyons un homme au pouvoir, mais une femme se tient à l'arrière-plan, et c'est elle, en réalité, qui gouverne. Les liens du sang sont plus forts que toutes les autres loyautés, aussi bien pour les hommes que pour les idées. Cette communion étroite au pouvoir est empreinte d'une forme de folie légère, de népotisme, d'une foule de projets bizarres et fantastiques, d'astrologie, d'occultisme et, si nécessaire, d'un fanatisme qui ne craint pas de recourir à la violence". (13.03.2006)


Népszabadság - Hongrie

"Slobodan Milosevic est arrivé au pouvoir par la télévision (...). Et il a terminé sa carrière [au TPIY] de La Haye, en sachant que le procès serait suivi par des millions de personnes devant leur poste de télévision", commente le journaliste György Szerbhorvát, qui vit en Serbie. "Il était agressif et ne se départissait jamais de son fameux petit sourire cynique. De temps en temps, il était rouge, mais il ne paraissait jamais désespéré, et encore moins malade. Il serait faux de croire qu'il a été un communiste ou un nationaliste forcené. Il ne voulait rien d'autre que le pouvoir. C'était un comédien, qui avait appris à utiliser la télévision pour servir ses intérêts". (13.03.2006)


Libération - France

Pour l'éditorialiste Gérard Dupuy, le procès et la mort de l'ex-président yougoslave Slobodan Milosevic illustrent les limites de l'action politique de l'Europe. "Si à peu près aucune voix ne s'élève aujourd'hui pour la défense de Milosevic, cet unanimisme réprobateur ne doit pas faire oublier qu'il a été un moment près de réussir ce qui doit bien être appelé la dernière guerre de conquête de l'histoire européenne, dont le nom de code était 'grande Serbie'. La trop longue passivité des Européens avait permis à cette ambition néfaste de se déployer et de répandre des désordres qu'en définitive seules les armes américaines ont pu stopper. Jusqu'au malaise suscité par sa mort, qui anéantit un procès déjà peu satisfaisant, Milosevic aura tendu à ses voisins du Vieux Continent un très grimaçant miroir". (13.03.2006)


Dagbladet Information - Danemark

Torben Krogh rejette la critique selon laquelle le TPIY aurait travaillé trop lentement. "Il fallait que ce procès respecte en tous points les droits de l'accusé. C'est cela qui fait la différence entre une société qui accepte les droits de l'Homme et le régime de Milosevic. Par ailleurs, il avait été condamné de longue date par l'opinion publique internationale. Ce dont cette mort nous prive, c'est du verdict d'un juge. Cela aurait été important pour les proches des nombreuses victimes de son régime (...). Personne ne doute que Slobodan Milosevic ait été un criminel de guerre de la pire espèce - à l'exception peut-être de quelques groupes serbes qui le considèrent toujours comme un héros". (13.03.2006)


La Repubblica - Italie

Le réalisateur bosniaque Danis Tanovic, dont le film 'No man's land' a reçu l'oscar du meilleur film étranger en 2002, réagit à la mort de Slobodan Milosevic dans une interview réalisée par Laura Putti. "Slobo est un danger même dans la mort. Aujourd'hui, pour de nombreux Serbes Milosevic est un martyr. J'ai peur de voir les réactions des groupes nationalistes serbes (...). La politique serbe n'a pas changé. Tant que le président [serbe] Boris Tadic continuera à soutenir les nationalistes, il ne sera pas possible de reprendre les relations avec la Bosnie. Le problème de la Bosnie, c'est qu'elle partage avec la Serbie plus de la moitié de ses frontières. Et quand quelque chose ne fonctionne pas à Belgrade, cela a des répercussions à Sarajevo". (13.03.2006)


» Ensemble de la revue de presse de lundi, 13. mars 2006

 

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