L'Espagne doit-elle gracier les indépendantistes ?

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dimanche à Madrid pour protester contre le projet de gracier les séparatistes catalans, actuellement en prison, qui avaient organisé le référendum sur l'indépendance de la Catalogne. Le gouvernement de gauche de Pedro Sánchez y voit une mesure susceptible de relancer le dialogue entre Madrid et Barcelone. A l'origine de la contestation, les partis d'opposition conservateurs et le parti d'extrême droite Vox.

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The Guardian (GB) /

Une mesure primordiale

Il ne faut pas que les manifestations poussent le Premier ministre à renoncer à son projet, fait valoir The Guardian :

«Il est dans l'intérêt de l'Espagne de déminer la question catalane et d'envisager un avenir moins clivant. ... Les séparatistes catalans sont allés bien trop loin en 2017, faisant preuve d'hubris et d'un opportunisme impudent. La riposte excessive et autoritaire de Madrid, orchestrée par le Premier ministre conservateur Mariano Rajoy et les juges de la Cour suprême, n'avait fait qu'empirer les choses. Quatre ans après, Sánchez a raison de voir la grâce comme une mesure nécessaire, qui garantisse que cet enchaînement toxique d'évènements ne se répète pas à l'avenir.»

La Razón (ES) /

On attend des explications

Sánchez doit désormais faire preuve de transparence vis-à-vis du peuple espagnol, fait valoir La Razón :

«Il ne s'agit pas de broutilles, car les délits en question ne sont pas broutilles, mais des atteintes aux lois de la démocratie. C'est pourquoi Pedro Sánchez doit assumer ses responsabilités et détailler devant la chambre des députés les conditions et les accords relatifs à ces grâces. ... De la même façon que [l'ex-Premier ministre espagnol] Rodríguez Zapatero avait dû expliquer jadis devant le Parlement l'ouverture des négociations avec [l'organisation terroriste basque] ETA, Sánchez est tenu lui aussi de dissiper tous les doutes quant aux motifs qui l'ont poussé à recourir à une mesure aussi importante, à savoir faire sortir de prison ceux qui ont menacé l'ordre constitutionnel du pays.»

eldiario.es (ES) /

Favoriser la détente n'a rien d'une trahison

Le site eldiario.es appelle tous les partis à privilégier un apaisement :

«Près de quatre années se sont écoulées depuis le 1er octobre 2017 et la voie juridique, aussi nécessaire fût-elle, n'a pas résolu le problème. Les partisans de l'indépendance continuent de gouverner la région et il ne reste pas d'autre choix au gouvernement central que de prendre une décision : soit ne rien faire, rejeter les demandes de grâce et laisser le problème devenir chronique ; soit faire quelque chose pour désamorcer un conflit qui dure depuis trop longtemps déjà. On peut être Espagnol, et même de droite, tout en étant favorable à une détente. Ce n'est pas cela qui entraînera le démembrement de l'Espagne, et ce n'est pas non plus commettre une trahison.»

El Mundo (ES) /

Aussi illégales qu'inopportunes

Il ne peut et il ne doit pas y avoir de grâce, martèle pour sa part El Mundo :

«Il ne s'agit pas seulement d'une affaire éthique, mais aussi d'une affaire juridique et politique. Les conditions ne sont pas réunies pour qu'une grâce soit accordée. Premièrement, parce que celle-ci ne peut être octroyée collectivement [mais uniquement de façon individuelle]. Deuxièmement, parce que les individus condamnés ne regrettent rien, et qu'ils continuent à exercer une pression. En fin de compte, toutes les concessions économiques ou politiques accordées depuis une décennie n'ont fait que consolider le mouvement indépendantiste. Déclarer l'impunité des délits antérieurs, et favoriser la prochaine provocation, cela n'est ni équitable ni judicieux.»