Italie : des menaces politiques et mafieuses

Les groupes d’intérêt politiques et économiques, ainsi que le crime organisé, impactent le paysage médiatique italien, caractérisé par la concentration des médias.

Le groupe de presse L'Espresso publie les quotidiens La Repubblica, La Stampa et Il Secolo XIX.
Le groupe de presse L'Espresso publie les quotidiens La Repubblica, La Stampa et Il Secolo XIX.
20 journalistes sont placés sous protection policière permanente en Italie aujourd’hui. La mafia n’est pas la seule à recourir à des méthodes d’intimidation qui imposent de protéger les journalistes, comme l’auteur de bestsellers Roberto Saviano. Des groupuscules d’extrême droite tentent également de s’attaquer à la liberté d’informer. Mais le monde politique italien s’en prend également à la presse : celle-ci subit d’une part les assauts verbaux du fondateur du parti Movimento 5 Stelle, Beppe Grillo, mais elle reste aussi victime aujourd’hui de la politique menée jadis par l’ex-Premier ministre Silvio Berlusconi.

L’étroit maillage de groupes qu’il a tissé depuis les années 1980 menace toujours le pluralisme médiatique. Son empire comprend encore la plus grande maison d’édition du pays ainsi que trois chaînes privées, qui absorbent près de 60 pour cent de tous les investissements publicitaires sur le marché italien.

En 2010, l'ONG internationale Freedom House a classé pour la première fois l'Italie parmi les pays dont la presse n'est plus "libre", mais seulement "partiellement libre". L'organisation déplorait d'un côté le monopole de certaines entreprises, et, de l'autre, une tendance politique à restreindre la liberté de la presse. Dans le classement de Reporters sans frontières, l’Italie s’est classée au rang 46 en 2018. Le pays est donc en progression, lui qui occupait encore la 52 e place en 2017 et même la 77e en 2016.

C'est essentiellement au cours des quatre mandats de Berlusconi à la présidence du Conseil qu'ont été adoptés des amendements portant atteinte à la liberté de la presse. Ceux-ci ont notamment engendré en 2012 le durcissement de la loi sur la diffamation, qui prévoit des peines de prison pour ceux qui se rendraient coupables de dénigrement à l’égard de hauts fonctionnaires. Une autre loi, qui prévoit des peines allant jusqu'à quatre ans de prison pour les journalistes qui publieraient les transcriptions d'enregistrements résultant d'écoutes téléphoniques, a finalement été adoptée en 2017. Depuis son entrée en vigueur le 26 janvier 2018, les contenus jugés "non pertinents", sans lien avec la recherche des faits ou du délit supposés, doivent rester confidentiels, quel que soit leur intérêt journalistique. En d’autres termes, si les journalistes pouvaient décider autrefois eux-mêmes de ce qui était pertinent et de ce qui ne l’était pas, il revient aujourd’hui aux avocats de trancher.

La reprise et la fusion d’entreprises médiatiques constituent un thème récurrent en Italie. Ainsi, le grand quotidien italien Corriere della Sera, d'obédience libérale-conservatrice, est l'enjeu d'une lutte de pouvoir larvée qui dure depuis des années. Depuis juillet 2016, Urbano Cairo, entrepreneur médiatique et protégé de Berlusconi, contrôle plus de la moitié des parts du groupe d’édition RCS, qui, en plus de Corriere della Sera, possède également le journal sportif Corriere dello Sport, des journaux à sensation, des magazines masculins, des revues de cuisine, de jardinage et de voyage.

Deux autres grandes maisons d’édition italienne, Gruppo editoriale L’Espresso et Editrice Italiana (Itedi), ont fusionné en avril 2017. La nouvelle société ainsi créée, Gedi – l’un des plus grands groupes d’édition italiens – édite quelque uns des principaux quotidiens du pays, comme La Repubblica et La Stampa. Outre l’entrepreneur Carlo De Benedetti, l’actionnaire principal est la société d’investissement Exor, propriété de la famille Agnelli. Exor est notamment l’actionnaire principal du constructeur automobile Fiat Chrysler et elle réalise le chiffre d’affaires le plus important d’Italie. Le groupe a actuellement son siège aux Pays-Bas.

Les ventes de journaux ont subi un recul constant au cours de la crise des médias et ont diminué de plus d’un tiers ces dix dernières années. La plupart des titres tentent de lancer des offres numériques afin de compenser ces pertes. L'existence en Italie d'une tradition journalistique qui accorde une place importante aux contenus éditoriaux s'avère favorable à cette évolution. Les commentaires abondent dans les médias, et il est de bon ton pour leurs auteurs de privilégier un langage fleuri. Internet n'a fait que raviver cette tradition et les blogs sont légion.

La tribune privilégiée des éditorialistes reste néanmoins la télévision, qui domine complètement le paysage médiatique. Outre la télévision publique et le groupe Mediaset de Silvio Berlusconi, la chaîne privée La7 s'affiche désormais comme un troisième protagoniste. Celle-ci est depuis l'année 2013 entre les mains de l'éditeur Urbano Cairo.

Classement pour la liberté de la presse (Reporters sans frontières) :
rang 46 (2018)

Mise à jour : mai 2018
Rechercher un média

Médias de Italie à euro|topics

Rechercher un média