Investiture de Loukachenko : pourquoi tant de discrétion ?

Au Bélarus, Alexandre Loukachenko a prêté serment dans le cadre d'une cérémonie qui n'avait pas été annoncée. Il n'y a pas eu de retransmission en direct à la télévision, le public a été informé après coup seulement. Aveu d'impuissance d'un dictateur désavoué par son peuple, ou manœuvre perspicace pour éviter de nouvelles violences ?

Ouvrir/fermer tous les articles
Ekho Moskvy (RU) /

Peur de se faire chahuter

Pour Ekho Moskvy, cette investiture est un aveu de faiblesse et d'illégitimité :

«Un président qui, selon la version officielle, aurait été plébiscité par 80 pour cent de la population et qui n'aurait contre lui qu'une poignée d'ivrognes et de trublions à la solde des Etats-Unis et de la Pologne entre en fonction comme un voleur en effraction. ... De peur d'être chassé du palais présidentiel sous les huées si le peuple avait eu vent de son investiture. Loukachenko a tellement peur de son peuple que la cérémonie n'a même pas été diffusée à la télévision. C'est la présentatrice du JT qui a lu le serment d'investiture [alors que la cérémonie était retransmise sans le son], et non le président. Peut-être cette femme va-t-elle prendre le relais de Loukachenko ? Elle, au moins, a eu le courage de lire publiquement le texte du serment.»

Vzglyad (RU) /

L'opposition prise de court

Vzglyad, portail proche du Kremlin, voit dans cette investiture en catimini une tactique avisée :

«L'opposition attendait Loukachenko au tournant pour cette cérémonie. Un événement marquant qui aurait eu un potentiel fédérateur et qui aurait pu conférer à la contestation une aura de sacralité. Les manifestants auraient par exemple pu provoquer une escalade qui aurait dégénéré en batailles de rue avec des victimes. ... L'investiture de Loukachenko aurait alors été associée à une effusion de sang, qui aurait permis la création d'une organisation de protestation s'appuyant sur une large assise. Mais 'Batka' a contrecarré les projets de ses opposants, ne leur laissant pas le loisir d'attiser l'agitation, de conditionner la population en lui instillant son idéologie, de confectionner des banderoles et d'inventer des slogans.»