Turquie : Presque tous les médias sont derrière Erdoğan

Si la Turquie disposait il y a quelques années encore d’un paysage médiatique vivace et offrant un espace d’expression aux voix les plus diverses, cette pluralité disparaît aujourd’hui. Vagues d’interpellations, interdictions de journaux et de chaînes, pression économique : Ankara contraint la majorité des médias à suivre la ligne gouvernementale.

Depuis février 2017, le journaliste germano-turc Deniz Yücel est en détention provisoire dans une prison turque – sort que partagent 150 autres journalistes turcs. Manifestations à Berlin pour sa libération. (© picture-alliance/dpa)
Depuis février 2017, le journaliste germano-turc Deniz Yücel est en détention provisoire dans une prison turque – sort que partagent 150 autres journalistes turcs. Manifestations à Berlin pour sa libération. (© picture-alliance/dpa)
Cumhuriyet, considéré comme l’un des derniers bastions des médias d’opposition turcs, subit également les coups de boutoir du pouvoir : début novembre 2016, une dizaine d’employés de ce quotidien traditionnel étaient arrêtés, dont son rédacteur en chef et éditeur. L’état d’urgence décrété après la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 marque un nouveau paroxysme dans la considérable pression que le pouvoir AKP exerce depuis des années sur les médias critiques. Ainsi, en moins de quatre mois, plus de 176 médias ont été interdits par décrets et plus de 144 journalistes arrêtés. La majorité d’entre eux se voient accusés de propagande terroriste, de soutien au mouvement Gülen ou au PKK kurde, la plupart du temps sans enquêtes ou procès.

Autre mode de censure : le blocus de l’information, par le biais duquel le gouvernement empêche la couverture de questions politiquement sensibles. Les médias critiques se voient criblés d’amendes et leurs ressources publicitaires se tarissent. L’autocensure est aussi fortement répandue parmi les journalistes. Elle prend essentiellement son origine dans la structure économique du paysage médiatique.

Près de 70 pour cent des médias turcs appartiennent à un petit nombre de grands groupes. La plupart d'entre eux sont entre les mains d'importants conglomérats actifs dans d'autres domaines, parmi lesquels la construction, la finance ou l'énergie. Les informations en contradiction avec les objectifs commerciaux de ces sociétés sont souvent passées sous silence. Le grand groupe médiatique Doğan, auquel appartiennent entre autres le quotidien Hürriyet et la chaîne de télévision CNN Türk, a été condamné en 2009 à verser des amendes d'un montant de plusieurs milliards. Il avait suivi jusqu'à cette date une orientation très critique du gouvernement. Depuis, la politique éditoriale des médias qu'il contrôle s'est affadie.

Outre les groupes médiatiques traditionnels, des entrepreneurs proches du gouvernement islamo-conservateur multiplient depuis 2010 les rachats de grands médias. Le journal Sabah, très populaire, et la chaîne de télévision ATV sont ainsi devenus les porte-voix du gouvernement.

La télévision est le média dominant : les Turcs passent en moyenne cinq heures par jour à la regarder. Les reportages critiques s'y font rares. Le langage privilégié est celui de la division, avec des intonations souvent nationalistes. 20 pour cent des Turcs seulement lisent la presse.

Les médias indépendants connaissent une situation difficile et ne parviennent à survivre qu'en tablant sur des modèles commerciaux alternatifs. Internet joue ici un rôle de plus en plus important. Des portails comme T24 ou Diken évoquent des thématiques souvent occultées par les médias traditionnels. Les réseaux sociaux occupent une place vitale : 90 pour cent des internautes les utilisent activement. La Turquie occupe les premières places au niveau mondial quant à l’utilisation de Facebook et Twitter. C’est surtout par ce biais-là que sont relayées les informations critiques. Le pouvoir tente néanmoins de sévir davantage contre les réseaux sociaux, au moyen de blocages Internet et de plaintes incessantes contre les auteurs de commentaires.

Classement pour la liberté de la presse :
Reporters sans frontières : rang 155 (2017)
Freedom House: rang 156 – Statut : no libre (2016)

Mise à jour: Mai 2017
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