Pologne : la radio-télévision publique comme vecteur de propagande

Le parti au pouvoir du PiS exploite assidûment les services publics de radiodiffusion et d’audiovisuel pour imposer sa politique. Les campagnes de diffamation y sont monnaie courante.

Manifestation contre la réforme de la justice, le 24 juillet 2017 à Varsovie.
Manifestation contre la réforme de la justice, le 24 juillet 2017 à Varsovie.
Alors que des manifestants dénonçaient par dizaines de milliers, en juillet 2017, la ré-forme de la justice menée par le gouvernement, la chaîne publique TVP Info informait ses téléspectateurs qu’il s’agissait-là de « farouches défenseurs de la pédophilie ». On pourrait citer une longue liste d'exemples de manipulations et de couverture extrêmement tendancieuse et politiquement motivée. Au classement de Reporters sans frontières, la Pologne a perdu 36 places par rapport à 2015, occupant le rang 54.

Dans le service public de radiodiffusion et de télévision, la nomination de journalistes acquis au parti au pouvoir est un volet important du programme politique du PiS. La qualité des émissions d’information en a fortement pâti.

Le président du parti Jarosław Kaczyński s’appuie également sur les médias privés. De nombreuses publications proches du parti PiS ont vu le jour ces dernières années, no-tamment le quotidien Gazeta Polska Codziennie (2011) ou le magazine conservateur Do Rzeczy (2013). Le magazine d’information national-conservateur Sieci, fondé en 2012, et le portail d’information wPolityce.pl, étroitement lié à la rédaction, tous deux publiés par l’éditeur Fratria, jouent ici un rôle de premier plan.

L’étroite collaboration avec le PiS revêt pour Fratria un avantage avant tout financier : depuis les élections de 2015, l’éditeur a touché des centaines de milliers de złotys, principalement par le biais d’annonces publicitaires pour des entreprises publiques. Depuis l’entrée en fonction du nouveau gouvernement, le portail d’information de droite wPolityce.pl a vu le nombre de ses visiteurs exploser et il est devenu un des médias en ligne les plus influents de Pologne.

Il faut dire que le gouvernement précédent favorisait certains médias de la même fa-çon. Ceux-ci sont actuellement en difficultés financières, depuis que Kaczyński leur a coupé les financements en 2015. Gazeta Wyborcza, journal critique de sensibilité libérale, a été frappé de plein fouet par ces coupes alors qu’il souffrait déjà d’une forte chute de son tirage. En 2017, il se vendait à 111 000 exemplaires, contre 140 000 en-core en 2016. Il n’en reste pas moins un des quotidiens de référence en Pologne. Par-mi les publications quotidiennes, seuls les journaux à sensation Fakt (261.000) et Super Express (129.000) enregistraient un tirage quotidien supérieur en 2017.

Parallèlement à Gazeta Wyborcza, un certain nombre d’autres médias ont déclaré la guerre au gouvernement : Citons les magazines de tendance libérale Polityka (97.000) et Newsweek Polska (109.000), édités par le groupe Ringier Axel Springer.

Une particularité du paysage médiatique polonais est sa polarisation extrême : la plu-part des médias sont soit de fervents soutiens du gouvernement, soit ses farouches pourfendeurs. Le quotidien conservateur Rzeczpospolita, aux positions modérées entre les extrêmes, fait ici figure d’exception (nombre d’exemplaires vendus en 2017 : 49.000). S’il a soutenu un temps le PiS, il prend de plus en plus ses distances aujourd’hui.

Le magazine Gość Niedzielny (135.000) reste le leader du segment des périodiques. Vendu dans les Eglises du pays, il est le porte-voix du Vatican.

Classement pour la liberté de la presse (Reporters sans frontières) :
rang 58 (2018)

Mise à jour : mai 2018
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