En quoi Trump modifie-t-il la défense européenne ?

Les Etats-Unis pressent les Etats européens membres de l'OTAN de consacrer davantage d'argent à leurs dépenses militaires. Le vice-président Mike Pence et le ministre de la Défense James Mattis avaient exigé un maintien de la décision datant de 2014 d'affecter deux pour cent du PIB au budget de la Défense. Certains commentateurs se réjouissent que l'Europe soit enfin obligée à se doter d'une politique de défense plus réaliste. D'autres prédisent un changement des rapports de force au sein de l'OTAN.

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Berlingske (DK) / 21 février 2017

Le président des USA mérite des éloges

Les déclarations de la nouvelle administration américaine ont enfin réussi à amener les pays européens à comprendre qu'ils devaient se donner les moyens de se défendre efficacement, se félicite Berlingkse :

«Quoi que l’on puisse penser du nouveau président américain, il faut le saluer pour avoir réussi, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, ce que toute une série de ses prédécesseurs n’avaient pas réussi. ... Les menaces de Trump ouvrent la possibilité de mettre en place une défense valable – et, espérons-le, de mettre un terme à l'ère où les gouvernements danois et européens se dérobaient impunément à toutes leurs promesses d’investissements dans la défense.»

Hospodářské noviny (CZ) / 21 février 2017

Washington pourrait perdre de son pouvoir

Si les Etats-Unis exigent de leurs partenaires européens de l’OTAN un tribut financier plus conséquent, ils doivent aussi accepter que les Européens aient davantage voix au chapitre – ce qui ne simplifie guère les données du problème, estime Hospodářské noviny :

«Il faut dire ouvertement comment seraient employées ces nouvelles entrées financières. Le plus simple serait de les affecter à la lutte antiterroriste internationale, dont le combat contre Daech est la manifestation la plus visible. Mais sur ce point, il y a des différences entre les Etats-Unis et l’Europe. Les Etats ne disposent pas tous de troupes pouvant être envoyées à l'étranger ; dans certains pays, l'opinion ou le gouvernement ne sont pas favorables à ces missions. Autre thème encore plus clivant - et pas seulement parmi les Européens : l’évaluation du risque émanant de la Russie de Poutine. ... Jusqu’ici, ce sont les Etats-Unis qui donnaient le ton dans les débats à l’OTAN. Si les Etats-Unis veulent que les Européens assument davantage leur sécurité, ils doivent se préparer à ce que ces derniers veuillent eux-aussi avoir leur mot à dire.»

Diário de Notícias (PT) / 20 février 2017

Qui veut d'une grande puissance militaire allemande ?

La Grande-Bretagne est le seul grand pays européen qui remplisse l’objectif des deux pour cent, la France étant légèrement en dessous. L’appel de Pence s’adressait d'abord à Berlin, mais il n'a pas pris toute la mesure des répercussions de sa revendication, analyse Diário de Notícias :

«Bien qu’elle ait augmenté ses dépenses militaires, l’Allemagne n’atteindra pas l’objectif des deux pour cent d’ici 2024. … Mais même si dans son quatrième mandat, Angela Merkel cédait à Trump et à Pence sur ce point, ce ne serait pas forcément une bonne chose pour l’OTAN. On est en droit de douter que les autres membres de l’OTAN approuveraient sans sourciller que les dépenses militaires allemandes passent des 36 milliards actuels à quelque 60 milliards. Car ceci signifierait une hégémonie militaire allemande en Europe – ce que ses alliés britannique ou français auraient du mal à digérer.»

Novi list (HR) / 21 février 2017

Une manœuvre du lobby de l'armement US

On pourrait penser que Donald Trump ait fait de belles promesses à l'industrie américaine de l'armement, commente Novi List :

«Le monde semble être dirigé par une locomotive incontrôlée qui fonce vers une destination inconnue. En revanche, nous savons à qui profite le chaos : à l'industrie de l'armement, et surtout aux Etats-Unis, premier exportateur d'armes au monde. Il faut croire que d'aucuns ne veulent pas que cela change. ... Après l'ouverture dramatique de Trump, qui avait commencé par remettre en cause la raison d'être et l'avenir de l'OTAN, voici que les Américains essaient de calmer le jeu en affirmant haut et fort que leur solidarité avec l'OTAN est inébranlable. Mais à la condition que les alliés européens portent leurs dépenses militaires à deux pour cent du PIB, comme convenu. ... La stratégie est parfaitement claire : qui dit davantage d'armes dit moins d'argent pour les dépenses sociales, l'éducation et la santé, d'une part, et moins de paix, d'autre part. Exactement ce qui garantit des gains juteux aux marchands d'armes américains.»

Die Tageszeitung taz (DE) / 19 février 2017

Un cadeau à l'industrie de l'armement

Cet appel à augmenter les dépenses militaires n’a rien à voir avec l’amélioration des capacités de défense, selon taz :

«Il est absurde de la part des Etats-Unis de prétendre que s'ils ont un budget de défense si élevé, c'est à cause des dépenses entraînées par l’OTAN. Leur véritable motivation, ce n’est pas la juste répartition des charges, mais les intérêts du complexe militaro-industriel. Si l’enjeu réel était les capacités de défense, l’approche aurait été différente. Car la première question à laquelle on tenterait de répondre serait de savoir quelles sont les capacités qui font défaut à l’alliance atlantique. On négocierait d’abord une répartition des coûts. Or c’est le processus inverse qui est privilégié ici : on veut débloquer l’argent et voir ensuite comment le dépenser. Les groupes d’armement peuvent se réjouir.»

Dnevnik (BG) / 17 février 2017

Le Kremlin est plus dangereux qu'on ne le croit en Europe

L’Europe refuse manifestement de comprendre que la Russie représente une menace militaire réelle, souligne le journal Dnevnik, dénonçant ceux qui font le jeu du Kremlin :

«L’hypothèse d’un danger croissant en provenance de Russie – cyberattaques, guerre hybride ou intervention militaire conventionnelle - se heurte à deux types de résistance idéologique en Europe. Le premier groupe qui s’oppose à cette prise de conscience, c’est la 'cinquième colonne' de Poutine, qui ne cesse de gagner en influence, et qui proteste de façon de plus en plus résolue contre ce type de scénarios, n’hésitant pas pour cela à recourir à des méthodes dignes de la guerre froide. Le second groupe est formé par les post-libéraux européens, qui refusent d’imaginer un seul instant la possibilité d’une guerre sur le Vieux Continent, et qui s’entêtent à préconiser anxieusement le dialogue pour améliorer les relations avec la Russie.»

The Times (GB) / 16 février 2017

Tabler sur l'armement high-tech

Les Etats de l'UE doivent se remettre à investir dans le domaine de l'armement et intensifier leur coopération, préconise The Times :

«L'Europe doit mettre davantage la main au porte-monnaie, mais aussi s'efforcer de repenser la question de la défense occidentale. Les budgets doivent être alloués de façon intelligente, en tenant compte de l'évolution des guerres au XXIe siècle. Il convient de forger de nouveaux modèles de coopération entre les entreprises technologiques et l'industrie de la défense. Les terrains de bataille de demain, ce seront la cybersécurité et l'analyse du big data, et non les plaines d'Allemagne septentrionale. L'Occident dispose d'un gros avantage vis-à-vis des grands groupes d'armement russes et chinois, ainsi que vis-à-vis des cellules terroristes et des insurgés : son avance technologique.»

Dennik N (SK) / 17 février 2017

L'Europe manque à ses engagements

Trump n’est pas le premier président qui prie les Européens de remplir leurs obligations en vue de garantir la défense, rappelle Dennik N:

«Obama et ses prédécesseurs avaient déjà évoqué le problème. En vain. Trump et son équipe parlent une langue plus directe et doublent leur sommation d’une menace à peine voilée : si les Allemands, les Italiens, les Espagnols, les Tchèques, les Hongrois, les Slovaques et d’autres encore veulent uniquement profiter de la sécurité commune sans pour autant honorer leurs obligations, ils ne peuvent pas, en cas de menace, compter sur l’aide automatique des Etats-Unis. Selon les accords actuels, nous sommes censés consacrer deux pour cent de notre PIB à notre budget de défense, ce que nous ne faisons pas depuis une éternité. Mais si les Européens ne sont pas prêts à le faire, les projets d’armée européenne ne sont qu’une preuve de plus du mal dont souffre régulièrement l’élite politique du Vieux Continent : une déconnexion de la réalité.»

Berlingske (DK) / 17 février 2017

Ne pas lésiner pour garantir le maintien de l'OTAN

Depuis 2012, le Danemark a réduit son budget militaire de plus de 15 pour cent et de nouvelles coupes sont prévues. Une décision désastreuse, selon Berlingske :

«Il est inconcevable, en des temps aussi incertains, que le gouvernement amincisse son budget militaire comme il le fait. ... Au Danemark et aux autres pays membre de l’OTAN de décider aujourd'hui si l’OTAN devrait se soucier de sa survie. Car personne d’autre ne le fera. Dans le cas du Danemark, il ne devrait pas y avoir l’ombre d’un doute. Un pays dont les dépenses publiques annuelles dépassent les 1.100 milliards de couronnes [148 milliards d’euro] est tout à fait en mesure d’augmenter ses dépenses de défense pour qu’elles atteignent progressivement 17 à 18 milliards de couronnes [2,3 à 2,4 milliards d’euros] d’ici quelques années. Le prix est dérisoire quand on se rappelle qu’il s’agit de préserver l’alliance de défense la plus réussie au monde. On préfère ne pas penser aux alternatives.»

Frankfurter Rundschau (DE) / 17 février 2017

Une logique quantitative trompeuse

L’OTAN est loin d’être dans l’impasse budgétaire, souligne Frankfurter Rundschau :

«L’Allemagne consacre 1,2 pourcent de son budget à la défense, ce qui peut paraître mesquin de prime abord. Une impression qui se dissipe quand on convertit ce pourcentage en milliards. L’Allemagne consacre pas moins de 36 milliards d’euros à ses troupes et à ses missions. ... Porter ce pourcentage à deux pour cent signifierait 20 milliards d’euros de plus. La somme est gigantesque. C’est pourquoi le bon sens exige de ne pas accepter docilement ces deux pour cent. La décision de l’OTAN suit une logique simpliste, qui existait avant l’ascension de Trump, une logique purement quantitative. S’il y a des réformes à mener au sein de l’OTAN, elles concernent surtout le manque de concertation de ses forces et les redondances de sa structure. Et si les Etats-Unis menacent de revoir à la baisse leur contribution à l’OTAN, on est tout en fait en droit de se demander si les ressources financières ne seraient pas toujours largement suffisantes en l’état.»

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