L'envoi de soldats américains en Pologne annulé

Les Etats-Unis ont décidé d'annuler le déploiement prévu de 4 000 soldats américains en Pologne. Selon le Pentagone, le nombre de brigades américaines doit passer de quatre à trois. Le chef du gouvernement polonais, Donald Tusk, a appelé Washington à ne pas compromettre le lien amical qui unit les deux pays. Début mai, le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, avait annoncé le retrait d'environ 5 000 soldats américains d'Allemagne.

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Polityka (PL) /

Un élève modèle sans lien direct avec Washington

La politique polonaise va en faire les frais, constate Polityka :

«A Varsovie, les politiques commencent à se rejeter mutuellement la faute. … Car les dépenses en matière de défense, l'approvisionnement en équipement et le rôle 'd'élève modèle' assuraient aux deux camps ce statut particulier de la Pologne dans les relations avec les Etats-Unis, et le président Karol Nawrocki faisait grand cas de ses liens privilégiés avec Trump. Pourtant, personne ne réussit à avoir des explications ou ne serait-ce qu'une réponse de la part de Washington sur la suite des évènements. L'actualité nous montre que ce statut de partenaire modèle n'a que peu d'importance et qu'aucun politique polonais n'a de lien direct avec Trump ou Hegseth.»

The Spectator (GB) /

Le nombre de soldats n'est pas le seul problème

Le contingent américain en Europe n'est qu'un aspect du problème, explique The Spectator :

«Ce qui est largement plus préoccupant pour les membres européens de l'OTAN, c'est cette perspective de perdre toute une série de dispositifs dont les Etats-Unis ont (quasi) l'exclusivité. Nombre d'entre eux font partie de ce que le jargon militaire nomme des 'enablers' stratégiques : des fonctions et des équipements qui viennent à l'appui des forces de combat et leur permettent d'être efficaces sur le terrain. L'OTAN dépend presque exclusivement des Etats-Unis pour les technologies aérospatiales telles que les satellites. ... Elles sont déterminantes pour obtenir des renseignements de qualité, surveiller, cibler et détecter.»

France Inter (FR) /

L'alliance atlantique vacille

L'ambition de Washington de consolider les forces militaires au Groenland ne fait que complexifier la situation, fait valoir Pierre Haski dans la matinale de France Inter :

«Le prochain sommet de l'OTAN, en juin en Turquie, sera l'occasion d'un moment d'explication tendu : que vaut la garantie américaine aux pays de l'OTAN, et surtout que signifie retirer des troupes là où existent des tensions, pour en rajouter dans un territoire revendiqué par Washington ? Les visées impériales de Donald Trump n'en finissent pas de miner l'alliance atlantique.»

Abbas Galliamov (RU) /

Qu'est-ce que mijote Poutine ?

Sur Facebook, le politologue Abbas Galliamov s'interroge sur l'impact de cette décision :

«Les conséquences directes dépendent de là où en est le chef d'Etat russe dans l'élaboration de ses desseins. S'il joue avec l'idée de risquer une escalade avec l'Europe, notamment en démarrant une opération visant à la 'libération de Narva' [ville estonienne à la frontière russe], il sera sans aucun doute motivé et enclin à mettre en place des mesures en ce sens. ... Mais si le président russe avait déjà décidé d'attaquer l'Estonie tout en se demandant encore quand déclencher l'opération, le processus pourrait en être ralenti. Dans ce cas, Poutine attendrait que le plan des Américains se concrétise.»

Tygodnik Powszechny (PL) /

L'économie allemande pâtirait d'un désengagement

Le retrait de l'armée américaine, principalement stationnée dans le sud de l'Allemagne et moteur économique, pourrait ternir le climat social, analyse Tygodnik Powszechny :

«Les dirigeants doivent agir vite. La perte de milliers d'emplois pourrait susciter un mécontentement croissant au sein de la population, ce qui profiterait au parti d'extrême droite AfD, dont les résultats aux élections municipales en Bavière ont atteint un record. La stagnation de l'économie allemande est un combustible efficace pour l'AfD. La CSU, au pouvoir depuis des décennies dans la région, doit prendre toute la mesure de ce phénomène. »

Gazeta Wyborcza (PL) /

Bruxelles devrait pallier les déficits militaires

Gazeta Wyborcza espère que l'UE va envoyer un signal fort :

«Il faut se résoudre au fait que le territoire polonais sera rogné de quelque milliers de soldats. Paradoxalement, cette nouvelle donne pourrait avoir des bénéfices. … Pour renforcer la défense, l'UE s'est endettée collectivement. Il est temps, désormais de passer à l'étape d'après. Les Etats-Unis sont certes la puissance militaire la plus importante de l'OTAN, mais ils ne sont pas la seule. Remplacer les troupes américaines de rotation qui devaient être déployées en Pologne par des forces européennes permettrait d'envoyer un signal fort.»

Delfi (LT) /

Les Etats-Unis ne veulent prendre aucun risque

L'ancien politique et chroniqueur de Delfi, Egidijus Bičkauskas, estime que la Lituanie se trouve dans une position inconfortable :

«On ne peut tirer que deux conclusions rationnelles : soit les services de renseignement et la diplomatie américains ne voient actuellement aucune menace réelle de la part de la Russie et considèrent qu'il est inutile de maintenir des contingents importants de soldats dans la région. Soit ils ont conscience de ce danger, mais ne sont tout simplement pas enclins à s'engager dans un conflit militaire direct en lien avec l'Europe de l'Est. Les deux scénarios sont tout aussi inconfortables pour Vilnius. … Ils montrent que la stratégie mondiale des Etats-Unis s'éloigne du respect aveugle des promesses régionales pour se concentrer plutôt sur la minimisation de leurs propres risques.»