Iran : une fin "rapide" de la guerre est-elle réaliste ?
Difficile de dire combien de temps dureront les combats en Iran : le président américain Donald Trump a laissé entendre, lundi, qu'il comptait mettre fin à l'opération militaire "très bientôt". Le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou a quant à lui affirmé que la guerre n'était pas terminée. Les frappes sur l'Iran se sont intensifiées mardi, tandis que Téhéran a poursuivi ses attaques contre Israël et les Etats du Golfe. La presse européenne tente de savoir s'il existe de scénarios de sortie viables.
Une volte-face typique
La hausse du prix du pétrole et la chute des cours boursiers ont fait céder le président américain, assure le journal Aargauer Zeitung :
«Même Trump ne peut braver les marchés. En avril 2025, lorsque les cours des actions et des titres obligataires américains avaient chuté après son annonce sur les droits de douane, le président avait immédiatement rétropédalé. Le même phénomène se déroule aujourd'hui dans la guerre en Iran. 'Trump always chickens out' (TACO) – Trump finit toujours par se dégonfler. Avec la hausse de près de 50 pour cent des prix du pétrole et la chute des cours de la bourse, lundi, Trump a commencé à s'inquiéter. Il sait que les électeurs ne pardonneront pas des prix plus élevés à la pompe et une forte dépréciation des fonds de pension. … Un revirement caractéristique.»
Les Etats du Golfe feront pression
Les pays de la région vont tenter de convaincre Trump de cesser la guerre, conjecture le chroniqueur Pierre Haski sur France Inter :
«Les pays du Golfe ont attiré ces dernières années des centaines de millions de dollars d'investissements, ils sont liés aux intérêts économiques américains et à ceux de la famille Trump en particulier. Si on veut faire comprendre au président américain que s'il n'arrête pas cette guerre le coût sera plus élevé chaque jour, taper sur le coffre-fort du Golfe peut être un bon moyen. … Aujourd'hui, les monarchies du Golfe, y compris les Emirats, qui sont les plus proches d'Israël, plaident pour un arrêt de la guerre. Elles ont besoin de restaurer leur image sérieusement écornée. … Trump les écoute, mais les entendra-t-il ?»
Le président américain pourrait déjà crier victoire
Dans un post Facebook relayé par Espresso, le blogueur Karl Voloch fait l'analyse suivante :
«Puisque cette guerre ne prévoit pas d'opération terrestre, on peut y mettre fin assez facilement en cessant l'offensive. … Cette circonstance, couplée aux résultats obtenus par les forces de la coalition en Iran, permet déjà à Trump de présenter cette opération comme une nette victoire : le programme nucléaire iranien a été largement amputé, les projets balistiques touchés de plein fouet, les ressources financières visant à soutenir les proxys régionaux mises à sec, l'armée de l'air, la défense aérienne et la marine presque entièrement détruites, les autres composantes armées affaiblies, tandis que les instances étatiques de répression ont subi d'importants dégâts.»
Aucun objectif n'a été atteint
Mettre fin à la guerre maintenant serait un échec pour Trump, estime le journaliste Dmitri Kolessev dans un post Telegram repris par Ekho :
«Si les frappes cessent, les Iraniens ne manqueront pas d'affirmer que les Etats-Unis ont essuyé une défaite : aucun des objectifs de l'opération n'a été atteint. Khamenei a certes été tué, la flotte coulée et les usines de missiles bombardés. Mais ces usines peuvent être reconstruites ; Khamenei a ressuscité politiquement en la personne de son fils ; il n'y a pas eu de contestation populaire notoire ; les Kurdes n'ont pas attaqué Téhéran ; 460 kg d'uranium restent sous le contrôle des pasdarans et le programme nucléaire n'a pas été stoppé ; personne n'a brandi le drapeau blanc pour participer à des négociations.»
Vers un "fiasco épique"
Donald Trump ne se dépêtrera pas aussi facilement de cette guerre, estime le quotidien Financial Times :
«Trump a ce don quasi unique de pouvoir se déclarer vainqueur, même lorsqu'il a clairement perdu. … Mais se targuer d'un triomphe en Iran tout en se retirant pourrait s'avérer complexe. Il y a près de 40 000 soldats américains dans la région, ainsi que des bases militaires, des intérêts économiques et des alliés vulnérables. Trump a pu débuter cette guerre au moment de son choix ; rien ne dit qu'il pourra y mettre un terme dans des conditions analogues. L'opération 'fureur épique' risque de se transformer en un 'fiasco épique'.»
Se battre jusqu'à l'anéantissement du régime
The Times appelle les Etats-Unis et Israël à ne surtout pas faire marche arrière :
«Certains pourraient arguer qu'on leur avait menti, jadis, sur la menace irakienne. Mais il serait idiot et insensé d'en déduire que la menace iranienne serait elle aussi un mensonge. Car dans sa guerre contre l'Occident, le régime a tué des milliers d'Américains, de Britanniques et d'autres ressortissants depuis son arrivée au pouvoir en 1979. ... La guerre actuelle peut sembler totalement imprudente si on ne saisit pas les tenants et aboutissants de l'alternative. Dès qu'on en prend conscience, on réalise qu'il est urgent et essentiel de poursuivre les combats jusqu'à ce que l'anéantissement du régime iranien s'ensuive.»