Lettonie : scandales et recherches subventionnées par l’Etat

Le paysage médiatique letton est plein de contradictions : si d’une part, les plus grands quotidiens sont contrôlés par d’anciens politiques et des oligarques, d’autre part, l’Etat commandite des enquêtes d’investigation financées par les deniers publics.

L'oligarque letton Aivars Lembergs.
L'oligarque letton Aivars Lembergs.
C’est en 2017 que l’opinion lettone a eu vent des relations que les oligarques et les politiques du pays entretenaient avec les journalistes et les médias. Un enregistrement de conversation avait été envoyé à la revue IR : Aivars Lembergs, pendant longtemps le maire de la ville portuaire de Ventspils, avait retrouvé dans le salon d’un hôtel de luxe de Riga l’homme d’affaires et ex-ministre des Transports Ainārs Šlesers ainsi que Andris Škēle, qui avait été à deux reprises Premier ministre du pays. Leur conversation portait sur les moyens de se débarrasser du rédacteur en chef du plus grand quotidien letton Diena ainsi que d’un certain nombre de chroniqueurs importuns. On ignore comment IR a pu se procurer ces enregistrements, mais ils proviennent de l’enquête menée par le bureau anticorruption, qui investiguaient sur les trois hommes entre 2009 et 2011. Ce scandale a commotionné l’opinion lettone.

Or la politique ne met pas systématiquement des bâtons dans les roues du journalisme letton : 2017 est aussi l’année où les médias ont pour la première fois pu profiter du fonds d’Etat de financement de la culture. Ce fonds est alimenté par des taxes sur l’alcool, le tabac et les jeux de hasard. Plus d’un million d’euros ont ainsi été alloués à 72 projets médiatiques, dont des recherches d’investigation sur l’économie souterraine dans le bâtiment et des enquêtes fouillées du portail en ligne Delfi avant les élections municipales.

Or ces projets ne sont pas réalisés par des quotidiens traditionnels, lesquels jouissent de moins en moins de confiance. Selon une étude actuelle, la majorité des Lettons s’informent à la télévision, suivie des réseaux sociaux, qui occupent la deuxième place avant les quotidiens. Les Lettons leur reprochent de proposer un décryptage de l’actualité qui défend avant tout les intérêts de leurs propriétaires – dans le cas du quotidien Neatkarīgā, il s’agit de Lembergs, cité plus haut. Déjà mis à mal par l’effondrement de leur chiffres d'affaires suite à la crise économique de 2008, les quotidiens continuent ainsi de perdre des abonnés.

Les hebdomadaires et les mensuels, en revanche, jouissent d’une popularité croissante. Le chiffre d’affaires de certains magazines consacrés à l’économie ou à l’histoire, ou encore au monde glamour des people, a dépassé celui des quotidiens.

Un tiers des habitants de la Lettonie étant des locuteurs russophones, les médias de langue russe sont très lus. Ils ont toutefois tendance à relayer les positions du Kremlin, en politique intérieure et extérieure. MK Latvija est l’hebdomadaire russophone de langue russe le plus populaire de Lettonie.

Classement pour la liberté de la presse (Reporters sans frontières) :
rang 24 (2018)

Mise à jour : mai 2018
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