Vers un schisme au sein de l'Eglise orthodoxe ?

L'Eglise orthodoxe ukrainienne peut se séparer du patriarcat de Moscou. Le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomée Ier, a donné son accord jeudi à l'autocéphalie revendiquée par Kiev. Les médias d'Europe de l'Est s'inquiètent d'un éventuel schisme au sein de l'orthodoxie.

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Evenimentul Zilei (RO) /

Des russes schismatiques ?

La réaction de Moscou ébranlera l'ensemble du monde orthodoxe, estime Evenimentul Zilei :

«Moscou a déjà proféré la menacé d'un schisme total, d'une rupture des relations ecclésiastiques et eucharistiques avec le patriarcat œcuménique. Moscou a également annoncé une guerre ecclésiastique totale en Ukraine, où ses prêtres et ses fidèles s'opposeront à la cession des biens. ... A en croire le patriarche de l'Eglise orthodoxe russe, laquelle tient un saint synode [ce lundi] à Minsk pour prendre des mesures, ce n'est pas seulement l'orthodoxie ukrainienne, mais l'ensemble de l'orthodoxie qui est sous pression. Elle semble encourir un schisme similaire à celui de 1054 [séparation des Eglises d'Orient et d'Occident].»

Dzerkalo Tyjnia (UA) /

Washington veut démanteler enfin l'URSS

Dzerkalo Tyjnia pense que Washington soutient le patriarcat œcuménique dans ses aspirations :

«L'Ukraine n'est pas un mauvais point de départ : il y a un conflit que personne ne veut résoudre, un mécontentement avec l'actuel centre ecclésiastique [Moscou], la volonté politique du gouvernement du pays, prêt à devenir un allié de circonstance, et une masse critique de fidèles 'sans surveillance'. ... A cela s'ajoute un intérêt géopolitique à parachever le démantèlement de l'URSS. Oui, Moscou a entièrement raison : le projet d''autocéphalie' est soutenu par Washington, qui a enfin compris toute l'importance de l'Eglise dans la géopolitique slave.»

Ukraïnska Pravda (UA) /

Pourquoi la Russie panique

La Russie est terrorisée par l'idée de la fondation d'une Eglise ukrainienne, écrit le politologue Kostantin Matviyenko dans Ukraïnska Pravda :

«L'hystérie qui s'est emparée en Russie de la direction de l'Eglise orthodoxe, des médias, des réseaux sociaux et même du gouvernement est consécutive à la décision du patriarche œcuménique Bartolomée d'envoyer ses représentants officiels en Ukraine. Ceci révèle l'ampleur de la panique en Russie. ... Pour quelles raisons ? Il y a d'abord des causes politiques profondes. Il s'agit de la prise de conscience soudaine que la politique russe en Ukraine est fondamentalement erronée.»

Zeit Online (DE) /

La religion comme instrument hégémonique russe

L'Eglise orthodoxe est trop impliquée dans les questions politiques, juge également Zeit Online :

«Depuis l'époque de Pierre le Grand, l'Eglise russe n'est pas indépendante, mais inféodée à l'Etat. Sous Poutine, elle est devenue une caisse de résonance de la politique étatique, son instance exécutante. Tel fut son rôle lors de la guerre en Ukraine en 2014, lorsque les popes russes bénissaient les armes des séparatistes et des soldats dans le Donbass et dressaient des parallèles historiques pour exacerber le nationalisme. Dans le même temps, en Ukraine, ils refusaient de donner l'extrême onction à des soldats ukrainiens tués au combat. ... Que ce soit en Ukraine ou en Syrie, l'Eglise russe chante les louanges de l'expansion nationale. Elle ne fait pas de la religion l'opium du peuple mais l'instrument des puissants.»