Fillon peut-il battre Le Pen ?

Plébiscité aux primaires de la droite et du centre, François Fillon sera le candidat aux présidentielles de 2017. L'ex-Premier ministre est considéré comme ultraconservateur et tenant du libéralisme économique. Les éditorialistes s'interrogent sur ses chances de l'emporter au second tour dans un éventuel duel avec la candidate du Front National.

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Magyar Nemzet (HU) /

Une lueur d'espoir point à l'horizon de l'Europe

Fillon pourrait reprendre le flambeau de l’élite politique occidentale, qui a perdu le contact avec les électeurs, écrit le quotidien Magyar Nemzet :

«Fillon marque l’avènement d’un nouveau type de politique dans le camp conservateur français. Il sait se servir non seulement des nouvelles techniques de communication, mais met son expérience et l’expertise de nombreuses années au service de son travail, en faisant preuve d'un modernisme qui ne perd rien de son authenticité. Fillon n’a pas abandonné ses principes, il n’a fait que rajouter à son discours la dose de populisme, de nationalisme et d’éléments stimulateurs requis pour gagner les cœurs des électeurs inquiets. … Fillon pourrait servir de boussole à une élite politique occidentale en mal de repères. … Il pourrait faire entendre raison à tous ces décideurs occidentaux qui croient que l’origine des problèmes n’est pas leur propre impuissance, mais la manipulation des 'petites gens' par les populistes.»

Lietuvos žinios (LT) /

Fillon et Le Pen sont très semblables

Fillon et Le Pen partagent des idées identiques sur de nombreux points et seule leur vision du système diverge, explique le journal Lietuvos žinios :

«Il est difficile de ne pas qualifier Fillon de nationaliste. Il s'engage pour plus de souveraineté, préfère parler de 'peuple' plutôt que de 'société', propose un référendum sur les quotas de répartition de réfugiés et il veut que l'histoire nationale, la culture chrétienne et le patriotisme occupent une place plus importante dans le système éducatif. ... Autant de positions qui plairont aux électeurs d'extrême droite de Le Pen, même s'il se distancie officiellement du FN et de la droite radicale. Au second tour des présidentielles, Fillon le pro-système affrontera Le Pen l'anti-système, bien qu'ils souscrivent à une idéologie similaire : le même libéralisme économique, le même nationalisme. »

El Mundo (ES) /

Fillon marche sur les plates-bandes de l'extrême droite

Le candidat de la droite saura battre Le Pen, selon El Mundo :

«Fillon est un candidat très conservateur. Catholique pratiquant, il défend la vision traditionnelle de la famille et veut exalter les valeurs nationales, rétablir l'autorité de l'Etat, durcir la politique migratoire et libéraliser l'économie. C'est une mauvaise nouvelle pour Marine Le Pen qu'un politique avec un tel profil devienne le candidat LR à la présidentielle. Car il reprend à son compte sans complexe les thématiques chères au FN, comme la sécurité nationale ou l'immigration. Fillon, qui abhorre le multiculturalisme et propose un référendum sur les quotas de répartition de réfugiés, est résolu à adopter une ligne dure face au terrorisme islamiste et à l'islam, élément qui s'est avéré déterminant pour séduire les militants et sympathisants de la droite, dans un pays miné par les attentats des 18 derniers mois. ... [Son discours] diverge donc peu de celui de Le Pen. Ceci pourrait avoir deux effets différents : soit neutraliser la candidate du FN en jouant sur son terrain idéologique, soit céder devant une formation qui exploite depuis longtemps déjà la contestation sociale liée à la crise, ainsi que la défiance et la peur provoquées par la menace djihadiste.»

Dennik N (SK) /

Le pouvoir de séduction du FN

Le libéralisme économique prôné par l’ex-Premier ministre François Fillon lui sera fatidique face à Le Pen, dont les promesses sociales pourraient séduire l’électorat de gauche, croit Dennik N :

«Beaucoup des idées de Fillon font de lui le candidat conservateur le plus proche du FN. Ceci lui permettra-t-il de barrer la route à Le Pen ?… Son plus grand atout présumé, la promesse de réformes économiques libérales, sera peut-être ce qui l’affaiblira le plus. Il ne fait aucun doute que la France en a besoin. Mais jusqu’ici, tous les politiques qui ont avancé cette idée s’y sont cassé les dents. Pour l’emporter, Fillon a besoin des voix d’une grande partie de l’électorat du centre et de la gauche, autrement dit de ceux qui sont opposés à ces réformes. Ils seront nombreux à préférer à une version française de Madame Thatcher le programme du FN, qui promet des solutions rapides et surtout indolores dans le domaine social et économique.»

Večernji list (HR) /

Trump fait des émules en France

Que ce soit Fillon ou Le Pen qui remporte les présidentielles, la France suivra la même voie que les Etats-Unis, regrette Večernji list :

«En France, on assiste à la montée en puissance d'un nouveau mouvement réactionnaire qui veut défendre les valeurs traditionnelles, rejette l’union de personnes de même sexe et ne veut pas que la France soit une société multiculturelle. Ce mouvement s’insurge avant tout contre un multiculturalisme qui établit une égalité de droit entre les immigrés de confession musulmane et la population traditionnellement catholique, qui se veut championne des valeurs de la famille. Voilà qui nous rappelle l’électorat qui a porté Trump au pouvoir aux Etats-Unis - ce groupe de population blanc, chrétien et attaché aux valeurs traditionnelles, qui se sent soudainement menacé et isolé. Le candidat socialiste n’ayant aucune chance d’atteindre le second tour, la France est livrée aux candidats d’extrême droite.»

Público (PT) /

Le meilleur adversaire possible

La chasse aux voix frontiste est ouverte, écrit le journaliste Diogo Queiroz de Andrade dans Público :

«François Fillon est donc le candidat désigné. Pas parce qu'il est le meilleur candidat, mais parce qu'il est la meilleure option pour combattre la candidate du Front National. ... Fillon chassera sur les terres du FN, raison pour laquelle il fera aussi des propositions qui reprendront certaines des positions lepénistes. On pressent déjà que Marine Le Pen jouera les premiers rôles aux présidentielles du printemps 2017. Si le candidat choisi par la droite pourrait temporairement caracoler en tête dans les sondages (dans la mesure où les sondages ont encore une quelconque valeur), tous les partis devraient cependant concentrer leurs efforts sur la nécessité d'empêcher que le nombre des partisans du FN ne continue d'augmenter.»

Corriere della Sera (IT) /

L'Europe profiterait d'une France forte

Fillon a de bonnes chances de l’emporter face à Le Pen aux présidentielles, se réjouit Corriere della Sera :

«Une victoire de la candidate du Front national sonnerait la fin de l’Europe. Ce qui ne veut pas dire qu’en cas de victoire de Fillon, Paris continuerait imperturbablement sur sa lancée. Fillon est partisan du libéralisme économique : il a gagné avec la promesse de supprimer un demi-million de postes de fonctionnaires. Il préconise une ligne dure envers l’islam. … Face à l’Europe, il perpétue la même méfiance que son mentor Philippe Séguin. Il nourrit l’ambition - et c'est peut-être un vœu pieu - de se rapprocher de Moscou pour avoir un atout dans son jeu face à Berlin. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle. Une France dirigée par Le Pen, qui ferait son propre chemin, transformerait l’Europe en une colonie allemande. La France forte que promet Fillon profiterait aussi à l’Italie.»

hvg (HU) /

Tout va bien pour Poutine

Si François Fillon devenait chef de l’Etat, il y aurait un rapprochement sensible entre la France et la Russie, selon l’hebdomadaire hvg :

«Pour la petite histoire, Vladimir Poutine aurait offert à François Fillon, à la mort de sa mère, un cru 1931, année de naissance de Mme Fillon mère. Poutine et Fillon se tutoient, ils entretiennent d’excellents rapports. Leur amitié remonte à l’époque où ils étaient tous deux chefs du gouvernement, l’un sous Nicolas Sarkozy, l’autre sous Dmitri Medvedev. … Ce n’est pas un hasard si Poutine a récemment fait l’éloge de Fillon, de sa grande expertise et de ses talents de négociateur. … Il ne déplairait sûrement pas au président russe que deux politiques russophiles, François Fillon et Marine Le Pen, atteignent le second tour des présidentielles françaises de 2017.»

Le Soir (BE) /

Le renouvellement conservateur ne fonctionne pas

L’écrivain Vincent Engel fait part de son inquiétude après la victoire de Fillon :

«Certains diront que le passage par cette droite rassurante et traditionaliste est une étape indispensable pour rétablir un climat de confiance – et d’abord vis-à-vis du politique – et relancer la machine politique ; s’il me semble moins effrayant que le triomphe du populisme et des extrêmes, je trouve ce virage inquiétant et dangereux : une fois qu’on s’enferme chez soi et qu’on ferme sa porte aux autres, il faut du temps, beaucoup de temps, pour qu’on la rouvre et qu’on redécouvre que l’ouverture est une source d’enrichissement, à tous points de vue. Et que les idées, comme les appartements, ont besoin d’être aérées.»

Der Standard (AT) /

La virulence de l'entre-deux-tours nuit aux candidats

Le ton monte dans la joute que se livrent les deux candidats conservateurs Juppé et Fillon, ce qui pourrait leur coûter des voix à tous deux, souligne Der Standard :

«Cette guerre fratricide leur cause mutuellement du tort. Quand Juppé reproche à Fillon de se laisser soutenir par l’extrême droite, il risque de faire perdre beaucoup de voix venant de la gauche dans un duel face à Le Pen au second tour des présidentielles. Et quand Fillon critique la mollesse de Juppé, il risque de pousser des conservateurs classiques dans les bras de Le Pen. L’envenimement du débat redonne soudainement espoir à la gauche et aux libéraux. L’élection dimanche de l’ultraconservateur Fillon comme tête de liste des conservateurs ouvrirait une marge de manœuvre inespérée au centre de l’échiquier politique pour les candidats sociaux-libéraux tels que François Bayrou, Emmanuel Macron et Manuel Valls. Voire même pour François Hollande, qui compte rendre publiques ses intentions à la mi-décembre. Le score de François Fillon en a étonné plus d'un et rebat les cartes de la politique française. L’issue de ces présidentielles n’a jamais été aussi ouverte.»

Le Temps (CH) /

Une cure de libéralisme économique serait tout indiquée

La critique formulée à l’adresse du programme économique de Fillon par les médias français de sensibilité de gauche est étriquée, juge Le Temps :

«Pas une ligne, ou presque, pour s’inquiéter du poids toujours plus grand des dépenses publiques dans le PIB français (57,5 pour cent du PIB en 2015, contre 44 pour cent en Allemagne et 35 pour cent en Suisse). Pas une ligne, surtout, sur la contrepartie potentielle d’un tel regain de liberté économique: à savoir la création d’emplois 'réels'. … Le plus caricatural, dans ce débat, est que ce procès est fait à François Fillon. Comme si l’ancien chef du gouvernement était, à 62 ans, un fondamentaliste du libéralisme, érigé en tabou absolu. Nous avons donc relu son livre. Or que propose-t-il ? Un paquet de mesures rudes, mais qui continue de mettre l’Etat au centre de l’activité économique. Il dénonce les contraintes, les paperasseries, les procédures devenues trop complexes, la nécessité de laisser plus d’oxygène aux entrepreneurs. Vu de Suisse: une droite économique ordinaire.»

Le Figaro (FR) /

Enfin un candidat avec un programe clair

Contrairement à son adversaire Alain Juppé et au président sortant François Hollande, François Fillon incarne un changement bénéfique, affirme l'historien Benoît Pellistrandi dans Le Figaro :

«[S]i d'aventure Alain Juppé était désigné candidat de la droite et du centre et qu'il parvenait à se faire élire, il devrait bien appliquer un programme. Or la cohérence, la clarté sont des conditions indispensables à la réussite non du prochain quinquennat mais du redressement de la France. Le président Hollande a pâti de ce flou idéologico-programmatique et plus personne ne lui reconnaît d'autorité. Ce ne sont pas seulement ses erreurs personnelles qui l'ont tant abimé, c'est d'abord et fondamentalement ce fameux 'flou' dénoncé par ses compétiteurs, Martine Aubry en tête. François Fillon constitue une heureuse rupture dans la vie politique française. Il a fait une campagne de convictions. Il a tenu un discours exigeant et n'a promis qu'une politique difficile de redressement. Pour la première fois depuis longtemps, se dessine le sentiment qu'un homme parle vrai.»

Financial Times (GB) /

Fillon mettrait fin à l'isolement de Moscou

Si Fillon devenait président, il soutiendrait une ligne européenne plus souple à l'égard de Moscou, analyse Peter Westmacott, ex-ambassadeur de Grande-Bretagne en France, dans Financial Times :

«Il ne faut pas voir en Fillon un anglophile passionné. Fillon regrette le vote sur le Brexit, car il estime que l'Europe est plus faible sans le Royaume-Uni. ... Fillon est un grand partisan de l'OTAN, mais il conçoit de façon différente les rapports que l'organisation devrait entretenir avec la Russie. Il a longtemps rejeté les sanctions économiques consécutives à l'occupation de la Crimée. Il juge la présence militaire russe en Syrie potentiellement constructive pour mettre fin au conflit. Sa vision ne diverge pas beaucoup de celle du futur président américain Donald Trump. Si les Français se choisissent Fillon pour président, pas mal de choses pourraient changer sur les plans intérieur et extérieur.»

Sme (SK) /

Un eurosceptique qui annonce la couleur

François Fillon président ? Un eurosceptique avec lequel on pourrait fort bien coopérer, assure Sme :

«Une victoire de Fillon entraînerait non pas un maintien, mais un changement fondamental de l'orientation actuelle de l'UE. C'est surtout dans ses rapports à la Russie qu'il se démarque de la ligne de Hollande. Fillon ne soutient pas les sanctions prises contre Moscou en raison du conflit en Ukraine. Il appuie également l'intervention russe en Syrie. ... Mais il a au moins le mérite de respecter les principes européens - il n'empoche pas des millions de fonds occultes russes. ... Il ne considère pas l'UE comme une construction sacro-sainte, mais davantage comme un instrument au service des intérêts nationaux. Prenons donc Fillon tel qu'il se présente, avec toutes ses aspérités.»

Libération (FR) /

Révolution réactionnaire en France

C’est le plus conservateur de tous les candidats qui s’est imposé au premier tour des primaires, pointe Libération, horrifié :

«Beaucoup d’électeurs ont voulu écarter un ancien président à leurs yeux trop à droite. Impuissants devant la mobilisation de la droite profonde, ils héritent d’un candidat encore plus réac. C’est ainsi que le Schtroumpf grognon du conservatisme se retrouve en impétrant probable. ... Bonjour tristesse… La droitisation de la droite a trouvé son chevalier à la triste figure. C’est vrai en matière économique et sociale, tant François Fillon en rajoute dans la rupture libérale, décidé à démolir une bonne part de l’héritage de la Libération et du Conseil national de la Résistance. Etrange apostasie pour cet ancien gaulliste social,qui se pose désormais en homme de fer de la révolution conservatrice à la française.»

tagesschau.de (DE) /

Un Fillon à exploiter

Pour mener à bien sa campagne en 2017, Angela Merkel devrait s'inspirer de la stratégie adoptée par François Fillon pour rassembler les électeurs conservateurs, lit-on sur tagesschau.de :

«Le candidat Fillon a défendu très clairement les valeurs conservatrices, sans lorgner ni au centre ni à gauche. Le calcul a fonctionné. Fillon veut lui aussi rendre la France 'great again', mais sans offenser les minorités ou ses opposants. Il mise sur la méthode Thatcher : le tout-austérité, un Etat réduit au minimum, des réductions d'impôts pour les entreprises, la semaine de 39 heures pour les fonctionnaires, etc. Tout cela est vu d'un bon œil par ceux qui considèrent les socialistes comme la peste et qui pensent que pour repartir de l'avant, après la morne période 'hollandaise', la France devra connaître de grandes réformes.»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

Les électeurs pourraient se sentir menacés

Une candidature Fillon à la présidentielle serait une véritable alternative, salue Neue Zürcher Zeitung, qui doute toutefois des chances du candidat :

«Beaucoup de personnes doivent ressentir comme une menace les mesures d’austérité qu’il propose : suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, coupes dans les prestations sociales, abandon des 35 heures. En contrepartie, ceci devrait relancer l’économie et faire reculer le chômage. Reste à savoir si en France, un tel programme peut mobiliser une majorité, non seulement aux primaires, mais aussi aux élections. En effet, chaque citoyen s'interrogera : suis-je prêt à voter Fillon si cela compromet mon poste ou celui d’un parent ? … Fillon incarne les valeurs dites catholiques, qui placent la famille au cœur du vivre ensemble. Le Pen et son Front National ne se cachent guère de leur programme ouvertement raciste, dans lequel les immigrés, en tout premier lieu les musulmans, n’ont pas de place. Mais ils ne menacent pas les gens de supprimer des postes dans le service public.»

Upsala Nya Tidning (SE) /

Fillon peut triompher de Le Pen

C'est une bonne nouvelle pour la zone euro que François Fillon ait réussi à éliminer Nicolas Sarkozy des primaires, assure Upsala Nya Tidning :

«Privée de la France et de l'Allemagne, l'Union ne peut plus fonctionner. Et en France, la présidente du FN Marine Le Pen veut dissoudre l'UE. Les deux candidats [conservateurs] restants peuvent respectivement compter sur les voix de la gauche si l'un d'eux se retrouvait opposé à Le Pen au second tour des présidentielles. ... Or cela n'aurait pas été le cas pour Sarkozy. ... On peut critiquer l'UE à de nombreux égards, mais sans UE viable, l'Europe entière régresserait vers un passé révolu : celui des frontières cadenassées, de l'arrogance nationale, de l'intolérance et des atteintes permanentes à l'Etat de droit. Nous, les Suédois, qui n'avons le droit de vote ni en France ni en Allemagne, avons toutes les raisons d'espérer que les partis et les politiques démocratiques parviennent à s'opposer [à l'extrême droite populiste].»