La Suède peine à former un gouvernement

Dans la formation laborieuse d'un gouvernement en Suède, un rôle clé revient au Parti de gauche : il entend empêcher l'accession au poste de Premier ministre de Stefan Löfven, chef de file des sociaux-démocrates, si la coalition sociaux-démocrates/Verts ne raye pas de son programme les réformes libérales convenues avec le Parti du centre et les Libéraux. Les quatre partis avaient forgé cet accord pour former une majorité sans les Démocrates de Suède, formation populiste de droite. Le Parti de gauche peut-il remporter le bras de fer ?

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Aftonbladet (SE) /

Le Parti de gauche est le seul à assumer ses responsabilités

Aftonbladet souligne l'hypocrisie qu'il y a à chercher à forcer la main au Parti de gauche pour qu'il soutienne la coalition, dans le but présumé supérieur de maintenir à l'écart les Démocrates de Suède (SD) :

«N'y a-t-il dans l'entourage de Löfven vraiment personne qui soit capable de lui expliquer pourquoi les partis comme les SD ont le vent en poupe partout en Europe ? Si tout le monde a tant peur des SD, le Parti de gauche devrait avoir davantage d'influence sur la politique suédoise [au lieu de n'en avoir aucune, comme c'est actuellement le cas]. Car c'est en renforçant la démocratie et en réduisant les différences sociales que l'on peut enrayer le populisme de droite. Et non en abaissant les impôts pour les riches. C'est ce qui fait du Parti de gauche l'unique parti qui assume ses responsabilités pour le pays. Il dit non aux excès de la droitisation consentie par Löfven et les partis du centre.»

El País (ES) /

Ce n'est pas ainsi que l'on freine l'extrême droite

El País dresse un bilan d'évaluation de la méthode suédoise pour contenir l'extrême droite :

«On peut déjà tirer de premières conclusions de l'expérience. Premièrement, ce type de pacte montre une claire démarcation entre les forces démocratiques et les forces qui ne font qu'exploiter la démocratie pour arriver au pouvoir. Mais ceci peut aussi aboutir à un affaiblissement de la démocratie. En Allemagne par exemple, les sociaux-démocrates ont laissé des plumes dans la coalition avec les chrétiens-démocrates. Cela ne les a pas empêché de renouveler l'expérience, pour écarter l'influence de l'extrême-droite. Deuxièmement, il est préférable que l'extrême droite ne soit pas la seule alternative aux partis démocratiques - car c'est un statut qui souffle dans ses voiles.»

Expressen (SE) /

La gauche creuserait sa propre tombe

Expressen juge peu vraisemblable que le chef du Parti de gauche, Jonas Sjöstedt, consente à priver son parti de toute influence pendant quatre ans :

«Mais quelle raison Sjöstedt pourrait-il bien avoir à dire oui à ce gouvernement ? Un parti qui soutiendrait, activement ou passivement, un gouvernement qui a pour but déclaré de le neutraliser perdrait toute raison d'être. ... Si Sjöstedt ne disait pas non, il réduirait à néant sa crédibilité politique. Il monterait de son propre gré sur l'échafaud. [La cheffe du parti du centre] Annie Lööf ne le comprend-elle pas ? Elle doit se rendre à l'évidence : elle place Sjöstedt devant le choix de dire non à ce gouvernement ou de signer son suicide politique. Cela ne peut être qu'une provocation de la part de Lööf.»

Aftonbladet (SE) /

Le Parti de gauche joue avec le feu

Aftonbladet rappelle que si le Parti de gauche faisait barrage à Löfven, il donnerait indirectement aux Démocrates de Suède une nouvelle chance :

«Des figures de proue du parti de gauche recommandent de faire tomber Löfven. 'Tel que je le connais, le Parti de gauche ne se laissera pas humilier', écrit dans Svenska Dagbladet l'ex-leader du parti, Lars Ohly. Si Löfven tombe, l'assemblée aura droit à une quatrième et dernière tentative de former une coalition. Dans cette perspective, il est probable que le leader des conservateurs, Ulf Kristersson, soit élu Premier ministre par le Parlement. ... A en croire les dernières déclarations du Parti de gauche, il envisage d'opposer à Löfven une fin de non recevoir. Retour à la case départ. Kristersson peut encore devenir Premier ministre et les Démocrates de Suède [au titre de soutien parlementaire] peuvent encore influer sur le pouvoir en Suède.»

Mérce (HU) /

Un demi-siècle d'équilibre touche à sa fin

Le verdict des urnes a mis fin au système bipartite qui prévaut depuis 50 ans en Suède entre les conservateurs et le centre-gauche, explique le portail de centre-gauche Mérce :

«Il y a deux explications à ce tournant historique : la perte d'importance constante ces 20 dernières années des sociaux-démocrates, bien qu'ils restent premier parti du pays, et la montée en puissance continue des Démocrates de Suède depuis leur percée en 2010. Dans une approche superficielle, le problème auquel font face les Suédois est de nature arithmétique : les sociaux-démocrates restent de loin la première force, mais ils ne sont pas assez forts pour gouverner en forgeant des alliances de circonstances au cas par cas. Et le score des Démocrates de Suède empêche l'un ou l'autre des camps de former un gouvernement.»