Oscars 2026 : trop timorés sur la situation mondiale ?

La cérémonie de remise des Oscars a eu lieu dimanche soir à Los Angeles. Les éditorialistes commentent la soirée et se demandent si le cinéma peut encore être à la hauteur du rôle qui est le sien aujourd'hui, ou s'il est voué à être balayé par le tourbillon des évènements.

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Der Spiegel (DE) /

Un déni douloureux des réalités

La soirée a largement ignoré la réalité trumpienne, critique Der Spiegel :

«Dans l'élégance glacée du théâtre, avec ce décor zen agressif censé donner une impression de calme 'dans un monde chaotique', on a fini par oublier que les Etats-Unis mènent une guerre qui ébranle l'ordre mondial ; que la vénérable démocratie américaine n'existera bientôt plus que sur le papier ; que Hollywood se trouve en perdition – une énième fois, certes, mais cette fois-ci pourrait être la bonne. Ce sentiment de 'split screen' a été douloureux. A l'extérieur, une nation déchirée par la guerre et l'autocratie ; à l'intérieur, une autocongratulation glamour.»

Público (PT) /

Un reflet de Hollywood

Les films Warner "Une bataille après l'autre" et "Sinners" ont raflé dix Oscars. Público y voit un symbole des contradictions du cinéma américain :

«L'ironie, c'est que le succès de la Warner avec ces deux films a un air de chant du cygne, et ce à un moment où le studio, connu pour ses largesses, est sur le point d'être repris par Paramount, moins enclin au risque et affichant une dangereuse proximité avec l'actuelle administration américaine. Les Oscars sont avant tout un reflet de l'industrie du film américaine et de la façon dont elle se comporte – parfois comme un crabe (un pas en avant, deux pas de côté), parfois comme une autruche (la tête plongée dans le sable, en attendant que la tempête passe).»

Salzburger Nachrichten (AT) /

Buvons un martini !

Le journal Salzburger Nachrichten se dit tout compte fait satisfait de la cérémonie :

«'Buvons un martini. C'est vraiment incroyable !' … Le grand gagnant, Paul Thomas Anderson, a bien résumé l'ambiance de la soirée : face à la folie déconcertante à l'œuvre dans le monde, loin du Dolby Theatre de Los Angeles, il ne restait qu'à se réjouir d'avoir au moins su en tirer le meilleur sur le plan artistique. Car même si l'animateur Conan O'Brien et la plupart des lauréats ont fait preuve de retenue, en renonçant à des propos politiques trop explicites, les œuvres primées prennent parti, et souvent de façon directe. Ajoutons qu'il y longtemps qu'elles n'avaient pas été d'aussi bonne qualité. Quand on pense que certains redoutent la disparition du cinéma en tant qu'expression artistique !»

Kirill Martynov (RU) /

Un coup dur pour la propagande russe

Le documentaire "Mister Nobody contre Poutine" de Pavel Talankine, une plongée dans le quotidien d'une école dans l'Oural, a remporté l'Oscar du meilleur documentaire. Sur Facebook, le rédacteur en chef de Novaïa Gazeta Evropa, Kirill Martynov, analyse l'impact du film :

«Cet Oscar cause des ravages à la propagande. Comme on peut le voir, la culture russe continue à briller partout où elle partage des valeurs humaines. Dans ce film de Talankine, nulle haine contre la Russie, mais une amertume quant aux effets de l'action de l'Etat sur les citoyens. C'est une thèse profondément humaniste, particulièrement embarrassante pour le Kremlin, car celui-ci ne sait y répondre autrement qu'en qualifiant son auteur de traître, simplement parce qu'il souhaite la paix pour les Russes et pour tous les êtres humains.»