Les négociations Etats-Unis / Iran peuvent-elles aboutir ?

A la veille de l'ouverture de négociations directes entre les Etats-Unis et l'Iran à Islamabad, les deux parties se reprochent mutuellement de ne pas respecter le cessez-le-feu. Israël intensifie ses bombardements sur le Liban, ce que Téhéran considère comme une rupture de l'accord. La réouverture du détroit d'Ormuz, condition posée par Washington à Téhéran, reste incertaine.

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The Economist (GB) /

Des négociations qui s'annoncent houleuses

The Economist ne fait pas grand cas de la pérennité de la trêve :

«La paix est extrêmement fragile. Etats-Unis et Iran sont divisés sur la question de savoir si l'accord comprend aussi le Liban – Israël attaque si violemment le pays que la mise en péril du cessez-le-feu semble intentionnelle. Autre point controversé, les modalités de réouverture du détroit d'Ormuz par l'Iran, prérequis posé par Washington avant toute négociation. Or les positions sont si opposées que les parties ne sont même pas en mesure de s'entendre sur la nature du plan qui sera débattu ce week-end à Islamabad. La meilleure raison de penser que Trump ne relancera pas la guerre, c'est qu'il a compris désormais qu'il n'aurait jamais dû la débuter.»

Libération (FR) /

Ormuz est la clé du conflit

Libération évoque avec inquiétude la question du détroit d'Ormuz :

«Pour Téhéran, il constitue la carte maîtresse qui peut leur permettre de verrouiller le cessez-le-feu conclu en début de semaine. L'équation dépasse néanmoins largement le Golfe. Elle se joue aussi au Liban, où les frappes israéliennes se sont intensifiées mercredi. Et où la République islamique a signifié qu'elle n'entendait pas abandonner le Hezbollah. … Ormuz est à la fois le goulet d'étranglement et la clé du conflit : les répercussions de son blocage sont telles et engagent tant d'acteurs qu'elles contraignent Donald Trump à se plier à un exercice qui ne lui plaît pas beaucoup, la diplomatie.»

Handelsblatt (DE) /

L'Europe doit s'investir

Le journal Handelsblatt appelle l'Europe à s'engager elle aussi dans le golfe Persique :

«Le format le plus approprié à cet effet est une mission navale menée dans le cadre de l'OTAN. Il n'est pas question de céder devant Trump ou de flatter l'ego du président américain, mais de défendre les intérêts européens souverains. Tant que le trafic maritime ne sera pas normalisé dans le détroit d'Ormuz, l'économie européenne ne se remettra pas du choc iranien. Difficile encore de dire si le cessez-le-feu tiendra. Et personne ne sait si l'on parviendra à négocier une paix stable. Mais cela ne peut servir aux Européens d'excuse pour persister dans leur rôle attentiste.»

Avvenire (IT) /

Il n'y a que des perdants

Etats-Unis et Iran s'affichent tous deux en vainqueurs, commente Avvenire :

«Or il est absolument évident que tout le monde sans distinction sort perdant de ce conflit. Le régime iranien se berce de l'illusion d'avoir gagné simplement parce qu'il n'a pas été renversé : une maigre consolation pour un système hégémonique honni par la majorité de sa population, devenu encore plus brutal et violent après l'assassinat de nombre de ses dirigeants, et qui gouverne parmi les décombres. Mais le président Trump est lui aussi vaincu : il apparaît déconnecté des réalités, perdu dans son ego hypertrophié et confronté à une cote de popularité en chute libre dans son pays.»

Politiken (DK) /

Tous des criminels

Politiken ne cache pas son mépris pour les dirigeants des Etats-Unis, d'Israël et de l'Iran :

«Il faudrait donner une chance à la paix et à la diplomatie. La dynamique de la guerre qui a poussé le Proche-Orient au bord de l'abîme menace de plonger le monde entier dans la crise. Mais les conflits dans cette région ne se résolvent pas par le seul sort des armes comme l'ont montré une fois de plus les dernières semaines. Les dirigeants américain, israélien et iranien sont tous des criminels. Trump a été condamné aux Etats-Unis, Nétanyahou est accusé de crimes de guerre, et le président iranien a soutenu et favorisé le terrorisme. Mais après la dernière vague de destructions, eux aussi devraient finir par admettre qu'une poursuite de la guerre ne fait que provoquer le chaos.»

Kirill Rogov (RU) /

Chaque camp a sa propre version

Sur Facebook, le politologue Kirill Rogov regrette l'absence d'accord de fond :

«Actuellement, il semblerait que les trois parties – Etats-Unis, Iran et Israël – ont chacune conclu leur propre cessez-le-feu, dont les conditions et les engagements divergent et ne sont pas entièrement connus des autres. Au fond, il n'existe pas d'accord écrit, celui-ci se limitant à une construction rhétorique pour expliquer l'absence de frappe décisive contre l'Iran, comme cela avait été promis par Trump.»

Frankfurter Allgemeine Zeitung (DE) /

Davantage de raisons de se doter de la bombe atomique

Téhéran est en bonne posture dans les négociations, juge Frankfurter Allgemeine Zeitung :

«Ceux qui continuent à soutenir Trump ne se réjouiraient certainement pas que celui-ci, après une trêve de deux semaines, décide de reprendre une guerre dont ils n'ont jamais voulu. Les mollahs, pour leur part, peuvent désormais affirmer aux Iraniens qu'en se disant prêts à négocier, ils ont empêché l'anéantissement de leur civilisation. Avec ses menaces apocalyptiques, Trump a fourni au régime le meilleur argument pour se doter de l'arme atomique. Il serait très étonnant qu'après cette guerre, les mollahs renoncent à la tentation de développer un arsenal nucléaire.»

The Economist (GB) /

Pour les pays du Golfe, une perte de confiance irréversible

Cette guerre a ébranlé toutes les certitudes des Etats du golfe Persique, écrit The Economist :

«Ils sont parmi les premiers perdants. Le coût économique de la guerre s'élève à plusieurs dizaines de milliards de dollars : manque à gagner en termes de ventes de pétrole et de gaz, infrastructures critiques endommagées, coût de la défense antimissile. Les pertes en termes d'image pourraient être plus importantes encore. … Avant la guerre, la région avait bénéficié de décennies de paix relative. Elle se considérait comme une plaque tournante épargnée par les multiples conflits du Proche-Orient. Les Etats-Unis assuraient la sécurité, même si l'on tissait dans le même temps des relations plus étroites avec la Russie et la Chine ; pour certains, le rapprochement avec Israël offrait également la perspective d'un allié fiable face au rival iranien. Des vues anéanties d'un seul coup par la guerre.»

Salzburger Nachrichten (AT) /

Le Pakistan, un médiateur logique

Salzburger Nachrichten évoque les raisons de la médiation réussie du Pakistan :

«Pays de 250 millions d'habitants, il entretient de bonnes relations avec son voisin chiite. … Le Pakistan, puissance nucléaire, a conclu une alliance de défense en 2025 avec l'Arabie Saoudite, principal concurrent sunnite de l'Iran. Par ailleurs, depuis 2013, la Chine exploite le port en eau profonde de Gwadar, et considère le pays comme son principal allié au Proche-Orient. Si le Premier ministre pakistanais arrivait à obtenir davantage qu'une trêve à court terme, il pourra alors compter sur un soutien massif dans la région.»