Pourquoi ces législatives à répétition en Espagne ?

Après plusieurs mois de négociations de coalition infructueuses, les Espagnols sont appelés à se rendre aux urnes pour la quatrième fois en quatre ans. Le PSOE (social-démocrate) du Premier ministre Pedro Sánchez n'est parvenu à s'entendre ni avec l'alliance de gauche Podemos, ni avec le parti de droite libéral Ciudadanos. Les éditorialistes cherchent une issue à une situation qu'ils jugent exaspérante.

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Süddeutsche Zeitung (DE) /

L'Espagne, ou la culture du non-compromis

Selon Süddeutsche Zeitung, la conception de la politique qui prévaut en Espagne est en cause dans l'échec de la formation du gouvernement :

«De fait, chacun des dirigeants de parti se comporte comme s'il était le seul garant de la richesse et de la stabilité de la société. C'est pourquoi il n'y a jamais eu de cohabitation au niveau national. Sánchez ne fait pas exception à la règle. Il a beau donner dans le progressisme et l'européanisme, il est l'incarnation même du profil politique espagnol avide de pouvoir et obsédé par l'idée de rabaisser les autres partis au lieu de voir en eux d'éventuels partenaires. ... Quant au [chef de file de Podemos Pablo] Iglesias, il s'est signalé par une attitude dogmatique, ce qui a impacté négativement sa cote de popularité.»

La Vanguardia (ES) /

La fin des majorités

La Vanguardia se lasse du vaudeville espagnol :

«Sánchez a annoncé des élections anticipées, affirmant au passage que ses rivaux avaient été irresponsables. Dans le même temps, il a appelé les citoyens à le doter d'une majorité plus nette, afin de n'être pas dépendant des autres partis. Mais il n'est plus si facile d'obtenir des majorités aujourd'hui. Dans deux mois, on se retrouvera probablement de nouveau à la case départ. ... Le PSOE s'inquiète de ce que les électeurs soient tentés de rester chez eux et de sanctionner ainsi la gauche, qui n'a pas su présenter de programme commun. ... On devrait assister, dans les prochains jours, au ballet des incriminations réciproques. Le moment est peut-être venu de se mettre au yoga...»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

Opter pour une réforme constitutionnelle

Neue Zürcher Zeitung pense avoir la solution :

«Le blocage politique est peut-être profitable aux députés, mais il nuit au pays : aucun nouveau projet de loi n'a pu être proposé depuis le printemps, investissements et réformes sont remis aux calendes grecques tandis que les gouvernements régionaux sont à court de subsides. Il ne serait pourtant pas si difficile de remédier à la paralysie politique : une réforme de la Constitution espagnole, dont l'article 99 prévoit des délais extrêmement longs pour la formation gouvernementale, s'impose. Les Espagnols n'ont pas vraiment le choix.»

eldiario.es (ES) /

Aussi instable que la vie des Espagnols

La situation politique de l'Espagne est le reflet de l'état global du pays, juge eldiario.es :

«Avons-nous les politiques que nous méritons ? Avons-nous, nous les citoyens, entrepris quoi que ce soit pour améliorer la situation, à part voter et tweeter sans relâche ? ... Peut-être qu'il ne s'agit pas simplement d'une crise politique, peut-être que le mal est plus profond. En tout cas, de nouveaux scrutins et de nouveaux partis ne nous aideront pas à changer la donne. Après la crise économique et sociale et toutes les destructions, les inégalités et l'insécurité qu'elle a générées, il n'est pas surprenant que ce pays soit devenu aussi ingouvernable et instable que la vie de nombreux de ses citoyens.»

La Vanguardia (ES) /

L'heure de l'irresponsabilité

La Vanguardia fait part de son exaspération :

«Selon une étude, 82 pour cent des Espagnols estiment que les politiques ne pensent qu'à leurs propres intérêts, qu'ils suivent leur propre voie et oublient les citoyens. Curieusement, il s'avère qu'ils ne remettent pas en question les institutions démocratiques, mais seulement les élites politiques. ... Nous vivons à une époque peu sophistiquée, pas du tout patriotique, et sans vision sur le long terme. Il y aura donc des élections anticipées le 10 novembre. ... Mais qu'adviendra-t-il si le résultat du 28 avril est sensiblement comparable aux précédents, comme le prédisent les sondages ? Nous retournerons à la politique minable et à l'échec de notre pays. C'est l'heure de l'irresponsabilité.»