L'énigme du journaliste saoudien disparu en Turquie

Les enquêteurs turcs partent du principe que Jamal Kashoggi, le journaliste porté disparu à Istanbul, a été assassiné par des agents secrets saoudiens. Riyad a proféré la menace de représailles dans l'hypothèse où des sanctions économiques seraient prises contre le royaume. Une mesure que préconisent cependant les éditorialistes, qui s'étonnent de cette prise de conscience si tardive face au régime saoudien.

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The Guardian (GB) /

L'état de droit en lambeaux

Pour The Guardian, l'affaire dénote une crise des valeurs au niveau international :

«Elle dénote un mépris généralisé du droit international et de cet 'ordre mondial basé sur des règles', tant malmené et abondamment regretté. La disparition de Kashoggi illustre ce qui peut se produire quand la primauté de la loi s'effondre - et que bien loin de se battre pour la restaurer, des leaders et des gouvernements élus démocratiquement sont les complices des dictateurs et des despotes responsables, ou du moins font-ils comme si de rien n'était. Des scandales aussi flagrants arrivent tous les jours, et tous les jours, ils restent impunis.»

De Telegraaf (NL) /

Un sentiment d'impunité ?

Mohammed Ben Salman a probablement l'impression de pouvoir agir à sa guise, analyse De Telegraaf :

«Le prince héritier s'est senti renforcé par le président Trump, lequel a effectué en Arabie saoudite sa première visite à l'étranger après son élection. D'anciens diplomates américains soulignent que grâce Trump, Salman estime avoir les coudées franches. Le président américain, à l'instar du président Erdoğan, n'a quasiment rien dit après la disparition de Kashoggi. Car les deux dirigeants ont besoin de l'Arabie saoudite sur les plans politique et financier.»

Star (TR) /

Des traces visibles

Les ravisseurs de Khashoggi voulaient faire passer un message, assure Star, quotidien inféodé au pouvoir :

«Leur attitude montre qu'ils n'ont même pas essayé d'éviter les erreurs. Ils ont délibérément laissé des traces derrière eux. ... Aucun service secret - on sait désormais que 15 ressortissants saoudiens, membres du renseignement, ont atterri le 2 octobre à l'aéroport Atatürk - ne procède de façon aussi négligente. Il s'agit véritablement de 'négligences professionnelles'. ... Le but n'était pas simplement de faire disparaître un dissident, mais aussi de faire passer un message. ... Le pays visé et son gouvernement évalueront la teneur de ce message et élaboreront un 'plan d'action' en conséquence.»

La Repubblica (IT) /

Une tragédie pour l'Arabie saoudite

Si les soupçons pesant sur l'Arabie saoudite se vérifiaient, le pays se retrouverait isolé, écrit Thomas L. Friedman, chroniqueur du New York Times, dans un commentaire relayé par La Repubblica :

«S'il s'avère que Jamal Khashoggi a été kidnappé ou assassiné par des agents du gouvernement saoudien, ce serait une catastrophe pour l'Arabie saoudite et pour tous les pays du golfe persique. Il s'agirait en effet d'une violation incommensurable des normes en matière de dignité humaine. Quels dirigeants occidentaux se rangeraient du côté de Mohammed Ben Salman s'il était prouvé que son gouvernement a kidnappé ou assassiné Jamal Khashoggi ? »

The Guardian (GB) /

La répression de toute dissidence

Le prince héritier saoudien ne tolère visiblement aucune contestation politique, analyse The Guardian :

«Les développements de l'année dernière dans le royaume saoudien suivent un modèle clair. Depuis que Mohammed Ben Salman est devenu le prince héritier et le dirigeant de facto du pays, l'Arabie saoudite est entrée dans une nouvelle ère, dans laquelle toute dissension interne, quel qu'en soit l'auteur, est brutalement réprimée. ... L'appareil étatique saoudien indique clairement que le changement n'est autorisé et légitime que lorsqu'il émane de lui-même. ... Quoi qu'il soit advenu de Jamal Khashoggi, l'Arabie saoudite crie haut et fort qu'elle appliquera la tolérance zéro en matière de dissensions.»

Yeni Şafak (TR) /

Aussi une attaque contre la Turquie

Cet imbroglio ne doit pas rester impuni, prévient le quotidien Yeni Şafak :

«Le président Erdoğan suit personnellement l'affaire. Le Parquet a ouvert une enquête et les services de police sont pleinement mobilisés. ... Dans le même temps, la Turquie tente d'élaborer la stratégie à suivre s'il s'avérait que le journaliste a bel et bien été assassiné. Le cas échéant, les autorités devraient réagir de manière ferme et résolue. Car il s'agit d'une attaque qui ébranle la crédibilité, la réputation et la responsabilité de l'Etat turc vis-à-vis des ressortissants étrangers. ... Quoi qu'il en soit, ce meurtre ferait l'effet d'une opération délibérément menée pour mettre la Turquie en difficulté et mettre fin aux relations entre les deux pays.»