Poutine brigue un quatrième mandat

Vladimir Poutine a annoncé qu'il serait pour la quatrième fois candidat aux élections présidentielles russes, qui se tiendront en mars 2018. Combien de temps le chef d'Etat russe pourra-t-il se maintenir au pouvoir ?

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The Irish Times (IE) /

La jeunesse russe en a assez du statu quo

La jeunesse, privée de perspectives, pourrait devenir une menace pour Vladimir Poutine, lit-on dans The Irish Times :

«Poutine ne changera pas. Cela reviendrait à admettre des erreurs, ce qui renforcerait ses adversaires qui veulent plonger la Russie dans le chaos. C'est ce qu'il a affirmé lors de sa conférence de presse télévisée annuelle la semaine dernière, tout en s'engageant à nouveau à faire tout ce qu'il a omis de faire depuis 1999. Il se trouve que ceux qui vont vraiment changer la Russie n'étaient pas devant leur téléviseur. Il s'agit de la génération qui tire ses informations de la Toile et qui n'a pas connu le chaos de la période de transition post-soviétique, qui nourrit l'aspiration nationale à cette 'stabilité' dont Poutine se fait le champion. Pour beaucoup de jeunes Russes, Poutine incarne la stagnation, et il se peut qu'ils n'attendent pas les bras croisés pendant six ans.»

Nowoje Wremja (UA) /

Indéboulonnable

Dans l'hebdomadaire ukrainien Novoïe Vrémia, le journaliste russe Semyon Novoprudski porte un regard sombre sur l'avenir avec Poutine :

«Poutine, qui ne s'est pas occupé de l'évolution de l'économie et qui n'a pas créé d'institutions étatiques valables, s'est transformé en un banal dictateur à vie, qui ne pourra pas être renversé par le biais d'élections démocratiques. Les différentes options pour la période qui nous attend semblent être les suivantes : soit l'entourage extrêmement hétérogène de Poutine, afin d'assurer son propre maintien, engagera la Russie sur la voie d'un retour progressif vers les civilisations occidentales. Soit le 'Poutine collectif' reviendra hanter les chroniques mondiales comme l'auteur et l'idéologue de nouvelles guerres hybrides, avec des victimes bien réelles.»

24 Chasa (BG) /

Le traumatisme des années de transition

Poutine restera président tant que les Russes n'auront pas surmonté le traumatisme des années 1990, estime 24 Chasa :

«Le petit peuple avait dû endurer tant d'épreuves sous l'égide de Boris Eltsine - dirigeant sénile et ivre la plupart du temps - et de ses joyeux oligarques que le seul souvenir de cette période le rend extrêmement vigilant. Il considère Poutine comme le sauveur et le petit père de la nation. L'étoile de Poutine ne s'éteindra que lorsque les citoyens russes lambda auront oublié les années 1990. Mais cela ne se produira pas d'ici l'année prochaine. Le 18 mars, Poutine sera investi d'un nouveau mandat et gouvernera jusqu'à 2024. S'il procède à une nouvelle révision de la Constitution, comme il l'a déjà fait une fois, il pourrait même rester au pouvoir jusqu'à 2030.»

Frankfurter Rundschau (DE) /

Poutine pour toujours

Frankfurter Rundschau n'est point surpris de la décision de Vladimir Poutine :

«Dès maintenant, nombreux sont ceux qui se demandent si Poutine partira à la retraite en 2024 lorsqu'il aura 71 ans, ou s'il s'attaquera au record soviétique de Joseph Staline, resté aux manettes pendant 31 ans. En tout cas, sa façon de gouverner suit de plus en plus l'exemple soviétique. Il rencontre des jeunes et des collectifs. En matière de politique étrangère, la guerre froide est de retour, et l'économie est marquée par une 'stagnation' à la Brejnev. Et les infirmières russes s'inquiètent : 'Qui pourra bien gouverner le pays le jour où Poutine partira ?' Le mandat de Poutine est de fait sans limitation de durée. Brejnev et Staline n'ont quitté le pouvoir que sur leur lit de mort.»

gazeta.ru (RU) /

Des adversaires qui n'ont aucune chance

La campagne électorale ne devrait pas être trop mouvementée, conjecture gazeta.ru :

«Les opposants vaguement libéraux au pouvoir en place sont plutôt démotivés et ne se donneront peut-être même pas le mal de se rendre aux urnes. Et les candidatures de l'animatrice de télévision Ksenia Sobtchak ou celle du délégué aux droits des entrepreneurs Boris Titov peinent à mobiliser. Du moins jusqu'à présent, car en dépit des efforts déployés par ces candidats, leurs scores dans les sondages stagnent au niveau de l'infinitésimal. Autrement dit : personne n'a de doutes quant au vainqueur des élections. ... Au début de la campagne électorale, s'il reste un peu de suspense, il ne porte que sur le score final de Vladimir Poutine.»

Les Echos (FR) /

Comme coupé des réalités

Les décors factices pourraient bientôt s'effondrer, pense en revanche Benjamin Quénelle, correspondant en Russie pour Les Echos :

«La mise en scène de la déclaration de candidature de Vladimir Poutine, après celle de 'vrais-faux' opposants qui devront assurer le spectacle pendant la campagne électorale, aidera à faire oublier un temps ces inquiétudes. Rassurants sur la popularité du président, les sondages sont pourtant alarmants sur l'humeur du pays. Simples citoyens et hommes d'affaires ont l'impression que le système travaille à sa propre conservation, sans volonté d'entamer des changements. 'Tout va bien se passer', réplique régulièrement Vladimir Poutine, à la télévision et à la tribune des forums. Comme s'il était coupé de réalités qui, à terme, pourraient finir par bouleverser le pouvoir.»