Comment mettre fin aux troubles en France ?

Suite à de nouvelles violences lors d'une manifestation contre la loi Travail mardi, le président François Hollande a brandi la menace de l'interdiction de manifester. Ceci serait contraire aux principes démocratiques, soulignent certains commentateurs. D'autres en revanche appellent à recadrer énergiquement les syndicats, et critiquent surtout la CGT.

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Libération (FR) /

Interdiction de manifester : une mesure contreproductive

Les menaces proférées par François Hollande n’auront pas l'effet escompté, prévient Libération :

«[I]l est parfaitement logique qu’un exécutif, quel qu’il soit, tienne un langage de fermeté. La CGT elle-même, et tous les syndicats responsables, condamnent les méfaits de ces minorités. Alors le gouvernement, qui est chargé de maintenir l’ordre démocratique… A une nuance près : autant la sanction des déprédateurs est justifiée, autant la menace d’une interdiction générale de manifester est exagérée. Ce serait faire porter au mouvement social, quoi qu’on pense par ailleurs de ses buts, la responsabilité d’agissements qui ne sont pas de son fait. La violence antidémocratique ne doit pas faire reculer la démocratie, dont les principes et les procédures doivent être maintenus, même dans des circonstances difficiles. Ce serait, sinon, rendre des points aux activistes que l’on dénonce.»

Le Figaro (FR) /

Hollande n'est toujours pas à la hauteur

Il est grand temps que le président français sévisse contre les manifestants, préconise pour sa part Le Figaro :

«François Hollande menace d'interdire, le cas échéant, de nouveaux rassemblements contre la loi El Khomri. Au lieu de décréter purement et simplement que l'état d'urgence commande de proscrire toute sorte de manifestations et de rappeler fermement que la police, durement endeuillée par la barbarie islamiste, a autre chose à faire que de disperser des voyous encagoulés et dont la sauvagerie sidère. Mais, toujours soucieux d'improbables accommodements, le président n'ose pas. Comme il n'ose pas tonner comme il le faudrait contre la CGT et la rendre responsable financièrement des ruineux dégâts que ses défilés provoquent. Encore et toujours ce délétère souci d'être prudent lorsque la réalité commande d'être implacable.»

Corriere della Sera (IT) /

La France est l'otage d'une minorité

La CGT est la seule responsable du chaos actuel en France, déplore Jean-Marie Colombani dans le quotidien Corriere della Sera :

«On oublie que les syndicats hostiles au projet sont en minorité. Les autres, les syndicats réformistes, CFDT en tête, sont favorables à la réforme. … Ils ont participé à la rédaction actuelle du projet et y ont apporté plusieurs importantes modifications. Voilà précisément le cœur du problème : la CGT, puissante essentiellement dans le secteur public, risque d’être dépassée par la CFDT au titre de premier syndicat de France. Nous assistons donc à une tentative pathétique de la CGT d'obtenir une nouvelle légitimité par le biais de ce mouvement.»

Deutschlandfunk (DE) /

La cohésion de la société part à vau-l'eau

Pour la radio allemande Deutschlandfunk, la vague de contestation que connaît la France trahit la déliquescence de la société française :

«Les soi-disant 'débordements' commis par des jeunes et de jeunes adultes ont atteint une intensité criminelle que seule la haine permet d'expliquer : une haine surtout dirigée contre la police, mais aussi contre les représentants 'du pouvoir d’en haut' - la classe politique dans son ensemble. Elle a perdu de son prestige dans tout le pays, et à gauche, la présidence de François Hollande a engendré une grande déception supplémentaire. Le fossé entre riches et pauvres se creuse, les efforts d’intégration ne portent pas leurs fruits, bien au contraire : à l’époque où les nouvelles de terrorisme sont quotidiennes et émotionnellement omniprésentes, la part de la population d’origine arabe suscite d'office la méfiance. La cohésion des Français va à vau-l’eau – et c’est peut-être le plus grand problème du pays. Car il générè un climat dominé par l’inquiétude, l’isolement et le repli sur soi.»

Adevărul (RO) /

Les revendications irréalistes des Français

Les manifestants français refusent tout simplement de prendre la mesure des réalités. C’est ce que pense le journaliste Dinu Flămând sur le portail de blogs Adevârul :

«D’autres Etats libéraux, comme la Grande-Bretagne ou l’Allemagne, sans parler des Etats-Unis, font bien moins de cas des droits des travailleurs. Dans ces pays-là, les employeurs licencient et embauchent sans la moindre contrainte. En France, on n’a jamais voulu l’accepter. Or dans une économie mondialisée, dans laquelle les grandes entreprises s’installent dans des pays dépourvus de syndicats (comme la Chine), les revendications 'traditionnelles' des syndicats français paraissent issues d’un autre temps. … Ni les syndicats ni l’opinion publique française ne semblent vouloir comprendre que la mondialisation a des répercussions sociales aujourd’hui.»

Die Tageszeitung taz (DE) /

La responsabilité de l'Allemagne

La contestation française s’en prend à l’Elysée et à Matignon, mais ce faisant, elle se trompe de cible, affirme le quotidien taz :

«Le chômage augmente en France car les Allemands ont 'exporté' leur chômage. Le mot-clé, ici, c’est 'Agenda 2010' [réforme du marché du travail adoptée dans les années 2000 en Allemagne]. Les salaires réels allemands ont été systématiquement plafonnés afin de créer des avantages compétitifs. Les Français, en revanche, se sont comportés de façon correcte jusqu’à maintenant. Ils ont laissé leurs revenus suivre l’évolution du progrès technique, renonçant ainsi à attiser la concurrence par le biais du dumping salarial. Ils en paient le prix fort aujourd’hui : grâce à ses petites combines, l’Allemagne dispose aujourd’hui d’un avantage compétitif de près de 20 pour cent. C’est quasiment le plein emploi outre-Rhin, tandis que le chômage est aux alentours des dix pour cent en France. La politique française s’avère tout à fait impuissante face à cette agression allemande. … La solution n’est pas en France, mais en Allemagne : c’est là qu’il faudrait augmenter les salaires, afin de combler les lacunes générées par la concurrence déloyale.»

Le Point (FR) /

Les motivations bien égoïstes de la CGT

Alors que d’autres syndicats ont fait des concessions dans leur lutte contre la loi Travail, la CGT reste pour sa part inflexible. Le Point explique les motivations du syndicat :

«Si la CGT tente aujourd'hui de mettre à sac l'économie française qui commençait à se réveiller, c'est pour défendre non pas l'emploi ni le pouvoir d'achat, mais seulement ses intérêts boutiquiers : en privilégiant la négociation en entreprise sur les accords de branche, le fameux article 2 de la loi Travail rabote son pouvoir d'influence, déjà en capilotade, dans le monde du travail. Elle est en effet comme un poisson dans l'eau dans le système kafkaïen des centaines de branches professionnelles au milieu desquelles tout le monde, à part elle, perd son latin.»

Diário de Notícias (PT) /

Tandis que l'Europe sociale agonise

La France n’est pas la seule à être frappée par une restriction des droits des travailleurs, rappelle Viriato Soromenho Marques dans le quotidien Diário de Notícias :

«Ce qui est en train d’agoniser en France, c’est le projet d’une Europe qui avait fait la promesse de protéger le travail des abus du capitalisme mondial. Dès 1989, Jacques Delors, ancien président de la Commission européenne, avait dénoncé le risque inhérent à un projet européen purement économique : 'Personne ne tombe amoureux d’un marché unique !' … Mais l’Europe actuelle de Manuel Valls fait fi des droits des travailleurs, pourtant ancrés dans les traités européens, et elle minimise le fait qu’un pays entier - la Grèce - serve de cobaye à l’expérimentation sociale du tout-austérité.»

Népszava (HU) /

Des grèves qui profitent au FN

Le Front National sera probablement le grand gagnant du statu quo entre Matignon et les syndicats dans le litige sur la loi Travail, souligne le quotidien de gauche Népszava :

«De nombreux Etats industrialisés ont déjà adopté des réformes semblables à celles que François Hollande tente aujourd’hui d’imposer aux Français. Le résultat de ces réformes, partout où elles ont été adoptées, c’est la généralisation de la précarité. Il n’est donc pas étonnant que la résistance des syndicats soit considérable. … Tandis que le bras de fer entre le gouvernement socialiste et les syndicats de gauche met la France à rude épreuve, les partisans du Front National de Marine Le Pen se frottent les mains - c’est ce qu’il y a de plus triste dans toute cette histoire. Le Pen sait bien que l’unique chance de réussite de l’extrême droite passe par la désagrégation de l’alliance naturelle entre les partis dits de gauche et les travailleurs.»

Alternatives économiques (FR) /

Les syndicats se tirent une balle dans le pied

Les protestations des syndicats se focalisent essentiellement sur l’article 2 de la loi Travail, qui prévoit de laisser à chaque entreprise le soin de déterminer la durée hebdomadaire du temps de travail, sans tenir compte des conventions collectives. Sur son blog hébergé par le site de l’hebdo Alternatives économique, l’économiste Jean-Pierre Bompard réprouve la contestation syndicale :

«L’article 2 qui renverse la hiérarchie des normes sur le temps de travail est indispensable pour permettre l’adaptation de nos activités à la mondialisation. D’autant que cette inversion ne concerne pas les salaires, hors heures supplémentaires. Cet article est aussi la dernière chance du syndicalisme pour retrouver de la légitimité de terrain. … Les conflits autour de cette loi sont une illustration claire de deux conceptions du syndicalisme. Le refus ou le compromis. Il resterait à voir s’il n’existe pas un espace pour combiner du refus et faire naitre de nouveaux droits. Le syndicalisme du refus aujourd’hui engendre à terme une non adhésion au syndicalisme en général.»

L'Humanité (FR) /

Eviter d'envenimer la situation

Plus de 160 universitaires et intellectuels français ont signé l’appel lancé par la Fondation Copernic, un cercle de réflexion critique du libéralisme, demandant au gouvernement de cesser d’attiser les tensions dans le pays. Un appel relayé par le journal L’Humanité :

«Le gouvernement n’a pas de majorité à gauche pour imposer cette régression sociale majeure, qui écrit l’histoire à l’envers. Et il doit se confronter à une intersyndicale et à des mobilisations qui, depuis trois mois, redonnent de l’espoir à des millions de salarié.e.s, de précaires, de jeunes, de sans-droits. … Les Nuits debout en montrent les potentialités. Jouer des tensions et des violences policières, vouloir user les grévistes, tenter des coups de force au Parlement, où cela va-t-il aboutir ? Nous sommes inquiet.e.s, comme beaucoup en ce moment. Faudra-t-il à ce gouvernement un mort comme lors de la loi Devaquet en 1986 ? Il vaudrait mieux, au plus vite, qu’il cesse de côtoyer les risques de tragédie.»

Naftemporiki (GR) /

L'éternelle nostalgie des Français

Les Français font preuve d’un certain romantisme dans leur attachement aux anciens idéaux, commente le quotidien conservateur Naftemporiki :

«Syndicats et travailleurs ne lâchent rien. Au contraire, leur mobilisation est maximale et paralyse les moyens de transport, les ports et les aéroports. C’est un coup dur également pour le tourisme de la Ville Lumière, qui cherche encore à se remettre des attaques terroristes du mois de novembre. … Pour le moment, les Français résistent avec vigueur, s’opposant à toute mesure portant atteinte au droit du travail, sans tenir compte des arguments avancés par les économistes. … Ils continuent à se battre, contrairement aux Grecs, qui ont cessé de croire au 'retour du printemps'. Les Français ne donnent pas la priorité au droit du marché. Ils continuent de se référer à la devise de la révolution française : Liberté, Egalité, Fraternité.»

Sabah (TR) /

Des grèves annonciatrices du déclin de l'Europe

Les grèves et les manifestations en France sont le signe avant-coureur de la fin du rêve européen. C’est ce qu’affirme en tout cas le quotidien pro-gouvernemental Sabah :

«Nous allons au-devant d’un grand bouleversement ! Le Vieux Continent dépérit. Son mode de production, ses relations et ses modèles sont inadaptés à l'ère actuelle. Les valeurs dont il se réclame sont incompatibles avec les réalités politico-économiques contemporaines. Le continent perd sa flexibilité et sa capacité à se remettre en question. ... Il semblerait que nous assistions aux premiers ravages sérieux de la mondialisation en Europe, et ce d’une façon entièrement inédite. Bien sûr, ce changement ne se produira pas du jour au lendemain, et peut-être qu’il aura lieu dans un autre pays européen que la France. Mais les évènements actuels annoncent le début de la fin.»

Diário de Notícias (PT) /

Un très mauvais timing pour adopter la réforme

En tentant de faire passer précipitamment la réforme du marché du travail avant le coup d’envoi de l’Euro de football, le gouvernement français commet une grave erreur, selon Diário de Notícias :

«Alors même que plus de deux millions de touristes sont attendus pour l’Euro 2016 en France, la paralysie des raffineries et les manifestations des syndicats ont mis le pays sens dessus dessous et remis en cause la majorité parlementaire. On peut concevoir que l’agenda politique soit chargé d’ici aux présidentielles, et qu’un report de la réforme à septembre empêcherait les répercussions escomptées sur l’économie d’ici le printemps 2017 - sans oublier que Marine Le Pen est aux aguets. Mais en politique, le bon timing n’est pas toujours primordial, il faut aussi savoir faire les choses convenablement.»

L'Express (FR) /

Conserver un volet de la loi Travail

Le très controversé article 2 du projet de réforme prévoit que les partenaires sociaux puissent, indépendamment des conventions collectives en vigueur, mener au niveau de l’entreprise des négociations portant notamment sur les temps de travail. Dans son blog hébergé par L’Express, Jacques Attali conseille de conserver ce passage et de retirer le reste de la réforme :

«Alors que le débat va se concentrer sur les amendements à apporter à l’article 2, pour le vider de son contenu, je propose de faire l’inverse. Garder l’article tel quel parce qu’il offre une vraie démocratie dans l’entreprise en poussant les salariés à se syndiquer pour obtenir des avancées sociales. Et renoncer au reste du texte, pour rédiger une loi sur la formation professionnelle des chômeurs, dont le pays a tant besoin et dont les syndicats n’ont que faire. Cette solution serait la moins favorable aux intérêts tactiques des divers groupes de pression, et la plus favorable aux intérêts à long terme du pays. C’est sans doute pour cela qu’elle ne sera pas retenue.»

El País (ES) /

En France, c'est l'Europe qui est en jeu

La violence de la contestation en France fait vaciller l'un des piliers porteurs de l’édifice européen, met en garde El País :

«Ce qui se produit en France dépasse le cadre d’un problème interne. Quelques jours avant le référendum sur le Brexit, un important membre de l’Europe s’écharpe sur le modèle de société et de marché du travail de demain. L’extrême droite se frotte les mains devant le tableau des partis de gauche et de centre-gauche, qui s’étripent avant les présidentielles de 2017. Ceci pourra sembler bien banal, mais le dialogue et la modération sont la seule issue à cette crise compliquée qui constitue un danger pour les institutions françaises»

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De Standaard (BE) /

Le Parlement doit avoir raison de la rue

Les grèves qui secouent actuellement la France et la Belgique trahissent une étrange conception de la démocratie, commente la chroniqueuse Mia Doornaert dans De Standaard :

«Pour les pays majoritairement protestants d’Europe du Nord, les parlements et les lois sont les fruits de la liberté. Il ne faut pas perdre de vue que la lutte pour la liberté avait pour objectif de transformer les sujets en citoyens qui aient voix au chapitre pour diriger le pays. … En Europe du Sud, en revanche, les gouvernements et les parlements élus démocratiquement sont bien souvent représentés comme autant d’obstacles à la liberté. La résistance opposée à ces institutions par la 'démocratie de la rue' a l’aura d’un élan révolutionnaire. … Il serait peu clairvoyant de témoigner aux deux approches la même sympathie. … Face au danger de la montée du populisme, au lieu d'affaiblir les règles du jeu parlementaire, il importe plus que jamais de les renforcer.»

The Times (GB) /

Cette réforme ne peut être qu'un début

La France doit de toute urgence mettre en œuvre les réformes envisagées en matière d’économie et de droit du travail, et même en adopter d’autres, selon The Times :

«Le président et le gouvernement de Manuel Valls doivent rester intransigeants dans leur volonté de réviser les régulations qui freinent l’activité économique. … Il faut faire passer les réformes actuelles, mais aller plus loin encore : revoir les conventions collectives, durcir les règles régissant les allocations-chômage. Réduire le secteur public hypertrophié et augmenter l’âge de départ à la retraite permettrait de comprimer le déficit public. Le président renâcle visiblement à prendre le taureau par les cornes, par crainte de plomber sa campagne électorale l’année prochaine. … Il a adopté un cap funeste et dangereux.»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

Il y aura des perdants sur toute la ligne

La mobilisation massive et croissante contre la loi travail, qui prévoit entre autres la suppression de la semaine des 35 heures, cause du tort à tout le monde, écrit Neue Zürcher Zeitung :

«Jusqu’ici, les Français n’ont pas fourni la preuve que la semaine des 35 heures était le bon modèle. Leur compétitivité est bien en-deça de celle d’économies européennes comparables. Le problème du chômage est loin d’avoir été surmonté ; d’importants segments de la population sont pris au piège de la pauvreté. La logique qui veut que l'on gagne autant d’argent en travaillant moins que ceux qui travaillent plus n’est pas vraiment convaincante. La très controversée réforme du code du travail, si elle entre en vigueur, a peu de chances de donner au pays le coup de pouce escompté ; car elle est trop timorée. Le coût des barricades attentera sans aucun doute à la conjoncture économique. Il n’y aura que des perdants. Le combat mené en France est absurde.»

Die Tageszeitung taz (DE) /

La rigidité est mauvaise conseillère

La gauche allemande se fourvoie quand elle pâlit d’envie à la vue de l’ampleur de la contestation en France, écrit le quotidien de gauche taz :

«Ils ont des tripes, les Français, se disent-ils. Si les Allemands avaient un peu de leur courage, nous irions mieux, et l’Europe irait mieux. Il y a là une part de vérité, mais ce n’est qu’une demi-vérité. … En Allemagne aussi les réformes [du marché du travail dites] Hartz IV s’étaient heurtées à la résistance, mais elle avait été bien moins radicale que ce à quoi on assiste en France. Les syndicats allemands ont eu peur de monter à l’assaut. ... Mais ce sont ces mêmes syndicats qui, plus tard, ont réussi à réformer quelque peu la réforme, en imposant le salaire minimum. Le salaire minimum est depuis longtemps monnaie courante en France, comme la revendication sociale radicale. Et pourtant, le salarié lambda français ne se porte pas mieux que le salarié outre Rhin – bien au contraire. Chercher à préserver la situation dans du formol n'est pas la solution idéale pour la France.»

ABC (ES) /

Hollande, modèle de fermeté

Impressionné par l'inébranlable volonté de réforme des socialistes français, le quotidien conservateur ABC espère pour sa part que leurs cousins espagnols du PSOE en prendront de la graine :

«Le PSOE devrait suivre l’exemple de Hollande et prendre ses distances par rapport à la gauche radicale, privilégiant le bien de l’Etat et des propositions salutaires pour l'ensemble du pays. Voici des jours que la France est ébranlée par une vague de contestation violente rejetant catégoriquement la réforme du code du travail prévue par le gouvernement Hollande. Mais au lieu de céder au chantage de la rue, les socialistes français maintiennent avec fermeté leur projet d’assouplissement d’un marché du travail souffreteux. C’est une précieuse leçon que les socialistes espagnols devraient bien potasser.»

Libération (FR) /

Des blocages absurdes

Les Français sont à nouveau appelés à manifester jeudi contre le projet de réforme du droit du travail, tandis que les syndicats menacent de paralyser le pays. Tout cela est vraiment exagéré, selon Libération :

«De quoi s’agit-il en fait dans ce conflit ? Non pas d’une attaque globale contre le code du travail, comme le disent certains manifestants. Non pas de 'l’inversion générale des normes', qui concernerait l’ensemble des règles sociales, comme on l’écrit parfois. Non, il s’agit de ramener au niveau de l’entreprise les seules négociations sur le temps de travail (à l’exclusion des salaires, des conditions de travail, des règles de licenciement, etc.). ... Cette affaire vaut-elle le blocage d’un pays entier, comme le veut la CGT ? Difficile à croire. D’autant que le retrait du projet aurait un inconvénient majeur : faire passer par-dessus bord les avancées incontestables qu’il contient.»

L'Opinion (FR) /

Hollande ne peut que perdre

La loi Travail place le président dans une bien fâcheuse posture, constate L'Opinion :

«Un an avant l’échéance de son mandat, François Hollande se trouve confronté à sa pire épreuve sociale et politique, obligé de résoudre une équation impossible : céder à la pression de la rue, remanier sinon retirer sa loi Travail mais risquer d’être disqualifié pour le temps qu’il lui reste à l’Elysée ; ou tenir, affronter la crise, encaisser la violence, imposer l’autorité de l’Etat et la légitimité de la loi, mais finir par tuer dans l’œuf tout espoir de regain de l’économie. Et dans tous les cas, être obligé de constater que, votée ou pas, sauvegardée ou tronquée, la loi El Khomri ne pourra plus servir à rien. Un choix perdant-perdant.»

Le Temps (CH) /

Seuls les sociaux-libéraux peuvent réformer le pays

L’affrontement entre la droite et la gauche montre bien que les sociaux-libéraux représentent l’unique espoir de changement, estime le groupe d’intérêt français Les Gracques dans Le Temps :

«Contrairement aux déclinistes et autres protectionnistes, les sociaux-libéraux croient en la capacité de la France à retrouver une trajectoire de croissance, à réduire le chômage et l’inégalité des chances, à améliorer le sort des plus démunis sans décourager l’esprit d’entreprise, à ressourcer l’Europe et à donner toutes leurs chances aux nouvelles générations. Mieux, c’est sans doute la seule force politique à pouvoir réformer la France avec ce qu’il faut de fermeté, mais aussi de tempérance et de légitimité. Loin d’être une 'eau tiède' entre droite et gauche comme ses détracteurs le dépeignent parfois, le social-libéralisme porte un projet de société inspirant et crédible. En cela, il est une vraie réponse à la crise de sens qui jette tant de nos compatriotes dans les bras des extrémismes politiques et religieux.»

De Volkskrant (NL) /

Incapable de mettre en place des réformes

En France, les enjeux sont bien plus grands qu’une simple nouvelle loi, rappelle De Volkskrant:

«Il y a deux possibilités. Soit le gouvernement maintient la loi en dépit des larges contestations. Soit le gouvernement cède sous la pression de la rue. Il y a dix ans, un gouvernement de droite a choisi la deuxième option lorsqu’une autre loi portant sur la lutte contre le chômage des jeunes a également rencontré une forte résistance. Une nouvelle défaite pour un gouvernement de gauche cette fois-ci montrerait que la classe politique française est incapable de mettre en place de telles réformes. Elle risquerait de détourner encore davantage de personnes de la politique, ce qui ferait le jeu à la fois de l’extrême-gauche et de l’extrême-droite à un an des élections. Reste à espérer que le gouvernement maintienne sa position, même si la loi en question est peu efficace.»

Les Echos (FR) /

Circulez, il n'y à rien à voir

Dans un entretien accordé à la chaîne de radio Europe 1, François Hollande a fait savoir qu’il ne comptait pas céder sur la réforme du code du travail. A quoi bon, demande le quotidien Les Echos :

«[A] quoi serait-il censé 'céder' ? A quelques centaines d’individus qui trompent leur ennui en campant place de la République à Paris ? A quelques milliers de professionnels de la manifestation, qui ont échoué à créer une mobilisation de grande ampleur contre un texte qui n'a rien de révolutionnaire ? … la réforme El Khomri s'apparente davantage à des petits pas qu'à un grand soir social. Livrées aux anarchistes et aux casseurs, les manifestations n’ont bien souvent plus rien à voir avec les protestations contre la loi travail.»

Ouest France (FR) /

Les députés PS ne se saborderont pas

Ouest-France doute que les dissidents socialistes soient prêts à renverser le gouvernement en s'alliant à la gauche :

«Combien à gauche sont prêts à ce suicide collectif, prêts à quitter le PS, à rejoindre Jean-Luc Mélenchon ? Combien accepteraient de porter la responsabilité d'une dissolution, à déclencher un raz-de-marée de la droite et du FN, une arrivée de Nicolas Sarkozy, en tant que chef de l'opposition, à Matignon ? Et même, combien à droite, dans l'état d'impréparation des Républicains, sont prêts à assumer une censure ? … Sur le papier, l'alliance de la droite et de quelques dizaines de frondeurs, communistes et quelques écologistes peut renverser le gouvernement. Dans les faits, il est peu probable que tous aient le courage qu'exigerait pourtant un minimum de cohérence et qui déclencherait un début de recomposition.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) /

On ne peut court-circuiter le peuple

Imposer la réforme du code du travail en recourant au 49.3 est une erreur, lit-on dans Frankfurter Allgemeine Zeitung :

«Les gouvernements français ont beau avoir recouru plus de 80 fois à cet outil depuis 1958, faisant fi des réticences de l’Assemblée, cela ne change rien à l’affaire. Un pareil tour de force est un aveu de faiblesse. Le gouvernement a échoué à convaincre de sa réforme non seulement les députés, mais aussi l’opinion. … Pourtant, une réforme du code du travail n’a jamais été aussi urgente en France. Les jeunes sont les premiers exclus du marché du travail car la législation stricte en matière de protection contre le licenciement ainsi que des indemnités de licenciement élevées empêchent la création d'emplois. Dans le même temps, la stricte réglementation de la durée du temps de travail et des augmentations de salaire supérieures à la productivité des entreprises paralysent ces dernières. Il n'en reste pas moins qu'un gouvernement n’a pas le droit de court-circuiter le peuple. Il doit gagner à sa cause les citoyens en leur proposant un programme cohérent. C’est sur ce point que Hollande a échoué.»

Les Echos (FR) /

Un moyen de se protéger d'une minorité

Le journal Les Echos légitime ce passage en force :

«L'article 49-3 de la Constitution est un bon outil démocratique. Il permet d'éviter de se trouver pris en otage par une minorité. Frondeurs de gauche ou frondeurs de droite, il s'en trouve à toute époque pour tenter de peser du poids politique qu'ils n'ont pas. Ceux-là aimeraient faire passer cet article de notre Constitution pour un dévoiement de la démocratie alors que c'est tout le contraire : il la protège contre une minorité qui voudrait faire la loi. Et si la procédure est certes brutale, c'est parce que notre histoire politique a été marquée par l'immobilisme de la IVe République.»

Autres opinions

Die Presse (AT) / 31 mai 2016
  Aucun pays d'Europe n'est aussi rétif aux réformes (en allemand)