Quelles doivent-être les conséquences du scandale fipronil ?

Alors que des millions d’œufs ont déjà été jetés, le scandale des œufs contaminés au fipronil ne cesse de s’étendre. Des œufs présentant des traces de la substance toxique ont été trouvés en Autriche et en Roumanie. La presse européenne s’interroge sur les conclusions à tirer de l’épisode et sur les responsables de la désinformation.

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Libération (FR) / 11 août 2017

Nous sommes des consommateurs schizophrènes

Le scandale du fipronil est symptomatique de la schizophrénie des consommateurs, estime Libération :

«L’œuf miroir, c’est le nom d’une délicieuse recette. Mais c’est aussi le reflet de notre rapport à cet aliment. Car l’œuf ... est l’otage du meilleur et du pire dont nous sommes capables. Le pire : des millions de poules en batteries abominables, victimes de l’industrie agroalimentaire et d’un mode de vie ultraconsumériste incarné par des colonnes de plateaux d’œufs bradés. Le meilleur ensuite : des cocottes ultra-dorlotées au grand air, qui picorent l’herbe et font des œufs sacralisés par les chefs étoilés. ... Evidemment, entre l’œuf ciselé en cuisine comme s’il était de Fabergé et qui coûte une blinde et celui que l’on massacre en poudre dans des préparations taylorisées, il y a la facture alimentaire et le gloubi-boulga de nos contradictions : nous sommes capables d’aller chercher des 'bons œufs frais' à la ferme tout en bâfrant en chemin des gâteaux industriels.»

Jutarnji list (HR) / 10 août 2017

L’UE ne peut pas garantir la sécurité absolue

Tous les instruments de la législation européenne ne pourront jamais prémunir de pareils scandales, conclut Jutarnji list :

«Tel ou tel insecticide ou pesticide aura beau être interdit par les textes européens, cela ne garantit pas que les agriculteurs de l’UE agiront de manière éthique et morale. Il se trouvera toujours des exploitants qui essaieront de les utiliser, en se disant que tout ne peut pas être contrôlé ou que les contrôles à l’importation dans les pays acheteurs ne sont pas aussi stricts que cela. ... Les scandales des œufs néerlandais contaminés au fipronil ou celui des salades, tomates et concombres allemands contaminés aux bactéries E. coli, ou encore celui des œufs atteints de salmonelle en provenance de Pologne le prouvent : il n’y aura jamais suffisamment de contrôles.»

De Telegraaf (NL) / 10 août 2017

Le silence scandaleux des ministres

Selon des sources belges, les Pays-Bas avaient connaissance dès novembre 2016 de l’utilisation du Fipronil. Cela appelle des conséquences, selon De Telegraaf :

«Apparemment, l’autorité de contrôle des produits alimentaires avait été avertie dès novembre 2016. Mais le courrier envoyé au Parlement n'en fait pas mention. [La ministre de la santé Edith] Schippers et [le secrétaire d’Etat à l’Economie Martijn] van Dam se renvoient la balle et minimisent la gravité du communiqué sur le fipronil. Après la divulgation du scandale et les déclarations contradictoires de la NVWA, ils se sont tous deux murés dans le silence pendant plusieurs jours. … Nous avons affaire à un danger grave pour la santé publique et à des intérêts économiques importants. Les deux membres du gouvernement devraient donc avoir une bonne explication à leur attitude fautive. Faute de quoi il ne leur reste plus qu’à démissionner.»

Die Welt (DE) / 06 août 2017

Gardons les pieds sur terre !

L’affolement observé actuellement dépasse les limites de l’entendement, estime Die Welt :

«Il est évident que le fipronil n’a rien à faire dans des œufs de poule. Bien sûr, il faut examiner comment un insecticide purement chimique a pu s’introduire dans un produit de nettoyage soi-disant à base de plantes. Bien sûr, il faut rechercher les auteurs du trafic et ceux qui l’ont passé sous silence. Aucun pesticide ne doit se retrouver dans des fourrages, ni dans des denrées alimentaires, qu’il soit toxique ou non. Mais le fipronil fait partie des pesticides majeurs qui existent. Il permet de tuer notamment le phlébotome qui se répand aussi en Allemagne suite au réchauffement climatique. Le phlébotome représente une menace parce qu’il est un vecteur de la leishmaniose, après la malaria la deuxième maladie la plus dangereuse transmise par des parasites. L’UE a encadré l’emploi du produit par un règlement strict, et ce, non pas en raison des dangers présumés pour l’être humain, mais pour le bien des abeilles

De Volkskrant (NL) / 08 août 2017

Personne ne se soucie du bien-être des animaux

Ce scandale montre une fois de plus la nécessité de réformer l’agriculture moderne, comme le déplore De Volkskrant :

«L’élevage intensif est devenu à tel point intensif que le bien-être des bêtes et la santé publique jouent trop souvent un rôle subalterne. Les animaux sont relégués au rôle d’objets. ... Les agriculteurs désireux de passer à une production plus respectueuse des animaux ne peuvent souvent pas mobiliser les investissements requis. Tant que la majorité des consommateurs du pays se soucieront plus des bas prix que de la durabilité, ils sont voués à perdre le combat. Si l’on veut amener un véritable changement, la politique doit intervenir ; une politique fiscale ciblée pourrait donner un coup de pouce dans la bonne direction.»

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