République tchèque : les journalistes sous une pression croissante

Lors du discours inaugural de son second mandat en mars 2018, le président tchèque Miloš Zeman s’est lancé dans une diatribe à l’encontre des journalistes critiques – comme il l’avait déjà fait cinq ans auparavant. Une preuve que les conditions nécessaires à la liberté de la presse se dégradent en Tchéquie.

Miloš Zeman, président tchèque.
Miloš Zeman, président tchèque.
Il s’est cette fois attaqué à la maison d’édition Economia, qui détient Hospodářské noviny, considéré comme le quotidien le plus sérieux du pays, l’hebdomadaire libéral Respekt, récompensé au niveau international, le portail d’opinion Aktuálně.cz et la chaîne de télévision privée DVTV, louée pour sa qualité. Selon Zeman, ces médias "manipulent la société et nous dictent tous les jours comment nous comporter" et ses journalistes ne mériteraient pas cette appellation.

Zeman n’a pas choisi ses mots à la légère. Ils s’inscrivent en effet dans la droite ligne du discours du président américain Donald Trump. Alors que ce dernier s’en prenait aux grandes chaînes de télévision de son pays, Zeman jubilait sur un forum :"Il en a dans le pantalon". Et le président d’arborer un fusil en bois sur lequel était gravé "pour les journalistes". En mai 2017, en marge du sommet sur les nouvelles routes de la soie organisé à Pékin, Zeman a tenté d’impressionner son homologue Vladimir Poutine, en déclarant lors d’une conférence de presse commune : "Il y a trop de journalistes ici, il faudrait les liquider." Un commentaire trop extrême, même pour Poutine, qui a rétorqué : "Il n’est pas nécessaire de les éliminer, mais on pourrait en réduire le nombre".

Alors que Zeman tenait son discours incendiaire contre les journalistes, une douzaine de députés conservateurs et libéraux ont quitté ostensiblement la cérémonie. Des manifestations en faveur de la liberté de la presse ont eu lieu ensuite à Prague et dans d’autres villes.

Il est intéressant de noter que Zeman ne s’est pas attardé sur les médias qui mériteraient des critiques : ceux qui, après la chute du communisme, étaient détenus par des éditeurs allemands qui les ont vendus au plus offrant pendant la crise de la presse. Les deux journaux les plus influents, Lidové noviny et Mláda fronta Dnes, sont passés en 2013 des mains de la société d’édition Rheinisch-Bergische Verlagsgesellschaft à celles de l’oligarque Andrej Babiš, deuxième fortune de Tchéquie, mais aussi, depuis les dernières législatives, Premier ministre du pays.

Lors de son discours inaugural, Zeman a également attaqué la chaîne de télévision publique pour son travail "mal équilibré". Des accusations que formulent souvent des personnalités politiques situées aux extrêmes, sans pour autant apporter de preuves.

Classement pour la liberté de la presse (Reporters sans frontières) :
Rang 34 (2018)

Mise à jour : mars 2018
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