L'Allemagne à l'ère des réformes : un nouveau départ ?

A Berlin, les dirigeants de la CDU et du SPD se sont entendus pour proposer une batterie complète de réformes. Un accord a été trouvé sur 34 points dans le domaine des impôts, des retraites, du droit du travail, de l'innovation et de l'allègement administratif afin de redynamiser l'économie et de renforcer la société. "Nous souhaitons remettre l'Allemagne à flot" a déclaré le chancelier Friedrich Merz. Les médias se penchent sur ce grand chantier.

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Der Standard (AT) /

Saluons au moins l'art du consensus

Der Standard commente :

«Ce train de mesures pourrait constituer un tournant. Comme on avait pu l'observer avec la commission sur les retraites, la coalition a réussi à s'entendre sans accroc. Contrairement à ce qui a pu se passer auparavant, il n'y a eu cette fois ni invective ni conflit. Merz et son équipe ne voulaient ni ne pouvaient se permettre un échec. Retraites, santé, impôts, marché du travail : la coalition CDU-SPD a fait avancer les choses dans tous les domaines. Mais c'est au Bundestag qu'aura lieu le véritable crash-test. Et s'il est probant, on verra peut-être le climat s'améliorer en Allemagne, même sans victoire finale au Mondial.»

Die Welt (DE) /

On entend un nouveau son de cloche

Le quotidien Welt pèse le pour et le contre :

«Le nouveau son de cloche, que le vice-chancelier, Lars Klingbeil, a aidé à composer, montre une confiance accrue de l'Etat dans les entreprises et permet aux sociétés de gagner du temps et de l'argent. Les PME sont particulièrement touchées par la surenchère réglementaire, c'est pourquoi la bureaucratie est considérée comme un des principaux points faibles par ces entreprises. … En revanche, beaucoup de citoyens sont déçus par les desseins de Merz et Klingbeil sur le plan fiscal. … La direction de la CDU/CSU a au moins réussi à mettre le holà aux ambitions totalement démesurées du SPD en matière de répartition des richesses.»

Der Tagesspiegel (DE) /

De nombreux citoyens n'en tireront pas profit

Der Tagesspiegel se dit déçu par le volet fiscal :

«L'augmentation de la taxe sur les hauts revenus est purement cosmétique, puisqu'on ne touche pas au taux d'imposition maximal. Quant aux héritages et aux richesses, ils seront épargnés au sein de ce joli paradis fiscal qu'est l'Allemagne. … Dans un pays où la prise en charge des enfants revient en grande partie aux parents, les 600 euros supplémentaires mis à disposition des familles moyennes sont toutefois une bonne chose. Mais les célibataires, les personnes sans enfant, et surtout les jeunes, ne sont presque pas avantagés par cette réforme. … Que va-t-elle leur apporter ? Ils n'auront plus la possibilité de passer un coup de fil pour se mettre en arrêt maladie et devront se munir d'un certificat médical dès le premier jour d'absence.»

Neue Zürcher Zeitung (CH) /

Un coup d'épée dans l'eau

Le journal Neue Zürcher Zeitung appelle à plus de détermination :

«Pour propulser véritablement l'Allemagne, le gouvernement doit davantage se retrousser les manches. Il ferait mieux de réduire drastiquement l'influence de l'Etat sur l'économie, au lieu de l'accentuer, comme c'est prévu, en prévoyant la création d'une agence publique pour la construction de logements et en favorisant une politique effrénée de prestations sociales. Ce n'est que lorsque les dépenses publiques diminueront par rapport à la production économique que l'entrepreneuriat, la dynamique économique et la prospérité pourront à nouveau s'épanouir. Mais ce n'est pas ce qui est prévu. Ainsi, le train de réformes proposé par le gouvernement ne peut constituer qu'un début, auquel devront suivre d'autres étapes. Sinon, au lieu d'effectuer 'un grand bon vers l'avant' comme c'est envisagé, le pays va faire du surplace.»

La Stampa (IT) /

L'extrême droite en toile de fond

Cette démarche arrive trop tard par rapport à l'essor de l'AfD, redoute La Stampa :

«Les derniers sondages [dans certains Länder] créditent l'extrême droite de 41 à 42 pour cent des voix, contre 24 à 26 pourcent pour la CDU/CSU. Un écart qu'il sera très difficile de combler, mais qui a au moins eu le mérite de donner un coup de pied dans la fourmilière gouvernementale : hier, elle a présenté un train de réformes dont l'intention est manifestement d'éviter la déroute. … Ces efforts suffiront-ils ? Probablement pas, notamment si on tient compte du fait que les réformes ont besoin de temps pour montrer leur efficacité et de premiers résultats. Et cette latence risque de ne pas coïncider avec le calendrier électoral.»