Orbán et Salvini ou l'alliance du repli sur soi

Le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini, et le chef du gouvernement hongrois, Viktor Orbán, veulent s'engager davantage dans la "protection de l'Europe" contre le flux de réfugiés. Lors de leur rencontre à Milan, ils ont annoncé leur intention de forger une alliance des pays hostiles à l'immigration. Les éditorialistes s'inquiètent pour l'avenir de l'Europe et explorent les raisons de la progression du souverainisme en Europe.

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Le Figaro (FR) /

Les nationalistes sabotent l'Europe

Salvini et Orbán pourraient grandement compliquer le travail de l'UE après les élections européennes de 2019, prévient l'historien Jean-Thomas Lesueur de l'Institut Thomas More, think tank libéral-conservateur, dans le Figaro :

«Il n'est pas dit que le paisible partage des postes et du pouvoir entre le PSE (parti socialiste européen) et le PPE (Parti populaire européen, droite), qui préside aux destinées du Parlement européen depuis des années, puisse durer au-delà de mai 2019. Je ne sais pas si les souverainistes pourront avoir une majorité à eux seuls mais empêcher ou gêner la formation d'une majorité, cela est une évidence. Bref, l'axe Salvini-Orban (et n'oublions pas l'Autriche de Kurz) n'est pas encore près de renverser la table mais il peut sérieusement empêcher l'Europe de tourner en rond.»

Rzeczpospolita (PL) /

L'illusion d'une meilleure Europe

La vision de l'Europe qu'ont les populistes tels qu'Orbán est dangereuse, prévient le politologue et ancien membre du parti PiS Paweł Kowal dans Rzeczpospolita :

«Le pape des populistes européens, Viktor Orbán, rencontre Matteo Salvini, l'un des populistes les plus intelligents d'Europe. A Milan, il a porté le ministre italien aux nues encore plus qu'il avait encensé Jarosław Kaczyński [chef du PiS] à Krynica. On a l'impression qu'Orbán n'a encore trouvé le bon partenaire pour transformer l'Union. L'objectif des populistes, c'est le pouvoir. Et pour l'obtenir, il faut convaincre les autres que cela vaut la peine de changer l'ordre établi en Europe, et donc de renoncer à l'Union telle qu'elle est aujourd'hui pour une autre vision de l'Europe. C'est comme si l'on montrait aux Européens lassés et blasés l'illusion artificielle d'une meilleure Europe. C'est comme ça que l'on a abouti au Brexit

Huffington Post Italia (IT) /

La collision entre impérialisme et soif de liberté

La rupture qui se dessine au sein de l'UE trouve son origine dans les différences de mentalités entre l'Est et l'Ouest, explique Roberto Sommella, directeur de l'association La Nuova Europa, dans Huffington Post Italia :

«L'Europe est une zone dans laquelle s'affrontent deux conceptions différentes de la société : la vision néo-impérialiste de Bruxelles, qui prend corps dans l'union par la force, dans l'harmonisation germanique des règles et dans l'imposition de ces dernières ; et la vision révolutionnaire du peuple de Prague et de tous ceux qui se sont autrefois soulevés contre la domination et l'assimilation [dans l'Union soviétique]. Ces deux forces opposées continuent de se faire face et conduisent à l'instabilité structurelle de l'architecture de l'Union.»

Público (PT) /

Les Européens laissent le populisme se propager

L'inaction de l'UE ouvre un boulevard au populisme extrémiste d'Orbán et de Salvini, juge Público :

«Même après cette nouvelle offensive populiste, xénophobe et intolérante, aucune protestation ne s'est fait entendre. … Les Européens ne remarquent pas que la rhétorique d'Orbán ou de Salvini aurait déclenché ne serait-ce qu'il y a une dizaine d'années un scandale inimaginable. Ils ne se rendent pas compte qu'en n'opposant pas une résistance résolue au populisme radical, ils le laissent prospérer et se répandre. Et que les politiques tels que Salvini ou Orbán apparaissent désormais comme les symboles d'une Europe qui a renoncé à l'idée et au projet qu'elle constitue. La rencontre informelle de Milan est une preuve flagrante que l'étau de l'extrémisme se resserre.»

De facto ennemis

Le portail 444.hu juge le projet de Salvini peu réfléchi :

«A la question de savoir comment il entend expulser les migrants si la Libye, le pays par lequel ils ont transité, refuse de les ré-accepter, Salvini répond qu'il entend conclure des accords avec les pays d'origine des migrants en Asie et en Afrique. Ce grand plan d'expulsion est ainsi remis sine die. Cette initiative permettrait du même coup à Salvini d'esquiver le problème que le gouvernement italien voulait résoudre avec le système des quotas obligatoires. Un système auquel la Hongrie est résolument opposée. Sur ce point, au Conseil européen, les deux gouvernements défendent des positions opposées.»

Avvenire (IT) /

Une alliance improbable

Cette alliance nationaliste sera de courte durée, assure Avvenire :

«Orbán demande à l'Italie de verrouiller les mers, de la même façon que Budapest déroule les barbelés le longs de ses frontières. Mais le blocage des migrants extracommunautaires est-il la priorité du continent et le ferment d'une nouvelle idée de l'Europe ? Une fois les murs érigés, les droits recensés hier par Salvini - de la santé au travail en passant par la vie et la sécurité - se réaliseront-ils comme par magie ? C'est pourtant bien l'UE, conspuée, qui assure la prospérité croissante de la Hongrie en lui versant une aide économique considérable. Quelle est la position de l'Italie sur ce point, alors que Rome menace de bloquer sa contribution au budget européen si les autres pays s'entêtent à refuser la répartition des réfugiés ?»

Der Standard (AT) /

Des cris d'orfraie, pas de solutions

La popularité de Matteo Salvini, qui se pose déjà en futur Premier ministre, fera long feu, assure Der Standard :

«Le registre populiste (d'extrême droite), qui consiste à générer une agitation factice en poussant des cris de plus en plus stridents et fréquents, peut permettre de former une opposition efficace et de s'affirmer en puissant ministre de l'Intérieur, pendant un temps. Mais les migrants, victimes préférées de Salvini, ne peuvent servir de boucs émissaires pendant toute une législature, et faire oublier le chômage élevée des jeunes, le fardeau de la dette publique et le marasme économique italien. Salvini a besoin de quelque chose que ni lui ni aucun autre populiste n'a su produire : un projet porteur sur le long terme. »